Défense

Reportage

Aéronautique navale : Une nouvelle jeunesse pour l'hélicoptère Panther

C'est un outil essentiel pour la marine et il va connaître une nouvelle jeunesse. Ces dernières années, avec le développement de la lutte contre le narcotrafic et la piraterie, l'intérêt des hélicoptères Panther, embarqués sur frégates, a été largement démontré. Grâce à leur souplesse d'emploi et leur rapidité d'action, ces machines se sont illustrées à de nombreuses reprises. Elles ont permis d'intercepter des embarcations rapides, que les navires militaires, seuls, n'auraient pu arrêter. Dotés d'un radar ORB-32 (Thales) et conçus pour la lutte contre la surface et l'action de l'Etat en mer, les Panther ont vu leur rôle renforcé en matière de surveillance maritime, de contrôle du trafic et, aussi, de mise en oeuvre de commandos, sans oublier bien sûr les traditionnelles missions de sauvetage qu'il peuvent mener grâce à leur treuil.


L'intérieur d'un Panther (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)


Protection de navires marchands dans le golfe d'Aden (© MARINE NATIONALE)


Hélitreuillage à partir d'un Panther (© MARINE NATIONALE)

Au nombre de 16, les Panther sont regroupés au sein de la 36 F. Cette flottille arme 8 détachements, soit 5 pour équiper les frégates de défense aérienne et les frégates légères furtives basées à Toulon, et 3 destinés aux frégates de surveillance présentes aux Antilles et en océan Indien. Présentant une masse de 2.8 tonnes à vide (4.2 tonnes en charge) et une vitesse maximale de 150 noeuds, le Panther peut franchir 400 nautiques et présente une autonomie de 4 heures. Version « militarisée » du Dauphin, dont Eurocopter a livré 6 exemplaires à l'aéronautique navale en 1989 et 1990, les 16 Panther sont entrés en service entre 1994 et 1998. Après 15 ans d'activité, la marine a lancé un vaste plan de modernisation de ces machines, avec pour objectif de les mettre au goût du jour technologique et de les adapter aux nouvelles menaces.


Le prototype du Panther Standard 2 (© PHILIPPE WODKA-GALLIEN)

Un programme de 80 millions qui s'étalera jusqu'en 2014


Le programme de modernisation à mi-vie des machines a été notifié en janvier 2007 par la Délégation Générale pour l'Armement (DGA). D'un coût de 80 millions d'euros, il vise à rénover l'avionique, mettre en oeuvre un système électro-optique, améliorer le système tactique et développer un système d'autoprotection. Le prototype et les deux premiers appareils « de série » seront livrés par Eurocopter, les autres machines étant mises à niveau dans les ateliers du Service industriel de l'aéronautique (SIAé) de Cuers. Le prototype, sur lequel les travaux sont en cours, s'est présenté en mai sur la base d'Hyères, près de Toulon. Une fois les qualifications obtenues, le Panther 505 devrait être livré à la marine en avril 2010. Il ne comprendra toutefois pas l'ensemble des modifications, la rénovation se déroulant en deux temps. Les hélicoptères recevront d'abord leur nouvelle avionique, le système tactique et leur boule FLIR puis, à partir du second semestre 2011, ils intègreront progressivement leur système d'autoprotection (le chantier débutera mi-2010). L'objectif est que le parc entier soit au standard 2 à l'horizon 2014.


Le cockpit du Panther Standard 2 (© MARINE NATIONALE)

Avionique et système tactique


Voilà pour le calendrier. Dans le détail, la modernisation de l'avionique comprendra, notamment, de nouveaux écrans de pilotage EFIS (Electronic Flight Instrument System), un système d'affichage multifonctions MFD-255 et un système de gestion de vol CMA 9000, qui équipe déjà les Caracal. Le Panther 2 aura également une compatibilité OACI (Organisation de l'aviation civile internationale) pour lui permettre de voler suivant les normes internationales avec un IFF mode S, utilisé pour la surveillance aérienne civile. L'hélicoptère aura un nouveau système de positionnement GPS et des radios au pas de 8.33 Mhz.


EUROFLIR sur Panther 2 (© PHILIPPE WODKA-GALLIEN)

Dans le domaine tactique, Sagem fournira un système électro-optique EUROFLIR 10. Cette boule, située à l'extérieur de l'appareil, comprend une voie TV et une voie infrarouge (IR), ainsi qu'un télémètre laser. Le système permettra d'améliorer significativement les capacités de détection, d'identification et de classification du Panther, notamment de nuit. La désignation pourra se faire, par couplage, à partir du radar, du calculateur tactique et du CMA 9000, la boule s'orientant automatiquement pour pointer le mobile poursuivi (système de tracking). Doté d'une double commande, elle pourra être dirigée par le copilote ou le coordinateur tactique situé à l'arrière de l'hélicoptère.


Console du coordinateur tactique (© MARINE NATIONALE)

Le coordinateur disposera d'une console tactique STEP 2 (Système Tactique Embarqué pour Panther 2). Elle comprendra deux écrans, dont un répercutant l'image de la boule FLIR. L'objectif du système STEP 2 est de permettre à l'hélicoptère de travailler en temps réel avec le système de combat de la frégate ou d'autres bâtiments, par une liaison de données L11 via un poste radio Saturn à évasion de fréquences fourni par Thales. Le Panther dispose déjà d'un système Titus, mais il s'agit d'un système léger permettant de communiquer avec la frégate mais pas avec son système de combat. Enfin, on notera que le nouveau standard du Panther permettra de traiter les signaux AIS, système d'identification automatique embarqué par les bateaux de commerce. Cette capacité permettra de compléter les moyens d'identification et de classification.


lance-leurres (© MARINE NATIONALE)

L'autoprotection


A compter de 2011/2012, le « Panther Mk2 » disposera de son premier système d'autoprotection. A ce jour, seuls les hélicoptères Lynx et Super Frelon de la marine disposent de systèmes de leurrage, ces derniers étant assez anciens puisque datant du début des années 90. Les armées redoutent que les terroristes, pirates ou trafiquants se dotent de d'armes anti-aériennes bon marché, comme le missile Stinger. Pour faire face à cette menace potentielle, les hélicoptères doivent être équipés de contre-mesures, largement dérivées de celles adoptées pur le Tigre et le NH90. Le programme de modernisation prévoit l'installation, sur Panther, d'un détecteur alerte radar TWE V2, fourni par Thales. Cet équipement sera adapté pour travailler sur les fréquences basses correspondant aux fréquences des bateaux. EADS livrera, pour sa part, un détecteur alerte laser LSU, qui permettra à l'équipage d'être averti si l'hélicoptère est visé par un autodirecteur. En complément, la machine sera dotée d'un détecteur alerte missile, lui aussi conçu par EADS.
Enfin, ce système intégrera un lance -leurres produit par MBDA, l'ELIPS-HC, directement dérivé de l'ELIPS-NG prévu pour les NH90. Le système sera « interfacé » avec les consoles du cockpit et ses informations seront toutes relevées et traitées par le système tactique.


Panther 2 avec une maquette d'ANL (© MARINE NATIONALE)

Les armes : L'antinavire léger en ligne de mire


Pour l'heure, les seules armes embarquées sur Panther sont, en sabord, une mitrailleuse du type AN-F1, ou un fusil de 12.7 mm pour tireur d'élite. Ces armes sont utilisées pour les missions de police, d'assaut héliporté et d'interception d'embarcations rapides, les marins français ayant acquis dans ce domaine une solide réputation.


Fusil de 12.7 mm sur Panther (© PHILIPPE WODKA-GALLIEN)


Fusil de 12.7 mm sur Panther (© PHILIPPE WODKA-GALLIEN)

Lors de la présentation à Hyères, le Panther 505 présentait un missile disposé sur le côté droit de l'appareil. Il s'agit d'une maquette de l'antinavire léger (ANL), dont l'aéronautique navale pourrait se doter à l'horizon 2015. Ce projet implique la France mais également la Grande-Bretagne, qui souhaite remplacer ses actuels Sea Skua. La Royal Navy souhaitant conserver au maximum ses structures existantes, comme les systèmes de manutention des missiles, l'ANL (FASGW pour les Britanniques) devrait rester dans les volumes du Sea Skua, c'est-à-dire un missile d'environ 2 mètres pour 150 kilos. Anglais et Français en sont actuellement à la phase de levée de risques, MBDA devant rapprocher les besoins des deux armées pour converger vers un produit commun.


Maquette de l'ANL sur Panther 2 (© PHILIPPE WODKA-GALLIEN)

Jusqu'en 1995, la France disposait sur ses Lynx d'un missile antinavire léger, l'AS 12. Son successeur, l'AS 15, adopté sur Panther par l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, n'a pas été retenu en France. A l'époque, les risques semblaient limités mais l'évolution des menaces asymétriques a remis au goût du jour cette capacité, tout comme la mise en oeuvre de moyens d'autoprotection. S'il s'avère qu'une embarcation de terroristes ou de pirates dispose de missiles sol-air de la classe Stinger, l'hélicoptère ne pourra en effet s'approcher, au risque de se faire abattre. Il devra donc rester hors de portée, mais également trop loin pour employer sa mitrailleuse ou son fusil de 12.7 mm. Dans le même temps, la marine souhaite redonner à ses hélicoptères une capacité antinavire contre des unités de combat de faible tonnage, très présentes dans les zones littorales.
D'où la nécessité, pour traiter ces menaces, d'équiper les Panther d'un ANL, missile voulu comme simple et peu coûteux, pouvant être tiré contre un petit bateau ou un navire de la gamme corvette. Sa portée serait de quelques dizaines de kilomètres.


Un Panther et une frégate du type La Fayette (© MARINE NATIONALE)


Un Panther (© MARINE NATIONALE)


Un Panther lors d'un ravitaillement à la mer (© MARINE NATIONALE)

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