C'est une information Mer et Marine. Notre site révèle ce matin que Londres a décidé de lever le secret défense sur les journaux de bord de ses navires militaires présents au large du cap Lizard, le 15 janvier 2004. C'est là que le chalutier breton Bugaled Breizh a sombré dans des circonstances mystérieuses, avec ses cinq membres d'équipage. Cet accès aux dossiers britanniques est réclamé depuis longtemps par les familles des victimes. Au moment de la disparition, la mer était certes agitée, avec des creux de 2,5 mètres et des rafales à 60 km/h, mais pas suffisamment pour inquiéter le plus robuste bateau de pêche de Loctudy. En revanche, de nombreux bâtiments militaires convergeaient vers le secteur, en vue des man?uvres internationales prévues le lendemain (exercice Aswex 04). La soudaineté du naufrage et la présence de sous-marins a immédiatement alimenté la thèse du submersible pour expliquer le drame. Après l'examen de l'épave, remontée à la surface et conduite à Brest, le juge d'instruction avait évoqué en juillet dernier une « force exogène », suite à la découverte de traces de frottements sur la fûne bâbord, le câble immergé retenant le chalut. Le Bureau Enquête Accident, chargé des investigations techniques, a pour sa part exclu un abordage avec un navire de surface. Les familles des victimes, espèrent que les analyses microscopiques et métalliques du train de chalut permettront d'identifier des traces de peinture ou de revêtement étrangères au Bugaled Breizh. Si c'est le cas, les magistrats disposeront d'une sorte d'emprunte génétique de l'éventuel coupable.
Cartes, journaux de bord, télécopies et messages à la loupe Quatre sous-marins ont participé à l'exercice qui a débuté le 16 janvier 2004. Outre le français Rubis, qui était très loin de la position du Bugaled, puisqu'au large de l'Ile de Sein, étaient le engagés le Britannique Torbay, le Néerlandais Dolfijn et l'Allemand U 22. Depuis l'accident, les soupçons des familles et des pêcheurs sont surtout focalisés sur le Turbulent, qui n'était qu'à 50 kilomètres du lieu du naufrage, soit une heure de navigation à 30 n?uds. Le navire serait, de plus, entré en réparation peu après. Londres affirme depuis deux ans que son navire n'a pas été impliqué mais, comme c'est souvent le cas dans les affaires impliquant les militaires, la suspicion est très forte. Michèle Alliot-Marie a donc saisi l'OTAN d'une demande de déclassification des messages concernant la situation des sous-marins de l'Alliance dans la zone. Suivant l'exemple de son homologue français, le ministre britannique de la Défense, John Reid, a décidé de lever à son tour le secret défense sur les documents concernant les unités de la Royal Navy en man?uvres au moment de l'accident. Cette information, qui nous a été confirmée hier à Paris, devrait être rendue publique ce matin. Logiquement, les deux autres pays qui disposaient de submersibles dans la région pourraient prendre une décision similiaire. L'étude des cartes, journaux de bord et messages inhérents à l'activité sous-marine devrait permettre de mieux apprécier les mouvements et la position de chacun, à l'instant où le chalutier a coulé. L'ensemble de ces dossiers ne concernent toutefois que les navires alliés naviguant au large de la Cornouaille, excluant de fait la présence éventuelle d'autre(s) unité(s).
SNLE : La réponse de Michèle Alliot-Marie
La déclassification des documents britanniques intervient après la décision de Michèle Alliot-Marie de communiquer à la justice tous les documents français susceptibles d'éclaircir les zones d'ombre. Le 24 novembre dernier, la Commission consultative du secret de la défense nationale avait rendu un avis favorable à la levée du secret défense pour une vingtaine de pièces relatives aux bâtiments français participant à l'exercice (aviso Cdt Blaison et sous-marin Rubis). Après publication de l'avis au journal officiel le 10 décembre, les juges ont reçu 10 cartes, dont 2 pour les activités sous-marines, 9 messages, 1 télécopie et 4 journaux de bord, dont 3 du Rubis. Le dossier démontre que ni l'aviso, ni le sous-marin, n'étaient sur zone au moment du naufrage. En revanche, le ministre de la Défense a décidé de ne pas déclassifier les journaux de bord des deux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) en opération ce jour là, suivant les recommandations de la Commission consultative. Dans l'avis du 24 novembre, cette dernière avait souligné que, « compte tenu du caractère très sensible des l'activité sous-marine de la force nucléaire stratégique qui concerne au plus au point les capacités de défense de la France, la commission a estimé que ces journaux de navigation ne pouvaient être déclassifiés ». La position de sous-marins, basés à l'île Longue, touche directement à la sécurité nationale. Le 15 janvier, nous avions interrogé à ce sujet un ancien commandant de SNLE. L'officier nous avait expliqué que le déploiement de telles unités au large du cap Lizard était « extrêmement incohérent » (*). Interpellée à ce sujet par la députée du Finistère et maire du Guilvinec, Michèle Alliot-Marie a répondu à Hélène Tanguy dans une lettre envoyée le 20 janvier : « J'ai déclassifié une carte relative aux activités sous-marines françaises durant le naufrage du Bugaled Breizh qui, selon les termes mêmes de la commission, doit permettre au juge d'asseoir sa conviction sur l'absence dans la zone du naufrage des deux SNLE (...) Le fait que (les journaux de bord) ne soient pas déclassifiés ne nuit en rien à la manifestation de la vérité puisque la carte précitée que j'ai déclassifiée suffit à établir que les deux SNLE en question n'étaient pas dans la zone du naufrage (...) L'autorité judiciaire dispose donc depuis plus d'un mois des pièces qui sont de nature à dissiper tous les doutes qui peuvent subsister dans l'esprit des familles ».
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(*) Voir notre article du 15 janvier sur la piste du SNLE