DCN a procédé, hier, à Brest, à l'embarquement de l'ensemble des berceaux découplés et du bloc « sécurité plongée » composant la tranche avant du futur sous-marin lanceur d'engins Le Terrible, quatrième et dernière unité du type Le Triomphant. Ces éléments d'un poids total de 300 tonnes, chargés sur un cargo, sont attendus à Cherbourg le 29 novembre. C'est là que Le Terrible sera achevé pour une livraison à la Marine nationale en 2010. Historiquement spécialisée dans la construction de grands navires de surface, comme le porte-avions Charles de Gaulle, les BPC du type Mistral ou le TCD Siroco, A Brest, DCN réalise également l'entretien des SNLE basés à l'Ile Longue, comme c'est le cas actuellement pour le Téméraire. Ce n'est toutefois qu'avec Le Vigilant, livré en 2004, que l'établissement a fait son entrée dans le domaine de la réalisation de sous-ensembles pré-équipées de sous-marins : « Nous avions réalisé berceaux découplés nus qui avaient été envoyés à Cherbourg, où les équipes brestoises avaient réalisé leur prééquipement », explique Olivier Lezin, responsable DCN du projet SNLE NG 4 à Brest. Avec Le Terrible, l'établissement est allé beaucoup plus loin : « Nous avons non seulement fabriqué les structures, mais en plus nous avons réalisé à Brest le prééquipement. L'ensemble sera intégré par nos équipes, à Cherbourg, dans la coque épaisse du sous-marin ». Cette fois, Brest a livré un ensemble de six structures. Cinq ont été totalement réalisées sur place et une sixième, confectionnée par les Constructions Mécaniques de Normandie, prééquipée dans le port du Finistère.
Système de combat, de navigation et de détection sous-marine totalement refondus
Bien que Le Terrible soit le dernier bâtiment de la classe Le Triomphant, « on ne peut pas vraiment parler de quatrième de série », souligne Olivier Lezin. Si, par exemple, les installations de sécurité plongée sont identiques aux trois premières unités, la technologie et le design de nombreux équipements, datants des années 80, ont été totalement revus : « C'est le cas du système de combat et du PC Navigation Opération (PCNO, ndlr), qui ont été complètement refondus par rapport aux premiers sous-marins. Pour la partie Détection Sous-Marine, les baies de traitement ont évolué. Les calculateurs utilisés précédemment ont été remplacés par des équipements aux capacités de traitement nettement plus évoluées ». Alors que les bases sonar sont dotées de nouveaux capteurs, les équipements vieillissants se sont mués en consoles dernier cri. De même, le système de navigation, conçu par Sagem, l'implantation de la technologie gyro laser dans ses centrales inertielles, les baies de contrôle suivant, là aussi, l'évolution des matériels. Par rapport aux Triomphant, Téméraire et Vigilant, l'évolution majeure du Terrible résidera dans la mise en oeuvre du nouveau missile balistique M 51, dont le premier tir d'essai s'est déroulé le 9 novembre au centre d'essais des Landes. Plus long, plus lourd et plus large que le M 45 actuellement en service, le nouveau missile nécessite une réfection complète de la partie centrale des SNLE, construite par DCN Cherbourg. Les structures réalisées à Brest ont été légèrement impactées par le M 51, notamment en raison de la présence au PCNO de deux des quatre consoles de tir des missiles.
Répercussions sur l'ensemble des sites de DCN
Le SNLE Le Terrible est un contrat majeur pour DCN. En dehors de Cherbourg, où le submersible est assemblé, c'est l'ensemble des sites de l'ex-Direction des Constructions Navales qui est concerné par ce programme. En plus de Brest, DCN Propulsion, près de Nantes, achève les essais du bloc moteur du navire. Cet ensemble de 600 tonnes quittera les bords de Loire en décembre pour rejoindre le Cotentin. DCN ING est, pour sa part, maître d'oeuvre de la composante embarquée du système d'armes de dissuasion, des systèmes de transmissions extérieures et du système de combat. Le développement de ce système de combat, qui sera commun avec les SNA du type Barracuda (d'où son nom, SYCOBS), a été confiée à l'établissement de Toulon - Le Mourillon, qui réalise les logiciels. DCN Equipements Navals, situé à Ruelle, a la charge du système de stockage, de manutention et de lancement des 10 torpilles et missiles antinavires qui équiperont Le Terrible, ainsi que la fabrication de la ligne d'arbre du sous-marin. Spécialiste des navires de surface de moyen tonnage, Lorient livrera l'ensemble des parties composites, comme les ponts extérieurs et le dôme sonar. Enfin, DCN Armes sous-marines, à Saint-Tropez, poursuit le développement de la nouvelle torpille lourde Black Shark, qui équipera les SNA et SNLE. « Ce programme, qui représente 20% de l'activité de DCN, est également un projet ambitieux pour nos clients, la Délégation générale pour l'armement et la Marine nationale : ce sous-marin sera le premier à être équipé du nouveau système d'arme de dissuasion, assurant la mise en oeuvre des nouveaux missiles M51. L'embarquement des structures réalisées à Brest, dans le respect des coûts et des délais de ce grand projet industriel, illustre la capacité de DCN, et de DCN Services Brest en particulier, à tenir ses engagements auprès de ses clients », estime Bruno Richebé, directeur du projet « SNLE - Le Terrible » à DCN.
DCN Services Brest : Un challenge qui ouvre de nouvelles perspectives
L'ensemble du programme s'élèvera à 2.4 milliards d'euros, un coût très important qui tient principalement à la mise à niveau technologique du bâtiment, qui entrera en service 14 ans après Le Triomphant, et à l'adaptation de la plateforme au M 51. A l'instar des autres établissements de DCN, Brest fait face à un projet très ambitieux. Pour Olivier Lezin : « On peut parler véritablement de challenge. Il a fallu reprendre les études et les délais de réalisation étaient très courts. On a présenté et expliqué à nos collaborateurs ce que nous faisions et les enjeux du projet. Les équipes étaient très motivées, notamment sur l'aspect technologique, mais aussi parce qu'il s'agit d'un sous-marin ». Si la construction de navires « entiers » semble s'éloigner pour Brest, le site pourrait développer une offre de réalisations de sections. Ainsi, l'établissement pourrait être associé, suivant le montage industriel retenu, à la construction de blocs pour les frégates multi-missions. De même, il n'est pas exclu qu'en cas de signature du contrat des BPC australiens, une partie de la construction soit menée dans le Finistère (*). Dans le domaine des sous-marins, le travail effectué sur le SNLE 4 ouvre, également, des perspectives : « Nous avons désormais une bonne expérience que nous pourrons mettre à profit ». Ainsi, DCN Brest pourrait non seulement être impliqué dans la réfonte des trois premiers SNLE, mais également, pourquoi pas, dans le programme des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) du type Barracuda. D'ici là, plusieurs dizaines d'ingénieurs, techinciens et ouvriers brestois mèneront à bien, sur le site de Cherbourg, l'intégration dans la coque épaisse du Terrible des structures réalisées à Brest, puis participeront aux essais. Cette phase, qui représentera le même volume d'activité que la réalisation (400.000 heures), devrait durer jusqu'en 2009. L'année suivante, le grand bâtiment de 138 mètres de long et 14.000 tonnes en plongée rejoindra la Force Océanique Stragtégique, équipé de ses 16 missiles M 51.
___________________________________________
(*) Dans le cas du second porte-avions, si le contrat est signé, il est probable que Brest n'obtienne que l'armement et l'intégration du navire. Ceux-ci représentent, toutefois, une charge de travail intéressante puisqu'à l'époque du Charles de Gaulle, cette activité avait mobilisé jusqu'à un millier de personnes, sous-traitants compris.
- Voir la fiche technique des SNLE du type Le Triomphant
- Voir la fiche technique des SNA du type Barracuda