Au début des années 70, la Marine nationale décide de renouveler sa flotte vieillissante de pétroliers ravitailleurs d'escadre, par une nouvelle série de navires. Tirant les leçons de ses alliés américains et britanniques, réputés pour la qualité de leurs flottes auxiliaires, indispensables aux déploiements lointains, le ministère de la Défense confie aux arsenaux le soin de concevoir une nouvelle génération de bâtiments, beaucoup plus performante et adaptée aux nouvelles unités de combat et à leurs armements, notamment en matière de missiles et d'hélicoptères. Les futurs bateaux disposeront de deux portiques et pourront ravitailler, simultanément, deux navires à couple et un en flèche. La Durance est mise sur cale le 10 décembre 1973 à l'arsenal de Brest et admise au service actif trois ans plus tard. D'une longueur de 157 mètres pour un déplacement de 7600 tonnes, elle peut embarquer 7500 tonnes de mazout, 1500 tonnes de gasoil, 500 tonnes de carburant aviation (TR5), 130 tonnes d'eau distillée, 170 tonnes de vivres, 150 tonnes de munitions et 50 tonnes de rechanges. A la même époque, les systèmes propulsifs des frégates évoluent vers les moteurs diesels. L'heure de la chaudière et du mazout étant révolue, la seconde unité de la série, la Meuse (1980), disposera de capacités différentes, avec seulement 5000 tonnes de mazout mais 3200 tonnes de gasoil et 1800 tonnes de TR5.
La Somme remplace le Port Vendres Signe de cette évolution, les trois derniers navires de la série, les Var (1983), Marne (1987) et Somme (1990) n'emportent dans leurs soutes que 8400 tonnes de gasoil et plus une goute de mazout. Appelées bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR), ces trois unités disposent, par rapport aux deux premiers pétroliers ravitailleurs (PR) d'un château plus grand, capable d'accueillir un état major de 45 personnes. La Somme, confiée aux chantiers de la Seyne-sur-Mer, ne devait initialement pas être intégrée par la Marine nationale. Le bâtiment avait été construit en spéculation pour l'Arabie Saoudite, qui avait acquis en 1984 et 1985 deux PR dérivés de la Durance, les Boraida et Yunbou, réalisés à La Ciotat. Riyad ne complétant finalement pas sa flotte de soutien, la France rachètera la coque. C'est, semble-t-il, la raison principale du non renouvellement de l'affrètement du pétrolier civil Port Vendres, de Soflumar, qui avait rendu depuis 1982 de précieux services à la marine, notamment lors d'opérations militaires en Méditerranée orientale. L'expérience ayant néanmoins donné toute satisfaction, presque vingt ans plus tard, la rue Royale mène aujourd'hui une réflexion avec les armateurs français sur le retour de l'affrètement de tankers civils, gréés pour les besoins de la flotte militaire, en complément de ses propres moyens.
La Durance en Argentine, un avenir à décider Engagés dans toutes les grandes opérations auxquelles à participé la France depuis le début des années 80, notamment pendant la guerre du Golfe, la guerre en ex-Yougoslavie et la Bosnie, les Durance sont également présents, en permanence, dans l'océan indien. Les trois BCR s'y succèdent, à tour de rôle, pour servir de base à l'amiral commandant les forces maritimes de l'océan Indien (Alindien), seul état major embarqué permanent de la marine. En plus du BCR, Alindien dispose généralement d'un aviso et d'une frégate. Compte tenu des restrictions budgétaires et de la disparition progressive des bâtiments utilisant du mazout, la marine a décidé, en 1997, de mettre en réserve la Durance. Le navire sera finalement vendu deux ans plus tard à l'Argentine, où il navigue sous le nom de Patagonia. Le retrait du service de ce PR marquera la fin de la présence de ce type de bâtiments à Brest, le reste de la classe étant basé à Toulon où les grandes unités de la flotte ont été progressivement redéployées depuis trente ans. Pour ces quatre ravitailleurs particulièrement sollicités, l'heure de la retraite approche. Normalement, la Meuse sera retirée du service en 2010, suivie du Var (2013), de la Marne (2017) et de la Somme (2020). A l'instar du second porte-avions, pour lequel des études communes sont menées avec la Grande-Bretagne, leurs remplaçants pourraient être conçus en coopération avec la Royal Navy. Cette dernière a prévu de remplacer ses pétroliers, à partir de 2009, par des navires polyvalents. Le programme, baptisé Military Afloat Reach and Substainability (MARS), intéresse la Marine nationale, qui souhaite disposer de quatre ou cinq unités. Nettement plus gros que les Durance, puisqu'atteignant 40.000 tonnes en charge, les MARS pourraient, notamment, embarquer des conteneurs en pontée, afin de s'adapter aux nouveaux standards en matière de ravitaillement.
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- Voir la fiche technique des PR et BCR du type Durance