Le voyage sera exceptionnel à plus d'un titre. Le plus ancien grand voilier français, construit à Nantes en 1896, appareillera pour le Canada en mai prochain. C'est la première fois, depuis 22 ans, que le Belem traversera l'Atlantique nord. Sa précédente « Transat » remonte, en effet, à 1986. Le trois-mâts barque, découvert dans un piteux état en Italie, venait alors de subir une cure de jouvence après cinq ans de travaux. Pour marquer ce renouveau, le navire s'était rendu à New York pour célébrer le centenaire de la Statue de la Liberté, offerte aux Etats-Unis par la France, dont l'aide avait permis aux insurgés américains de gagner leur indépendance (traité de Versailles en 1783).
Cette fois, c'est un autre évènement de l'histoire de France qui va conduire le Belem loin de son port d'attache. Il s'agit de célébrer le 400ème anniversaire de la naissance de la Ville de Québec, au Canada. Car c'est un marin français, cartographe, navigateur aventurier et passionné, Samuel de Champlain, qui fonda cette ville, un beau jour de juillet 1608, après avoir traversé l'Atlantique à bord d'un trois-mâts carré, le Don de Dieu. Le navire orne d'ailleurs toujours armoiries de la cité. Comme il y a quatre siècles, tout commencera en France. Le départ du Belem se fera en deux étapes : tout d'abord il parrainera, à l'invitation de la ville de La Rochelle, le 8 mai 2008, les fêtes de départ de la « Grande Traversée » de près de 60 bateaux de plaisance qui vont rejoindre Québec en suivant une route tracée par Isabelle Autissier. Le navire rejoindra ensuite Bordeaux, ville jumelée à Québec depuis 1962, d'où il appareillera le 18 mai après un week-end de festivités.
Un mois de traversée pour rejoindre Québec Après plus d'un mois de traversée et la remontée du mythique fleuve Saint Laurent, le Belem accostera le 2 juillet au port de Québec. Il sera au coeur des festivités officielles du 3 juillet, jour anniversaire de la fondation de la ville. Il restera ensuite à quai près de 2 semaines pendant lesquelles l'équipage accueillera le public québécois et lui fera découvrir une autre très belle aventure maritime : celle du Belem.
Construit pour les traversées vers l'Amérique latine et les Antilles, notamment pour aller chercher le cacao, il échappa, miraculeusement, à l'éruption de la montagne Pelée, en 1902. Le Belem a ensuite quitté Nantes pour être transformé en yacht de luxe en Grande-Bretagne, avant de devenir navire école pour les orphelins de la marine italienne. Abandonné au début des années 70, il fut retrouvé à Venise par Luc Gosse. En montant à bord du bateau, ce Français passionné de vieux gréements découvrit que celui qui s'appelait alors Giorgio Cini avait, en réalité, été construit aux bords de la Loire sous le nom de Belem. Avec l'aide des Caisses d'Epargne et le soutien de la marine, le navire fut racheté en 1979 et remorqué à Brest. Il sert, depuis, de navire école.
En 2002, un grand voyage, appelé l'Odyssée Atlantique, avait conduit le trois-mâts dans le sillage de ses campagnes d'autrefois. La campagne dura du 10 février au 14 juillet. D'abord un détour par Dakar avant de se diriger sur Belem do Parà, le port à l'embouchure de l'Amazone auquel il doit son nom. Ensuite, Saint Pierre de la Martinique, très exactement cent ans après son dernier voyage là-bas, celui qui aurait pu lui être fatal.
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