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Interview

Christophe Clergeau : « Nous croyons au développement des industries maritimes »

Jeudi dernier, une quarantaine de régions européennes était réunie à Bruxelles, dans les locaux du parlement européen, pour une conférence dédiée aux nouveaux horizons offerts à l'industrie maritime. Alors que la Commission européenne planche sur une politique maritime intégrée et que se prépare l'élaboration de vastes programmes communautaires de financements, notamment en matière de recherche et de développement, les régions maritimes sont venues avec des industriels locaux afin de faire entendre leur voix et défendre leurs intérêts auprès des institutions européennes. Christophe Clergeau était à la tête de la délégation des Pays de la Loire, qui sont parvenus, depuis octobre dernier, à fédérer de nombreuses régions autour de l'initiative « Industrie Maritime pour la croissance bleue ». L'occasion de faire le point avec le 1er vice-président du Conseil régional des Pays de la Loire.
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MER ET MARINE : Généralement, on voit plutôt, à Bruxelles, les Etats, les parlementaires et des groupes de lobbying industriel à l'oeuvre pour défendre les intérêts économiques. C'est une nouveauté cette intervention des régions au niveau européen ?

CHRISTOPHE CLERGEAU : Les régions sont sans doute l'acteur le plus récent du débat européen mais ce n'est pas nouveau. Il y a le comité des régions, qui existe, ainsi que la conférence des régions périphériques maritimes, qui nous a beaucoup aidés dans notre travail sur les industries marines et qui est structurée depuis longtemps. Mais, de plus en plus, les régions sont des acteurs directs du débat européen.

Pourquoi montez-vous au créneau, à Bruxelles, sur cette question spécifique de l'avenir des industries maritimes ?

Notre point de départ était très simple. On voyait la dimension industrielle et maritime disparaitre des textes communautaires, alors que sur le terrain, nous avons des industriels qui repartent de l'avant avec des stratégies de diversification et de différenciation vers de nouveaux produits. Notre objectif est donc de faire reconnaitre, par l'Union européenne, cette réalité industrielle qui est vivante, qui est tournée vers l'avenir et qui ne doit pas être oubliée. Et derrière c'est l'accès aux crédits d'Horizon 20 20, le fonds recherche et innovation européen, et l'accès aux crédits des fonds structurels régionaux, FEDER et FSE notamment.

On a la sensation que le message a changé. Auparavant, l'approche était assez catastrophiste, avec des entreprises qui demandaient des subventions lorsqu'elles étaient au bord du gouffre. Là, s'il y a le constat que la crise a été très dure pour le secteur, on entend plutôt les industriels parler d'innovation et de développements futurs...

En effet, les entreprises disent « aidez nous à aller de l'avant et à innover », « aidez nous à investir en nous donnant accès aux crédits ». Elles ne disent pas « donnez nous des subventions pour survivre ». C'est vrai que les chantiers ont perdu beaucoup d'emplois, et sont peut-être stabilisés à un niveau bas. Mais aujourd'hui l'industrie navale européenne repart dans d'autres directions, comme les énergies marines renouvelables, l'exploitation offshore de la mer, les infrastructures portuaires et côtières. Et dans tous ces secteurs, il y a des marchés en plein développement.

Pensez-vous que ces nouvelles voies sont vraiment porteuses d'un développement économique et social de première importance ?

Oui, nous croyons au développement des industries maritimes dans l'Ouest de la France et en Europe. Par exemple pour les énergies marines renouvelables, on parle, rien que pour les Pays de la Loire, de 4000 à 5000 emplois directs et indirects dans les 10 ans qui viennent. Cela donne de l'espoir. Ensuite, nous avons des industriels qui regorgent de projets et d'enthousiasme. Notre rôle, c'est de les accompagner pour défendre leurs projets et leurs intérêts.

Croyez-vous être entendus au niveau de la Commission européenne, de ses différentes directions générales et du parlement ?

Il faut un peu de temps. En quatre mois, nous sommes arrivés à 40 régions présentes au parlement européen, et 150 personnes dans la salle, c'est un beau succès. Nous rencontrons les chefs d'unités des directions générales. Maintenant il va falloir passer aux directeurs généraux puis aux commissaires. J'ai aussi rencontré lors de ma venue à Bruxelles l'ambassadeur adjoint de la France auprès de l'Union européenne. Car c'est aussi important, dans le même temps, d'avoir un soutien au niveau étatique. En somme, les portes s'ouvrent progressivement. Quand on discute, les analyses sont proches. Nous parlons d'une filière industrielle comme les autres qui veut être reconnue et aller de l'avant. Je pense donc qu'on peut réussir à être entendus parce que nous avons aujourd'hui une stratégie industrielle qui rentre dans le cadre des orientations européennes.

On a souvent l'impression que les instances et l'administration européennes sont dans une tour d'ivoire, un peu décalés face aux problèmes du terrain. Qu'en pensez-vous ?

Je ne crois pas que ce soit le cas, même s'il est vrai qu'ils sont parfois un peu trop enfermés à Bruxelles. Il faut donc aller les voir, pousser les portes et discuter avec eux. Ils sont capables d'écouter et de tenir compte de ce qui se passe dans les territoires et les régions.

Sont-ils demandeurs d'expériences concrètes dans le cadre de l'élaboration des différentes politiques européennes ?

Oui, tout à fait. Leur rôle est d'être au service des Européens et ils veulent faire les choses bien. Ils nous remercient d'ailleurs souvent d'aller les voir car ils ont besoin d'être nourris des expériences. Souvent, on a peur d'aller à Bruxelles mais il faut y aller et s'emparer des outils européens car ils appartiennent aussi à tous les industriels et les acteurs des territoires de l'Union.

Comment les régions s'inscrivent-elles par rapport aux industriels locaux ? Etes-vous un facilitateur qui leur permet de mieux décrypter la nébuleuse européenne ?

D'abord nous avons une seule stratégie industrielle. Nous sommes déjà aux côtés des acteurs pour développer leurs projets avec des financements régionaux et nationaux. Par contre, nous pensons qu'il y a des opportunités pour trouver des moyens complémentaires au niveau européen, dans un contexte où l'argent public est rare. Dans cette perspective, nous nous plaçons effectivement en intermédiaires, pour servir d'interface entre les industriels et les institutions européennes, qu'il s'agisse des services de la région et surtout du bureau commun qu'ont à Bruxelles les régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Nous y disposons de spécialistes du monde bruxellois qui sont au service des acteurs locaux. Il n'y a donc pas besoin d'apprendre le Bruxellois pour s'intéresser aux enjeux européens.
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Propos recueillis par Vincent Groizeleau © Mer et Marine, février 2012

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