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Interview

Démantèlement à Brest : Les Recycleurs Bretons y croient

Les engins ont commencé à grignoter le Captain Tsarev. Posé en cale sèche depuis 10 jours, le cargo de 153 mètres va être découpé par de grosses pinces. Pierre Rolland, patron des Recycleurs Bretons, croit, plus que jamais, au développement d'une filière de déconstruction à Brest.

À quelle date programmez-vous cette fin de chantier ?

« Pour fin juin, le cargo devrait être entièrement démantelé. Un premier chargement par bateau permettra d'évacuer la ferraille en mai. Un deuxième partira en juin ».

L'opération a-t-elle demandé plus de temps que prévu ?

« Globalement non, nous sommes dans nos estimations. Il y a eu, bien sûr, le drame de l'été dernier (le décès sur le chantier du responsable sécurité - dépollution). Mais cette tragédie nous a conduits à renforcer encore notre organisation et nos procédures de sécurité ».

Ce premier grand navire n'a pas été simple à préparer...

« C'est vrai qu'il nous a réservé quelques surprises, quant aux fluides et aux tonnages d'hydrocarbures à évacuer avant la découpe. On s'attendait à 200 m³, il a fallu en extraire trois fois plus ».

Quels sont les investissements réalisés pour venir à bout de ce bateau de 5.500 t construit en Allemagne en 1982 ?

« Nous avons constitué une équipe de 20 personnes, dix issues de la société, dix autres embauchées à cette occasion. Nous avons fait l'acquisition d'une puissante pelle en Finlande et de deux pinces grignoteuses achetées en France ».

Pensez-vous qu'il existe un potentiel de déconstruction à Brest ?

« Assurément. Il y a de la demande. La Marine nationale dispose de navires sur place. Il y a le Karl, l'Ocean-Jasper... On est même sollicité pour des coques anglaises. Notre agrément européen, qui nous classe parmi les 18 sociétés européennes autorisées (dont trois françaises), nous conforte ».

Sur quel process industriel ?

« Celui que nous avons développé autour du Tsarev, c'est-à-dire une dépollution et un découpage des superstructures à flot, dans le cinquième bassin du port de commerce, puis un traitement final en cale sèche ».

On peut créer des emplois dans ce secteur ?

« C'est indéniable, nous avons déjà répondu à des appels d'offres et sommes prêts à nous positionner pour les prochains. L'activité générera également des emplois indirects, avec un renforcement de l'activité portuaire ».

D'autres marchés à ce jour ?

« Pas pour le moment, mais nous sommes prêts à enchaîner ».

Trouve-t-on facilement du personnel dans la dépollution et la pénibilité de ses métiers ?

« Oui, absolument, on sera même capables d'assurer en interne le poste de dépollution de l'amiante pour le prochain bateau, une mission que l'on a sous-traitée pour le Tsarev ».

Réussirez-vous à être compétitif à Brest, en France ?

« On l'est déjà. Enfin, dans le cadre européen, face à l'Espagne, à la Belgique ou à l'Angleterre. Contre la Turquie, c'est une autre histoire, mais aucun chantier turc ne fait partie de ces 18 chantiers homologués par l'Union européenne ».

Quel est votre positionnement en France ?

« Nous venons compléter les offres de Bassens (Bordeaux) et du Havre. Nous nous approchons de la capacité de traitement de Bassens avec les 234 m de longueur de la cale n° 1, le site du Havre traitant des unités plus réduites ».

Quel est votre coeur de cible ?

« On peut aujourd'hui traiter les gros navires qui partent se faire déconstruire très loin, mais, objectivement, nous ciblons des coques entre 50 et 150 m ».

Où valoriserez-vous les métaux du Tsarev ?

« Au plus près, par bateau, si possible à Dunkerque chez ArcelorMittal qui redonnera une seconde vie à cet acier de qualité navale. Dans un souci indispensable d'économie circulaire ».

 

 

Une interview réalisée par la rédaction du Télégramme

 

 

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