Défense

Reportage

CMN : Du patrouilleur à la corvette

Dans le secteur militaire, les Constructions Mécaniques de Normandie se positionnent sur deux segments. Le premier est constitué des patrouilleurs et corvettes de 40 à 70 mètres capables de mener des opérations de combat, et le second sur des unités plus dédiées à des missions de service public. A Cherbourg, les CMN travaillent actuellement sur la première des six corvettes commandées en 2003 et 2005 par les Emirats Arabes Unis. Du type Baynunah (Combattante BR 71), ce navire sera mis à flot dans le courant du premier trimestre 2009. Long de 71.3 mètres pour une largeur de 11 mètres et un déplacement de près de 800 tonnes en charge, ce bâtiment est particulièrement armé pour une unité de cette catégorie. Il embarquera, en effet, 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, 2 systèmes de lancement vertical pour 8 missiles surface-air ESSM, un système surface-air RAM, une tourelle de 76 mm, deux canons de 30 mm, et disposera d'un hangar et d'une plateforme pour un hélicoptère.


Combattante BR71 ou Baynunah (© : CMN)


Combattante BR70 et BR71 (© : CMN)

Baynunah : Tête de série en France et construction des suivantes à Abu Dhabi

Vu sa complexité, le programme connaît un léger retard. On notera d'ailleurs que le prototype de la BR 71 est le premier bâtiment doté d'un véritable système de combat intégré sur un bateau construit par les CMN. Ce système est conçu par Celex, filiale du groupe italien Finmeccanica, qui en assurera l'intégration sur les Baynunah. Côté électronique, le radar principal est un Sea Giraffe (veille 3D) de Saab. On notera que le titulaire du contrat des corvettes est la société Abu Dhabi Shipbuilding (ADSB), CMN intervenant comme sous-traitant de premier rang. Seule la tête de série sera d'ailleurs réalisée à Cherbourg, les autres étant construites par les chantiers émiratis. La seconde corvette est actuellement en cours de montage, CMN disposant sur place d'une équipe chargée de superviser le transfert de technologie.


Patrouilleurs du type BR42 (© : CMN)

Outre les Baynunah, le constructeur français propose toute une gamme de patrouilleurs armés de la famille Combattante, comme les BR42 réalisés entre 1998 et 2000 pour le Koweït. Longs de 42 mètres pour un déplacement de 250 tonnes en charge, ces bâtiments disposent de quatre missiles antinavire Sea Skua, 1 canon de 40 mm, deux canons de 20 mm et une mitrailleuse de 12.7 mm. Les 8 bateaux Koweïtiens font actuellement l'objet d'un programme de remise à niveau, portant notamment sur la propulsion et le traitement des obsolescences.


Combattante BR62 S (© : CMN)

Patrouilleurs furtifs

CMN se positionne également sur le marché des patrouilleurs furtifs. Un projet, baptisé Combattante BR 62S, donne une bonne idée des solutions proposées. L'armement est, notamment, totalement intégré aux superstructures, qu'il s'agisse de cellules à lancement vertical pour les missiles antimissiles, ou de logements intégrés à la coque pour les missiles antinavire. Le Combattante BR 62S dispose, en outre, d'une mâture unique regroupant les radars de veille et les moyens de guerre électronique. A l'instar de la Visby norvégienne, elle pourrait être dotée d'un canon dont l'affut, lorsqu'il ne sert pas, est encastré dans la tourelle de manière à limiter la surface équivalente radar. CMN place de grands espoirs dans cette nouvelle génération de navires. Le groupe pourrait d'ailleurs, prochainement, signer un important contrat pour la réalisation de patrouilleurs novateurs inspirés de ce concept.


Vigilante 400 CL54 (© : CMN)

Une gamme complète d'OPV

L'autre grand segment sur lequel évolue CMN est celui des patrouilleurs du type Offshore Patrol Vessels (OPV). Ces unités hauturières, peu armées, doivent être capables de mener de longues missions de surveillance maritime et de répondre aux nouveaux besoins, comme la lutte contre la piraterie ou le narcotrafic. A cet effet, la famille des Vigilante a déjà été vendue à plusieurs pays. Le Brésil a notamment acquis deux unités du type Vigilante 400 CL54. Dérivés des patrouilleurs P400 de la Marine nationale, ces bateaux de 52 mètres et 500 tonnes, armés d'un canon de 40 mm et deux mitrailleuses de 12.7, sont réalisés en transfert de technologie par Industria Naval Do Ceara (INACE) aux chantiers Fortaleza. CMN apporte un soutien technique pour ce programme, en marge duquel il a signé en avril 2005 un accord de coopération avec Empresa Generencial de Projectos Navais, société en charge de la promotion et du développement de l'industrie brésilienne de défense. CMN a, d'ailleurs, vendu une licence à EMGEPRON pour la réalisation de quatre patrouilleurs supplémentaires. Malgré cette présence au Brésil et la vente, précédemment, de trois Vigilante à l'Uruguay et six autres au Pérou (classe Velarde - PR 72), le groupe français semble faire face à des débouchés limités en Amérique latine. L'Afrique et la région du Golfe restent donc, pour CMN, la région la plus prometteuse. Face aux besoins croissants de surveillance maritime (immigration, piraterie, drogue, contre-terrorisme), le constructeur espère bien vendre de nouveaux patrouilleurs de surveillance.


Vigilante 1400 CL 78 (© : CMN)

La Vigilante 1400 CL 78 pour remplacer les P400 de la Marine nationale

CMN commence, également, à se placer en vue du futur programme de renouvellement des 10 P400 français. Dans le cadre du projet BATSIMAR (Bâtiments de surveillance et d'intervention maritime), le ministère de la Défense réfléchit à la succession des Audacieuse, livrées par le chantier cherbourgeois entre 1986 et 1988. Pour prendre la suite de ces patrouilleurs de 55 mètres et 480 tonnes, basés outre-mer, la marine souhaite des bateaux plus importants. Il s'agit, en effet, de disposer d'unités offrant une meilleure tenue à la mer, une plus grande autonomie et une capacité d'emport d'hélicoptère. Ces bateaux doivent, dans le même temps, être simples et robustes, tout en présentant un coût de fonctionnement et d'entretien limité, notamment via une maintenance allégée et un équipage réduit. Ils doivent aussi répondre aux besoins en matière de lutte contre les trafiquants de drogue, les pirates et les terroristes opérant en mer. Suivant cette idée générale, les CMN proposent un premier projet : La Vigilante 1400 CL 78. Du type Offshore Patrol Vessel (OPV), ce bateau de 79 mètres de long et 13.4 mètres de large aurait un déplacement de 1400 tonnes. Doté d'une puissance propulsive de 18 MW, il pourrait atteindre la vitesse de 24.5 noeuds et disposerait d'une solide autonomie, de l'ordre de 6000 nautiques à 12 noeuds (30 jours d'opérations). Disposant d'une plateforme et d'un hangar pour un hélicoptère (ou plus tard des drones), ce bateau pourrait accueillir une cinquantaine de personnes, pour moitié en équipage. Des logements sont en effet prévus pour héberger une unité de commandos, des embarcations rapides étant logées de part et d'autre du navire.
Outre la Marine nationale, on estime aux CMN que ce concept pourrait intéresser d'autres flottes, soucieuses de renforcer leurs capacités de surveillance maritime hauturière.


Vigilante 1400 CL 78 (© : CMN)

Reprises en 1992 par les frères franco-libanais Iskandar et Akram Safa, les CMN emploient 450 personnes, principalement à Cherbourg, et ont vendu en 40 ans quelques 129 patrouilleurs et corvettes dans une vingtaine de pays.
On doit également au groupe français la famille des Intercepteur, petites unités de 15 mètres capables de filer 50 noeuds et dotés d'une artillerie légère.


Intercepteur DV20 (© : CMN)

A Cherbourg, CMN s'étale sur quelques 150.000 m2, dont un tiers de surface couverte. Le chantier dispose d'un système de mise à l'eau Synchrolift de 90 mètres de long pour 27 mètres de large (capacité 3500 tonnes). Outre les navires militaires, les Constructions Mécaniques de Normandie sont également présentes sur le segment des yachts, sont carnet de commandes comprenant deux unités de 60 mètres.


Le site CMN de Cherbourg (© : CMN)

Constructions Mécaniques de Normandie (CMN)