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Centrales inertielles : IXBlue développe ses capacités en Bretagne

Bienvenue dans la « Trégor Valley » ! C'est ainsi que l'on appelle ce petit coin de Bretagne, l’agglomération de Lannion - 56 000 habitants – devenu, depuis les années 60 et l’installation du CNET (centre national de télécommunications), le temple des télécommunications et des hautes technologies qui lui sont associées. Pas étonnant d’y trouver, dans le très grand espace industriel, les nouvelles unités de production du groupe IXBlue, qui ont été inaugurées hier. Il y a là IXFiber, qui produit des fibres optiques, et IXBlue Inertial Products, qui, aux côtés du site de Marly-le-Roi, en région parisienne, développe des centrales inertielles. Un outil de pointe stratégique, notamment dans le secteur maritime, qu'il s'agisse de l'offshore ou encore des marines militaires. 

 
 
Connaître sa position en permanence
 
  
En pleine mer, un bateau doit, en effet, pouvoir connaitre sa position en permanence. Une information d’autant plus complexe à obtenir qu’il n’y a pas de point de repère, en dehors éventuellement des étoiles, et que la plateforme, pour conserver son efficacité et son autonomie, ne doit pas dépendre de moyens extérieurs, comme les systèmes de positionnement par satellites de type GPS. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas accessibles partout, notamment sous l’eau, où évoluent les sous-marins. C’est pourquoi les marines ont recours à des centrales de navigation inertielle. Celles-ci permettent, en intégrant tous les mouvements d’un mobile dans l’espace, de déterminer son positionnement avec précision. Elles sont notamment dotées de gyroscopes, qui mesurent les effets de rotation et donnent l’attitude du porteur dans l’espace, ainsi que d’accéléromètres, qui mesurent les accélérations. Des algorithmes se chargent alors de déterminer la position du navire depuis son point de départ en fonction de différents paramètres, comme  la vitesse, l’altitude, le cap, le roulis ou encore le tangage.
 
 
Le choix de la fibre optique
 
  
En quelques années, iXblue est devenu le leader mondial des systèmes inertiels à base de fibre optique. S'appuyant sur un savoir-faire de plus de 15 ans, la société a fait de l'optique et de l'inertiel deux de ses coeurs de métier. Elle s’est immédiatement tournée vers des technologies innovantes, en l’occurrence le gyroscope à fibre optique (FOG). A la différence du gyrolaser, un outil basé sur la circulation de la lumière dans un plasma utilisant un système de miroirs en mouvement, la fibre optique présente l’avantage de ne pas s’user et de conserver la polarisation de la lumière quelque soit sa longueur. Réputé moins gourmand en énergie, le système présente aussi l’avantage de ne pas produire de vibration, ce qui constitue un atout en termes de discrétion acoustique. Les performances par la fibre optique sont, par ailleurs, théoriquement illimitées puisqu’elles dépendent de sa longueur. Plus la bobine est longue, plus les performances, et donc la précision, sont importantes.
  
 
Le système basé sur fibre optique (IXBLUE)
  
 
Des marchés dans l’industrie navale militaire, civile, terrestre et spatiale
  
 
La société a développé toute une gamme de centrales inertielles pour des applications civiles et militaires, dans les domaines navals, aéronautiques et spatiaux, mais aussi terrestres. L’offre d’iXBlue comprend quatre produits principaux : Quadrans, Octans, Phins et Marins, dont la taille des bobines va de 50 mm à 200 mm, offrant un degré de précision progressif en fonction des utilisations. 
 
 
Navire de services à l'offshore (BOURBON)
 
Spot 6 (ASTRIUM)
 
 
La société équipe notamment des satellites européens (Galileo, Pléiades, Spot 6) et depuis peu américains, ainsi qu’environ 80% des robots sous-marins employés dans le monde par l’industrie offshore. Dans ce secteur, où le niveau d’exigence en termes de fiabilité et de précision est particulièrement important, les navires sont également équipés de centrales inertielles pour leurs systèmes de positionnement dynamique. De même, on retrouve les produits d’iXBlue à bord de navires scientifiques, à commencer par les unités hydrographiques chargées de cartographier les fonds marins.
Forte de son expérience dans les domaines civils de pointe, iXBlue a ensuite percé dans le secteur militaire, où ses équipements servent non seulement à la navigation inertielle, mais aussi à la stabilisation des armes et à l’alignement des missiles.
 
 
(IXBLUE)
 
 
De l’Asie à l’Europe en passant par le Moyen-Orient et le continent américain, ses centrales sont en service sur des bâtiments de surface, des sous-marins, ou encore des drones de type AUV. La centrale Marins a, notamment, été retenue dans le cadre de la modernisation des frégates antiaériennes Jean Bart et Cassard de la marine française, qui a également adopté le Phins sur les frégates La Fayette et le Quadrans pour remplacer les gyrocompas de 35 de ses bâtiments. Alors que l’US Coast Guard a également retenu les produits IXBlue, les performances de la centrale Marins ont convaincu la Royal Navy de l’adopter pour les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Astute, ainsi que les futurs porte-avions de la classe Queen Elizabeth. Et de nombreuses autres flottes s’intéressent désormais aux centrales d’iXBlue, dont l’excellente réputation s’est rapidement propagée. 
 
 
Frégate française du type La Fayette (MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
 
 
SNA britannique du type Astute (ROYAL NAVY)
 
 
Même l’industrie terrestre de l’armement y vient, les derniers conflits ayant montré que les systèmes de positionnement GPS étaient sujets aux brouillages et même dangereux pour leurs porteurs puisque l’explosion de certains IED peut être réglée sur leurs fréquences. Solutionnant ce problème, les centrales inertielles peuvent en toute autonomie assurer la navigation des véhicules sur le champ de bataille. Mais elles peuvent aussi servir au pointage des armes, notamment pour les canons très mobiles devant être mis en œuvre en quelques minutes.
 
 
 
Quadrans (IXBLUE)
 
Phins (IXBLUE)
 
Marins (IXBLUE)
 
 
Une trentaine de recrutements par an
 
  
A ce jour, la société française a vendu plus de 3000 centrales inertielles dans le monde, et bénéficie d’une forte croissance de son activité, avec 450 produits livrés en 2011 et 550 en 2012, 90% de la production étant destinée à l’export. Une division du groupe en pleine croissance donc, et qui a choisi de poursuivre son développement dans les Côtes d'Armor. « Plutôt que de nous sentir à l’étroit à Marly, nous avons choisi de nous installer ici », explique Ronan Le Loarer, directeur des opérations. Début 2012, IXBlue commence donc son installation dans les anciens locaux d’Highwave, une entreprise spécialisée dans les fibres optiques qui a fermé en 2006. « Nous avons commencé par l’atelier de bobinage début 2012, puis celui d’assemblage des centrales inertielles à la fin de l’année dernière ». En tout 35 personnes ont été recrutées, « et nous tablons sur un recrutement de 30 agents de production par an pour les prochaines années ».
Dans les « salles blanches » des ateliers de production de Lannion, le travail des agents est de très haute précision. Le premier atelier est celui du bobinage, où la fibre optique est soigneusement enroulée pour constituer les gyroscopes. Ceux-ci sont au nombre de trois dans les centrales inertielles et sont basés sur un principe physique appelé l’effet Sagnac. De la lumière est « injectée » aux deux extrémités de la fibre optique. Si le gyroscope subit une rotation, le chemin parcouru par un faisceau est plus long que celui de l’autre sens : il y a donc un « déphasage ». Celui-ci permet de donner la vitesse angulaire du déplacement. Les trois gyroscopes travaillant ensemble permettent donc de donner les angles de déplacement dans les trois dimensions.
 
 
Bobinage d'un gyroscope (MER ET MARINE -CAROLINE BRITZ)
 
Fibre optique produite par IXFiber (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
 
 
Dans le deuxième atelier, on assemble les centrales en associant les gyroscopes à trois accéléromètres. Ceux-ci sont basés sur le principe d’une poutre de l’épaisseur d’un cheveu qui sous la contrainte d’un déplacement va, à l’instar d’une corde de guitare, se tendre, changer de fréquence, et donc permettre de calculer l’accélération du mobile. « La vitesse angulaire et l’accélération permettent donc de reconstituer le mouvement », conclut Ronan Le Loarer. Le site de Lannion devrait prochainement développer et produire ses propres accéléromètres.
C'est là une des grandes forces du groupe : maîtriser entièrement sa technologie, de la recherche à la production en passant par les essais.
  
 
L'atelier d'assemblage (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
 
Assemblage d'une centrale Quadrans (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
 
Ronan Le Loarer, directeur d'exploitation (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
 
 
Un groupe indépendant sur un marché de niche
 
 
« Nous sommes un petit groupe, à l’échelle mondiale, mais nous misons sur la très haute valeur ajoutée, l’innovation et l’exportation. Et cela marche plutôt bien ». Philippe Debaillon-Vesque, président d’IXBlue, a le sourire modeste. Le groupe IXBlue est un peu différent des poids lourds de son secteur. Issu de la fusion absorption de plusieurs PME, il appartient pour 20% à ses 500 salariés. Il propose désormais, à travers ses différentes divisions, des solutions complètes de conception, développement de technologie et de fabrication d’équipements et de systèmes destinés à la navigation, au positionnement sous-marin, aux communications, à l’imagerie sous-marine, aux mesures océanographiques ou encore de l’exploration sous-marine et spatiale. Le groupe a réalisé 100 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2012. « Chez nous, c’est la règle des 80-20 : 80% dans le domaine naval, 20% dans le spatial et le terrestre. 80% dans le domaine civil, 20% dans le militaire. 80% à l’exportation, 20% pour le marché français.  Nous sommes totalement indépendants, pas de pression d’actionnaires ou d’investisseurs qui veulent de la rentabilité à court terme, quand nous savons que nos solutions de très haute technologie ont besoin de temps pour être parfaitement fiables ».
Aujourd'hui, iXBlue, qui affiche une croissance de 15 à 20 % par an, est le symbole d'une belle réussite basée sur l'intégration de plusieurs PME à forte valeur ajoutée. Un pari réussi donc pour un groupe qui s'affirme comme l'un des grands fleurons technologiques français. 
 
 
Philippe Debaillon-Vesque, président d'IXblue (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)