Défense

Reportage

Dossier : Quel avenir pour les avions de patrouille et de surveillance maritime ?

Si la chasse embarquée française est, actuellement, en plein renouvellement (la marine aura touché son 26ème Rafale à la fin de l'année), de nombreuses interrogations subsistent quant à l'avenir des flottilles de patrouille et de surveillance maritime. Il convient d'ailleurs de bien distinguer ces deux missions. Dans le premier cas, les avions de patrouille maritime Atlantique 2, à long rayon d'action, sont des appareils de combat conçus pour la détection et la lutte anti-sous-marine. Ils disposent, à cet effet, de toute une panoplie d'équipements (radar, FLIR, détecteur d'anomalie magnétique, bouées acoustiques largables, torpilles légères...) Capables de mettre en oeuvre le missile antinavire Exocet AM39, les ATL2 ont pour principale mission d'assurer la sûreté des approches maritimes et des zones de transit des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) basés à l'Ile Longue, face à Brest. Ces avions sont au nombre de 27 dans la marine, un 28ème étant hors service depuis un atterrissage raté l'an dernier. Sur ce total, un peu plus de la moitié est seulement en ligne, les autres étant en maintenance ou en attente de l'être. On notera, par ailleurs, que les ATL2 sont également déployés, en permanence, sur le théâtre africain. Depuis l'Afrique de l'Ouest, ils patrouillent dans le golfe de Guinée et, depuis Djibouti, au nord de l'océan Indien et notamment au large des côtes somaliennes, où sévit la piraterie. De plus, ils sont utilisés, au profit des autres armées, comme PC volant, moyen de reconnaissance et pour le guidage des aéronefs de combat vers des objectifs terrestres. Enfin, ces appareils peuvent délivrer des chaînes SAR (Search And Rescue) dans le cadre de d'opérations de sauvetage en mer.


ATL2 tirant un Exocet AM39 (© : MARINE NATIONALE)

Les Atlantique 2 modernisés

Souhaitée depuis plusieurs années, la modernisation des Atlantique 2, qui sera du ressort de l'Etat-major des Armées et de la Délégation Générale pour l'Armement (DGA), a été inscrite au projet de loi de programmation militaire 2009 - 2014. Une première campagne de modification est actuellement en cours, visant à adapter ces appareils aux exigences de la DGAC pour le survol de l'espace aérien européen (poste IFF plus élaboré, radio plus discriminante en fréquences...) L'opération de modernisation devrait concerner, quant à elle, 18 avions. Il s'agit, en premier lieu, de remettre au goût du jour l'électronique embarquée, dont la conception a déjà 20 ans (le premier ATL2 a été livré en 1989). Le « cerveau » informatique de l'Atlantique 2 sera donc modernisé, afin d'obtenir une capacité et une vitesse de calcul plus importantes. Des réflexions sont également en cours sur le radar, qui pourrait être rénové pour améliorer ses capacités de détection, notamment des périscopes de sous-marins. L'EMA et la marine étudient, par ailleurs, l'amélioration du potentiel d'acquisition de renseignements (à terre et en mer). Déjà, notamment pour ses missions depuis Djibouti, l'ATL2 embarque différents équipements en kits. C'est le cas par exemple, pour la reconnaissance, du Pod Global Scan, qui permet de recueillir des images numériques de haute qualité. Des baies peuvent aussi être embarquées pour les missions d'écoutes. En matière de patrouille maritime, l'Atlantique 2 doit également pouvoir traiter les signaux AIS (Système d'identification automatique) dont sont désormais équipés les navires de commerce. Tous ces systèmes existent déjà mais les armées réfléchissent à rendre le dispositif plus efficient, par exemple en améliorant les connexions sur les différents appareils ou en disposant d'un parc de kits plus fourni. Enfin, des réflexions portent sur l'autoprotection des ATL2, notamment lorsqu'ils sont amenés à intervenir à terre (détecteur de menace, leurres...) Toutes ces pistes sont actuellement à l'étude dans l'attente d'une décision définitive.


Falcon 50 M (© : MARINE NATIONALE)

Le programme AVSIMAR repoussé

La modernisation des ATL2 étant sur la bonne voie, il reste maintenant à solutionner le problème de la succession des avions de surveillance maritime de l'aéronautique navale. Contrairement à leurs « grands frères » de la PATMAR, Falcon 50 M, Gardian et Nord 262 ne sont pas conçus pour le combat et disposent d'une autonomie plus limitée. Ces appareils sont destinés à surveiller les côtes métropolitaines et les espaces maritimes outre-mer. Ils effectuent des missions de détection de navires, de lutte contre la pollution, contre le narcotrafic ou l'immigration clandestine. Les Falcon 50 et Gardian sont, en outre, spécialement équipés pour le sauvetage en mer, avec l'embarquement de chaînes SAR. Initialement, la marine avait envisagé de remplacer les 5 Gardian (basés à Tahiti et Nouméa), les 10 Nord 262 (basés à Nîmes-Garons) et à terme les 4 Falcon 50 M (basés à Lorient avec déploiements réguliers outre-mer) par 18 nouveaux avions, dont le premier exemplaire aurait été opérationnel en 2015. Mais ce projet, baptisé AVSIMAR (Avion de surveillance et d'intervention maritime), n'a finalement pas été inscrit dans le projet de Loi de Programmation Militaire 2009 - 2014. Il faudra donc atteindre la LPM suivante et il n'est donc pas question d'envisager l'arrivée d'un successeur avant la fin de la prochaine décennie.


Nord 262 E (© : MARINE NATIONALE)

Les Nord 262 retirés prématurément

Dans ce contexte, il a été décidé de retiré du service, dès l'été 2009, les vénérables Nord 262, affectés la surveillance des approches méditerranéennes (ils devaient initialement être désarmés en 2011). Leur autre mission, la formation du personnel navigant (mécaniciens, radios, détecteurs...), qui sera leur seule activité dès le 1er janvier 2009, sera confiée, à partir d'août prochain, à la société privée Avdef, qui travaille déjà avec la marine (remorquage de cible notamment). Si la formation peut être sous-traitée, la perte de capacité pour la surveillance maritime ne sera pas comblée pour le moment ce qui, avec l'explosion du narcotrafic et de l'immigration clandestine en Méditerranée, n'est pas sans poser problème.


Gardian (© : MARINE NATIONALE)

Les Gardian jusqu'en 2015. Et après ?

La marine a le même problème avec les Gardian, dont trois sont basés à Tahiti et deux autres à Nouméa. Seuls avions de surveillance maritime déployés dans ces territoires d'outre-mer, leur programme de maintenance va jusqu'en 2015. Ensuite, mystère. Le contrat pourrait être renégocié avec Sabena technics, qui a récupéré le soutien technique et industriel de ces appareils, mais il semble difficile de pouvoir les prolonger.

La marine intéressée par les Falcon de la République

Face à cette situation, la marine avait envisagé, comme pour ses quatre premiers Falcon, d'acquérir d'occasion d'autres avions de ce type. Seul problème : Il n'y en a plus sur le marché. Plusieurs solutions sont à l'étude dont une, intéressante, qui viserait à récupérer les cinq Falcon 50 dits « de la République ». Ces appareils à usage gouvernemental, dont le premier a volé en 1980, devraient être bientôt remplacés. La marine a donc fait part de son souhait de récupérer les appareils, afin de les affecter à la surveillance maritime. Ils pourraient, notamment, suppléer les Gardian. Pour cela, des modifications sont envisagées. On se souvient en effet que les quatre premiers Falcon avaient vu leur carlingue découpée afin d'aménager une trappe pour le lancement de chaînes SAR. De plus, ces avions « navalisés » avaient été dotés d'un nouveau radar, d'une boule FLIR (permettant une détection de jour et de nuit) et de capacités de transmission d'images via le système satellite Inmarsat. L'avantage de cette solution serait le coût d'acquisition, qui demeurerait très faible puisque les avions passeraient d'un service de l'Etat à un autre. De plus, les modifications ne seraient pas toutes nécessaires, des appareils moins modifiés pouvant opérer au large des côtes métropolitaines et les quatre premiers être redéployés en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. Mais, là encore, le dossier n'est pas tranché.


F2000 MRA (© : MER ET MARINE)


F2000 MRA (© : MER ET MARINE)

Dassault Aviation propose le F2000 MRA

De plus, cette solution ne serait que transitoire. Les Falcon ayant déjà plus de 20 ans, il faudra de toute façon les remplacer à moyen terme. C'est pourquoi le projet AVSIMAR n'est pas enterré et que Dassault Aviation se positionne avec un tout nouvel appareil, spécialement conçu pour la surveillance maritime. Pour répondre aux besoins de la marine, l'avionneur propose le F2000 MRA, reprenant une cellule éprouvée, celle de l'avion civil Falcon 2000. La version MRA, qui embarque quatre postes d'opérateurs, est dotée d'une boule FLIR, un radar et quatre points d'emport sous la voilure, soit deux de 1500 livres et deux de 700 livres. Cela permet au F2000 MRA (Maritime Reconnaissance Aircraft) d'emporter, par exemple, une chaîne SAR (Search and Rescue). Il n'y a donc plus besoin, contrairement aux Gardian et Falcon 50 M, de jeter la chaîne SAR par un puits découpé dans la carlingue. Côté autonomie, l'appareil peut atteindre une distance de 1000 nautiques et patrouiller 3 heures sur zone avant de revenir, où voler quelques 7 heures à 200 nautiques des côtes, soit dans la Zone Economique Exclusive (ZEE). En matière d'armement, le F2000 MRA peut, éventuellement, être gréé pour emporter deux missiles antinavire du type Exocet AM39, ainsi que deux torpilles légères.


Falcon 50 M (© : DASSAULT AVIATION)

Le Falcon 50 M

Certifié en 1979, le Falcon 50 est alors le premier avion civil au monde équipé d'une voilure « supercritique ». Le bond technologique dû au choix d'une telle aile est considérable. Il permet à Dassault d'équiper les nouveaux modèles Falcon 900 et Falcon 2000 en n'apportant qu'une légère optimisation. L'industrialisation est lancée en novembre 1976 après un accord passé entre le gouvernement, Aerospatiale et Dassault. Aerospatiale, dont l'usine de Saint-Nazaire est maître d'oeuvre du fuselage, fabrique 55 % de la cellule. La voilure est réalisée à l'usine Dassault de Colomiers tandis que l'assemblage et la mise en vol s'effectuent à Mérignac. Pour des déploiements outre-mer sur des sites le plus souvent isolés, la Marine nationale exprime un besoin pour un avion « de complément », « simple » et « relativement peu coûteux en personnel et en entretien ». S'inspirant de la formule du Falcon Gardian afin de réduire les coûts de développements et les risques associés, la l'aéronautique navale acquiert quatre avions d'occasion de type Falcon 50. Ils sont modifiés et modernisés dans l'usine Dassault de Mérignac. Les Falcon 50 M opèrent aujourd'hui le long du littoral français mais aussi outre-mer. Ainsi, un avion est régulièrement déployé à la Réunion et à Mayotte, tout comme dans la région du centre spatial de Kourou, en Guyane. Servant à la surveillance maritime, le Falcon 50 est également mis en oeuvre pour les opérations de sauvetage. Long de 18.52 mètres pour une envergure de 18.86 mètres, ce triréacteur de 18.5 tonnes (en charge) est armé par cinq hommes et peut embarquer 8 chaînes SAR. Il dispose de nombreux équipements (radar Ocean Master, FLIR Chlio et système de transmission par satellite Inmarsat). Les quatre Falcon 50 M de la marine constituent la flottille 24 F, basée à Lann-Bihoué, près de Lorient. Leur autonomie est de 2700 nautiques, soit 6H30 de vol.


Gardian (© : MARINE NATIONALE)

Le Gardian

Un premier Gardian, version navalisée du Falcon 20 H devenu ensuite Falcon 200, effectue son premier vol à Mérignac, le 24 avril 1979. Premier appareil de ce type sorti des chaînes de l'usine de Bordeaux-Mérignac, le 18 mars 1981, l'avion n° 48 effectue son vol initial le 15 avril 1981 aux mains de Hervé Leprince-Ringuet, pilote, et de Jean-Marie Barthelemy, ingénieur navigant d'essais. Ce pilote et l'équipage d'essais conduisent ensuite la mise au point du Gardian en collaboration avec le Centre d'Essais en Vol. Le Falcon Gardian fait l'objet d'un marché de la part du gouvernement français pour le compte de la Marine nationale en date du 13 mai 1981 pour le développement et l'industrialisation de cinq exemplaires en deux tranches, une première de deux avions et une seconde de trois avions. Le n° 48 est remis officiellement à la Marine nationale le même jour. Durant l'année 1982, l'appareil effectue des démonstrations auprès de clients potentiels au Moyen-Orient, en Inde, en Afrique et en Irlande. Le 14 avril 1983, le Gardian n° 1 est remis officiellement à la marine. Long de 17.15 mètres pour une envergure de 16.3 mètres, le Gardian affiche une masse de 15.2 tonnes chargé. Capable de franchir 2000 nautiques, il affiche une autonomie de 5H30. Utilisé outre-mer, notamment en Polynésie, il embarque un équipage de six hommes et dispose d'une trappe ventrale pour le lancement de chaînes SAR. Les Gardian de la marine sont regroupés au sein de la Flottille 25 F, basée à Tahiti et en Nouvelle-Calédonie.


Nord 262 (© : MARINE NATIONALE)

Le Nord 262 E

Le Nord 262 est l'un des vétérans de l'aéronautique navale. C'est en effet au début des années 60 que Nord Aviation a lancé le développement de cet appareil. Le premier vol du prototype date de décembre 1962. Adopté par les compagnies aériennes civiles, cet avion sera notamment exploité aux couleurs d'Air Inter et Air France. Remotorisée, la cellule sera ensuite choisie par l'armée française. La Marine nationale disposera notamment de 12 Nord 262 E, servant aux missions de liaison, mais surtout de surveillance maritime et pour la formation des pilotes et mécaniciens de bord. Dix sont encore opérationnels au sein de la Flottille 28 F, basée à Nîmes-Garons. Long de 19.28 mètres pour une envergure de 21.9 mètres, le Nord 262 E affiche une masse de 10 tonnes. Il peut franchir 800 nautiques, ce qui représente 4H30 de vol.

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