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Jacques Chirac et le programme de modernisation des missiles nucléaires

Le futur M 51
crédits : © EADS SPACE Transportation
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20/01/2006
Bien que peu médiatisé, il s'agit de l'un des principaux programmes d'équipement des armées. Enorme chantier ouvert en 1998, le renouvellement des missiles balistiques représente un investissement de 8,6 milliards d'euros, soit, en terme de budget, l'équivalent du futur porte-avions et des 17 frégates multimissions réunis. Le missile M 51 doit remplacer le M 45, équipant les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) basés à l'île Longue, en face de Brest. Depuis la fermeture du plateau d'Albion, la Force Océanique Stratégique (FOST) concentre l'essentiel des capacités nucléaires du pays et la totalité des moyens à longue portée. En visite dans le Finistère, Jacques Chirac a souligné hier que « la modernisation et l'adaptation de ces capacités sont tout à fait nécessaires. Notre dissuasion doit conserver sa crédibilité dans un environnement géographique qui évolue ». Ce soutien très appuyé n'est pas anodin. Depuis la chute de l'Union soviétique, le problème de l'utilité d'un tel arsenal est récurrent. Déjà, au début des années 80, certains conflits régionaux avaient malmené cette doctrine. Ainsi, en 1982, le parapluie nucléaire ne dissuadera pas l'Argentine d'envahir les Falklands. Le gouvernement britannique devra reprendre l'île par voie conventionnelle, l'utilisation des SNLE étant bien entendu impensable. Avec l'effondrement de l'URSS, les différents pays réduiront considérablement leurs flottes stratégiques, les Etats-Unis passant de 36 SNLE à 14, la Russie de 60 à 16, entre 1988 et 2006.
Le M 51 coûtera 5 milliards en études et 3 en fabrication
En France, la baisse de la menace se traduira par une réduction de 6 à 4 sous-marins du type Le Triomphant, dont l'admission au service actif s'est accompagnée, en 1997, de l'arrivée du M 45. Ce missile, amélioration du M 4 dont était dotée la génération des sous-marins du type Le Redoutable, était prévu pour assurer la transition avec le nouveau missile M 5. Cet engin, dont les études et le développement ont finalement été abandonnés, devait emporter 12 charges nucléaires. Le futur missile utilisé par la Marine nationale sera le M 51, dont la conception a débuté en 1998. Ce missile de 12 mètres de haut aura une masse de 56 tonnes et sera capable d'emporter jusqu'à 6 têtes nucléaires à une distance moyenne de 6000 kilomètres, contre 4500 kilomètres pour le M 45. EADS SPACE Transportation intervient en tant que maître d'oeuvre industriel et s'appuie sur le G2P, qui rassemble Snecma Propulsion Solide et SNPE Matériaux Energétiques, comme sous-traitant pour la réalisation des propulseurs. L'activité industrielle générée par ce marché concerne environ 1200 emplois sur une période de 10 ans, dont un millier en région Aquitaine. La production du nouveau missile a débuté en 2004, son premier essai en vol est prévu cette année et son premier lancement depuis un submersible en 2008. La mise en service de l'engin interviendra deux ans plus tard, avec la livraison du Terrible, quatrième et ultime SNLE de nouvelle génération. Ce navire, qui sera le premier à disposer du M 51, a reçu un certain nombre de modifications par rapport à ses trois prédécesseurs, portant le coût du bâtiment à 2,4 milliards d'euros. Le Vigilant, puis le Triomphant et enfin le Téméraire seront mis au standard M 51 à l'occasion d'une future refonte. Compte tenu de la complexité technologique du projet, les crédits alloués au développement du missile atteindront 5 milliards d'euros et ceux de la fabrication 3 milliards d'euros. A raison de 16 missiles par sous-marin, le potentiel de la flotte française sera donc de 64 missiles pour un maximum de 384 têtes nucléaires, d'environ 150 kilotonnes chacune.
Soutien politique indispensable pour la survie de la dissuasion
Pour ce programme, l'investissement ne se limitera pas à la fabrication du M 51. Il faudra bien entendu adapter les navires armés du M 45 aux dimensions du nouveau missile, dont le diamètre passe de 1,93 mètres à 2,3 mètres ; et la masse de 36 à 56 tonnes. Deux projets de rénovation de grande ampleur sont dans le même temps entrepris sur la base de l'île Longue. Débutés il y a cinq ans, ils s'achèveront en 2012. D'un montant total de 600 millions d'euros, les travaux comprennent la rénovation des installations industrielles en zone pyrotechnique et dans les bassins quarantenaires. L'adaptation du M 51 aux infrastructures passe également par un redimensionnement de la chaîne d'entretien des missiles. Le pic des dépenses consacré à ce projet a été atteint l'année dernière avec un investissement de 140 millions d'euros, contre une centaine de millions prévue en 2006. Pour Jacques Chirac, très attaché à la dissuasion nucléaire, ce projet est prioritaire. Des soupçons pèsent en effet sur l'attachement à cette doctrine de certains des futurs candidats à la présidentielle. Un avancement rapide des travaux terrestres et de la conception du missile est donc primordial pour pouvoir empêcher toute machine arrière. Certaines voix commencent en effet à s'élever contre le bien fondé de la dissuasion nucléaire, un concept hérité de la guerre froide, dont on ne discerne plus toujours l'intérêt et surtout, qui demeure particulièrement gourmand, absorbant 10% du budget de la Défense (contre 20 à 30 % dans les années 70 et 80). Le chef de l'Etat s'en est donc pris aux tenants d'une conservation de l'arsenal existant : « Il serait irresponsable d'imaginer qu'entretenir le matériel existant pourrait suffire ». Jacques Chirac estime le chiffre de 10% juste et équilibré, martelant que « mettre en cause cet effort serait irresponsable ».
Protéger des compétences et identifier la menace
Concevoir le M 51 ne se résume pas seulement à disposer d'une force de frappe renouvelée et plus importante. Il s'agit également de conserver un savoir faire vieux d'un demi siècle. Cette compétence, acquise par la France aux prix de multiples essais dans le Pacifique et dans le Sahara, demande à être entretenue et transmise entre les personnels, notamment des bureaux d'études. Depuis l'admission au service actif du Redoutable (1971), les ingénieurs français ont conçu les M 1, M 2, M 20, M4 et M 45. Pour nombre de spécialistes, ne pas fabriquer un nouveau missile reviendrait à perdre cette capacité qui fait de la France l'un des trois seuls grands pays à disposer d'une indépendance totale dans ce domaine. Cette thèse paraît aujourd'hui d'autant plus pertinente qu'en Europe, différents constructeurs de navires sont confrontés à de gros problèmes, faute d'avoir su conserver certaines compétences au sein de leur personnel. L'argument principal des défenseurs de la dissuasion nucléaire reste bien évidemment la menace potentielle que pourraient faire peser, dans l'avenir, certains pays. Les plus fréquemment cités sont bien évidemment la Corée du nord et l'Iran, mais le développement de l'armée chinoise inquiète les stratèges occidentaux, notamment américains, qui redoutent, tôt ou tard, que Pékin ne décide d'en finir avec Taiwan. En 2005, Washington a réaffirmé sa volonté de voir l'embargo sur les ventes d'armes maintenu et les parlementaires ont longuement évoqué l'augmentation importante des budgets alloués aux constructions neuves. Enfin, le Sénat a réclamé l'accélération des programmes en cours, notamment ceux des porte-avions. Dans le même temps, les SNLE de l'US Navy ont poursuivi leur redéploiement et quittent progressivement l'Atlantique où ils côtoyaient naguère leurs homologues soviétiques. Il y a deux ans, 8 sous-marins étaient basés sur la côte est et 6 sur la côte ouest. Aujourd'hui, 9 sont déployés dans le Pacifique et seulement 5 dans l'Atlantique.
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