Après des mois de lutte commerciale, General Electric et Avio ont décroché, il y a un peu plus d'un mois, le contrat portant sur la livraison de 27 turbines à gaz LM 2500 +G4, un marché dont le coût s'élèverait à 150 millions d'euros. Ces machines équiperont les frégates européennes multi-missions (FREMM), construites en coopération par la France et l'Italie. Outre le le groupe américain, allié à l'Italien Avio, Rolls-Royce était en lice mais, dès l'automne, les jeux semblaient faits en faveur de GE. Le motoriste Britannique était pourtant revenu à la charge, ces derniers mois, avec sa MT 30 : « La MT30 est la seule solution de motorisation proposée pour la FREMM répondant à tous les impératifs de vitesse et de puissance du cahier des charges, fixés du début à la fin de carrière du navire, dans une configuration mono-turbine », nous expliquait tout récemment Peter J Dunn, vice-président de Rolls-Royce Marine, tout en ajoutant : « La MT30 opérerait pleinement dans sa plage optimum pour le projet FREMM ; sa réserve de puissance serait alors importante en cas de mise à niveau du bâtiment à mi-carrière. L'autre avantage lié à ce constat est que le moteur sera capable de durées de fonctionnement entre les sessions de révision bien plus élevées que le LM2500+G4 ». Plus moderne que sa concurrente américaine, la turbine de Rolls-Royce partage 80% de sa technologie avec les moteurs Trent, utilisés dans l'aéronautique, notamment par Airbus. Sa puissance avérée est de 36 MW, avec un potentiel annoncé à 40 MW. Embarquée sur le prototype américain Littoral Combat Ship de Lockheed Martin et proposée pour les futurs destroyers DD(X), la MT 30 a été retenue pour équiper les prochains porte-avions de la Royal Navy (CVF).
Réduction de puissance « Face à ça, General Electric n'avait pas de produit disponible. Pour les FREMM, le besoins initial était de 34 MW, c'est-à-dire que la MT 30 était légèrement surdimensionnée, mais largement au dessus de la LM 2500 +, qui ne développe que 28 MW. GE a donc proposé la LM 2500 +G4, avec une puissance annoncée de 32 MW. Cette machine n'existe toutefois qu'à l'état d'études et ce sera un véritable challenge de la réaliser pour 2008/2009 », explique un spécialiste. Pour permettre la compétition, la vitesse des frégates a été baissée de 27.5 à 27 n?uds (initialement, la marine italienne souhaitait 30 n?uds). Plus moderne, la turbine anglaise était également plus chère, un désavantage certain dans un programme marqué par une importante réduction des coûts. C'est d'ailleurs le principal argument avancé par GE : « Les turbine à gaz de GE répondent et vont même au-delà de toutes les exigences techniques de l'appel d'offres. L'offre GE/Avio est significativement moins chère et représente, pour le budget français de la Défense, une économie de plusieurs dizaines de millions d'euros en coût d'acquisition ». Conscient de l'écart de prix, Rolls-Royce a donc fait de nouvelles propositions : « Considérant le fait qu'il existe un différentiel entre la MT30 et ses concurrentes au niveau de la phase initiale d'acquisition (ce qui n'est plus le cas sur la durée de vie complète, où la MT30 s'avère plus économique), Rolls-Royce a proposé à l'Italie et à la France un package compensatoire basé sur un partage des tâches et sur un transfert de compétences », précise Peter J Dunn. La question budgétaire n'a toutefois pas été le seul point motivant la décision finale. Si la LM 2500+G4 est américaine, sa fabrication sera réalisée, sous licence, par l'Italien Avio. Cette ancienne filiale de FIAT a été revendue en juillet 2003 au fond d'investissement américain Carlyle (70%) et à Finmeccanica (30%), les partenaires disposant du co-contrôle de la société. Annoncé mi-novembre, le contrat FREMM a été passé, côté français, avec Armaris, filiale commune de Thales et DCN, et, du côté italien, avec Orizzonte, filiale des chantiers Fincantieri et de Finmeccanica. Ce dernier aurait donc pesé dans le choix de la LM 2500 +G4 et de ses retombées en terme d'emplois : « Ils ont été assez directifs dans le montage industriel », confirme une source proche du dossier. L'Italie souhaiterait à présent placer l'un de ses industriels pour remporter le contrat des moteurs électriques, dont le choix n'a toujours pas été fait. Rolls-Royce, de son côté, a présenté des offres pour d'autres équipements destinés aux Frégates franco-italiennes.
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