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Construction navale
Un périple de 1400 kilomètres par la route pour une vedette destinée au Lac Léman

crédits : Chantiers Merré
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28/03/2008
Après des semaines de bataille avec l'administration pour pouvoir traverser la France, trois semi-remorques, dont un transportant un colis de 30 mètres de long, ont quitté hier Nort-sur-Erdre, près de Nantes. Le convoi devrait mettre deux semaines pour rejoindre le Lac Léman. C'est là que la vedette Valais, construite par le chantier Merré, sera assemblée en vue d'être mise en service fin avril ou début mai. Le premier camion transporte la coque, le second les superstructures et le troisième la timonerie. Hier, le constructeur poussait un « ouf » de soulagement. Cela faisait en effet 10 jours que le convoi était bloqué, faute d'obtenir les autorisations nécessaires pour circuler sur le réseau routier jusqu'en Suisse. D'une capacité de 200 passagers, le Valais n'est pourtant pas le premier bateau construit chez Merré et acheminé par camions jusqu'au lac Léman. Il s'agit du cinquième ! « Le problème c'est que, dans le cadre des travaux pour le TGV, la route que nous empruntons d'habitude dans la vallée qui rejoint le lac a été condamnée », explique André Merré. Depuis décembre, l'entreprise était confrontée à un véritable casse-tête administratif. La législation, en France, interdit en effet de faire passer un convoi exceptionnel par les autoroutes. Or, le trajet de substitution empruntait 19 kilomètres de voie autoroutière. Merré s'est vu opposer un refus catégorique. Après avoir, à la demande de l'administration, abaissé la hauteur des colis transportés, l'entreprise est parvenue, fin janvier, à trouver un ultime trajet. Un total de 1400 kilomètres, soit 400 kilomètres de plus que le précédent parcours, partant de Nantes, passant au sud de Poitiers, puis remontant vers Auxerre, Dijon et Colmar, avant d'atteindre la frontière. Seulement voilà, après avoir traversé la Suisse via 160 kms d'autoroute (ce que la législation helvète permet), la vedette devait juste repasser par la France et emprunter 1 km d'autoroute tricolore juste avant Bâle.
Coup de gueule médiatique
La demande est déposée le 31 janvier et, une nouvelle fois, l'administration française refuse. Pour André Merré, s'en était trop. Le constructeur a finalement alerté la presse cette semaine pour faire part de sa colère. « C'est aberrant. On nous fait faire un détour de 400 kilomètres car on nous refuse une portion de 19 kilomètres d'autoroute et ensuite on refuse encore pour un petit kilomètre ! Voilà comment on parvient à mettre par terre des PME qui parviennent à exporter, contre des concurrents étrangers, et à gagner la confiance du client qui, satisfait, commande d'autres bateaux et fait vivre une entreprise et ses sous-traitants ». André Merré a donc mis en avant les 30.000 heures de travail que représente le Valais et les conséquences du manque de souplesse de l'administration. « Quand on fait des produits comme ça, c'est un challenge et c'est démoralisant pour un chef d'entreprise d'avoir des complications pour préserver une pseudo-sécurité. Car, contrairement à la France, les autres pays, comme l'Allemagne, l'Italie ou la Suisse, privilégient les autoroutes pour la circulation des convois exceptionnels. Ca n'a rien de dangereux si on fait passer le convoi la nuit et que la route est bien balisée, comme elle l'est déjà en France quand il y a des travaux et qu'une voie est coupée ». Interpellés par une situation qui commençait à virer au grotesque pour l'Etat et ses services, la préfecture et les politiques locaux sont montés au créneau pour débloquer le dossier. Moins de 24 heures après son coup de gueule médiatique, le chantier Merré a eu gain de cause. Il était temps car l'entreprise a déjà pris dix jours de retard sur son planning et va maintenant devoir les rattraper. car, au bout, c'est elle qui paiera d'éventuelle pénalités de retard... L'arrivée du convoi sur les bords du lac Léman est prévue le 11 avril. Il ne restera alors que trois semaines pour assembler le Valais et le livrer à son armateur, la Compagnie Générale de Navigation.
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