Transféré sur le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, l'équipage du trois-mâts Ponant devrait arriver aujourd'hui à Djibouti et être rapatrié dans la soirée en France. Les 30 marins, dont 22 Français, ont été libérés vendredi matin par leurs ravisseurs, qui avaient détourné le Ponant une semaine plus tôt dans le golfe d'Aden. Ayant emmené le bateau jusqu'au sud de la Somalie, à plus de 800 kilomètres du lieu de l'abordage, les pirates avaient réclamé 2 millions de dollars de rançon. Après une intense phase de négociations avec CMA CGM, l'armateur du Ponant, assisté par les spécialistes du GIGN, un accord a été trouvé en vue de relâcher l'équipage. La transaction s'est déroulée vendredi matin, à quelques encablures du voilier, amarré à un mille de la côte, près du village de Garaad. Après recomptage des billets en pleine mer, les pirates ont libéré l'équipage. Ce dernier a été pris en charge par les commandos marine et amené sur la frégate Jean Bart, puis hélitreuillé vers le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc.
Les marins du Ponant en sécurité, les commandos français ont lancé une seconde opération, visant cette fois à intercepter les pirates, armés de fusils d'assaut AK 47 et de lance-roquettes RPG 7. Ceux-ci, ayant rejoint des complices à terre, ont pris la fuite dans plusieurs directions. L'un des véhicules, un 4x4 faisant route au nord-est de Garaad, a été repéré par l'avion de patrouille maritime Atlantique 2 de la marine, basé à Djibouti et surveillant la zone. L'appareil a guidé sur la voiture quatre hélicoptères, dont des Gazelle et Alouette III ayant décollé de la Jeanne d'Arc. Un tireur d'élite d'une Gazelle a immobilisé le 4x4 en détruisant son moteur. Les commandos marine présents dans les autres appareils ont ensuite interpellé les occupants qui tentaient de fuir, tout en récupérant une partie de la rançon. Six pirates ont été faits prisonniers puis transférés sur un navire de la marine. L'opération, rondement menée, n'a pas fait de victime selon les militaires français. « La priorité absolue était d'abord, et avant tout, la vie des otages. Leur récupération sains et saufs ce qui est le cas. Puis, si nous le pouvions, nous emparer des pirates », a explique l'amiral Edouard Guillaud, chef d'état-major particulier du président de la République.
La frégate Jean Bart à couple du Ponant (© : MARINE NATIONALE) Une cinquantaine de commandos et un amiral parachuté
On en sait désormais un peu plus sur les moyens mis en oeuvre pour parvenir à libérer les otages et intercepter la douzaine de pirates qui s'était emparés du Ponant. « La transaction a duré une petite heure et, une fois que les otages ont été mis en sécurité sur le Jean Bart et que les pirates ont regagné la terre ferme, grâce à un dispositif de surveillance que nous avions mis en place, nous avons pu pister les pirates, ce qui nous a permis, par une action héliportée, d'intercepter la moitié de ce commando », explique le général Jean-Louis Georgelin. Le Chef d'état-major des Armées précise, d'ailleurs, que cette action a été menée avec le feu vert des autorités somaliennes et que les ordres de l'Elysée étaient précises. « Les instructions étaient une interception et non pas, si je puis dire, une pulvérisation ». Côté moyens, dès le début de la prise d'otage, le Commandant Bouan, croisant comme le Ponant dans le golfe d'Aden, a rejoint le voilier détourné. Ne disposant pas d'hélicoptère, l'aviso a été appuyé par la frégate canadienne Charlottetown, dont le SeaKing a permis de prendre des photos du navire piraté. Plusieurs bâtiments américains ont également participé à la phase de renseignement. Alors que 18 commandos venant de Djibouti étaient parachutés à proximité du Bouan, le Var, bâtiment-base de l'amiral commandant les forces françaises de l'océan Indien rejoignait la zone pour diriger l'opération. « Par la suite, comme nous souhaitions être en mesure de faire face à toutes les éventualités possibles, nous avons renforcé notre dispositif. L'amiral Gillier, commandant les commandos et fusiliers marins (Alfusco), qui était dans le Pacifique, a été largué avec plusieurs membres de son état-major, puis récupéré par un zodiac et accueilli sur le Var », explique le général Georgelin. Alors que 10 commandos supplémentaires étaient parachutés dans le secteur mardi, 35 autres arrivaient sur place le lendemain avec le Jean Bart. On notera que le patron du GIGN, le colonel Favier, a lui aussi rejoint la zone en parachute. La veille de l'intervention, une cinquantaine de commandos étaient donc sur place, une force qui allait être renforcée par de nouveaux hommes, embarqués à Djibouti par la frégate Surcouf. Celle-ci devait remplacer le Cdt Bouan. « Pour le cas ou affaire aurait tourné mal, nous avions également amené des moyens de soutien santé. Nous avons stoppé la Jeanne d'Arc, qui passait dans le secteur, car elle dispose d'un hôpital de campagne et d'hélicoptères ».
Sur le pont de la Jeanne avant l'opération (© : MARINE NATIONALE)
Les hélicoptères français au dessus de la côte somalienne (© : MINISTERE DE LA DEFENSE) Les « lignes rouges »
Ayant nécessité de très importants moyens, notamment maritimes, dans une région difficilement accessible, l'affaire du Ponant a été suivie, en permanence, par l'Elysée. Le chef de l'Etat avait fixé certaines limites, comme l'explique l'amiral Guillaud. « La première ligne rouge dans cette affaire étant que, pendant la période de négociation, si jamais un des otages avait été mal traité, nous serions intervenus immédiatement. Il était également hors de question de séparer les otages. Nous ne voulions pas avoir à mener 30 négociations séparées ». Surveillant le Ponant en permanence, les militaires se sont assurés que les pirates ne transféraient pas leurs prisonniers à terre, où ils avaient installé un camp de base. « Si nous nous étions aperçus que l'équipage quittait le Ponant, nous serions probablement intervenus », affirme le général Georgelin. Mais les pirates, qui appartiendraient aux Somali Marines, un groupe très organisé et bien connu, se sont gardés de brutaliser les marins et de les faire débarquer. Moyennant le paiement de la rançon, pour laquelle « aucun argent public » n'a été débloqué, les pirates ont donc accepté de libérer les otages. On connaît la suite. « C'est la première fois qu'un acte de piraterie dans cette zone se termine si vite. Sept jours alors qu'en général, c'est plutôt un mois et demi à deux mois après d'intenses négociations. C'est aussi la première fois qu'une partie des pirates est appréhendée », fait remarquer l'amiral Guillaud. Cette crise, qui se termine finalement bien, aura eu le mérite de mettre en lumière le problème de la piraterie dans le secteur. Et ce phénomène ne menace pas que les bateaux de croisière et les cargos chargés de transporter l'aide humanitaire en Somalie. Ainsi, des groupes comme CMA CGM ont des dizaines de porte-conteneurs géants transitant dans le golfe d'Aden, à proximité des zones d'opération des pirates. Les pétroliers sont également légion dans le secteur. C'est pourquoi, face à la recrudescence de la piraterie au large de la Corne d'Afrique, mais aussi dans le golfe de Guinée et le détroit de Malacca, la France va pospose aux Nations Unies d'agir. « Nous allons demander que, sous mandat de l'ONU, une force internationale, à laquelle naturellement la France est prête à participer, puisse oeuvrer à la sécurité du transit maritime dans cette région du monde, comme dans le détroit de Malacca », a indiqué ce week-end François Fillon, qui en a profité pour saluer le travail des forces armées françaises.
L'aviso Commandant Bouan (© : MARINE NATIONALE)
Le Var (© : MARINE NATIONALE)
Sur le pont de la Jeanne avant l'opération (© FRANCOIS-OLIVIER CORMAN)
Le Jean Bart (© : MARINE NATIONALE)
Le Surcouf (© : MARINE NATIONALE)