Marine Marchande

Reportage

Embarquement à bord du ferry GNL Megastar

En mer Baltique, le gaz naturel liquéfié est désormais considéré comme le carburant du futur, particulièrement par les compagnies de transport de passagers. Cependant, et malgré l’adoption de la limite de O.1% d’émission de soufre dans les zones SECA, son développement a été ralenti par le choix des armements de se tourner vers l’utilisation de scrubbers ou de diesel marine. Le voyage inaugural du ferry au GNL Megastar de la compagnie Tallink, le 29 janvier dernier entre Helsinki et Tallin, a donc suscité une attention toute particulière.

 

(© TALLINK)

L'une des routes les plus fréquentées au monde

Avec ses 212 mètres de long et ses 49.200 GT de jauge, le Megastar est l’un des plus grands ferries rapides au monde. Classé Ice 1A, il a été spécialement conçu pour sa rotation de 2 heures entre les capitales finlandaise et estonienne qu’il effectue à une vitesse de 27 noeuds. Cette route est actuellement la deuxième ligne de ferries la plus fréquentée au monde avec 8 millions de passagers, 1.25 million de voitures et 200.000 unités de fret par an. Ces chiffres sont d’ailleurs toujours en progression. Le Megastar est sorti des chantiers de Meyer Turku, qui avaient déjà livré le premier grand ferry GNL au monde, le Viking Grace, en 2012. Celui-ci effectue actuellement des rotations deux fois par jour entre Turku et Stockholm. La bonne maîtrise de la propulsion GNL a d’ailleurs été l'une des raisons principales du rachat du chantier finlandais par le groupe allemand Meyer Werft. Son carnet de commandes comporte actuellement six paquebots motorisés au GNL pour les compagnies Costa Crociere, Carnival Cruise Lines et Royal Caribbean International.

 

Lors de sa construction au chantier Meyer Turku (© TALLINK)

Une consommation équivalente à celle du diesel

La puissance totale installée sur le Megastar est de 45.600 kW, fournie par cinq moteurs dual fuel Wärtsilä (trois 12V50DF et deux 6L50DF). Le ferry affiche donc 13% de capacité propulsive de plus que le Star, avec qui il partage la route et qui n’a pourtant que 36.200 GT de jauge et une capacité inférieure de 300 passagers et de 300 voitures. Le GNL de propulsion est fourni par Eesti Gas, qui amène des camions depuis le nouveau terminal Gazprom de Pskov, situé à 350 km. A Helsinki, c'est Skangas qui ravitaille, également par camions. Pour des raisons de sécurité, le soutage du Megastar s’effectue de nuit et prend quatre heures tous les deux jours, grâce à l’utilisation d’une pompe cryogénique d’une capacité de 1000 l/h. « La consommation énergétique est la même que sur les autres navires. La seule différence c’est que nous comptons désormais en mégawatts et pas en tonnes », souligne Tarvi-Carlos Tuulik, directeur technique de Tallink. Pour mémoire, le GNL n’émet quasiment aucun oxyde de soufre (SOx) et de particules, il réduit les oxydes d’azote (NOx) de 85% et les émissions de CO2 de près de 25%. Il est stocké à -160°, température à laquelle son volume est 600 fois inférieur à son état gazeux.

Sur le Megastar, le GNL est stocké dans deux cuves en acier inox d’une capacité de 600 m3, situées au milieu du navire, et fournies par la société suédoise Linde. En cas d’interruption de l’alimentation en GNL, les moteurs peuvent instantanément passer sur un approvisionnement en diesel. En cas d’avarie majeure, le bateau est équipé d’un système de Safe Return to Port. Pour les évacuations, il dispose d'un système de toboggans débouchant dans des radeaux gonflables.

 

(© JOHN PAGNI)

Carène innovante

Une attention particulière a été portée, lors de la conception du navire, à la forme de la carène. Celle-ci, unique au monde pour le moment, a dépassé les ambitions fixées par ses designers en ne produisant que très peu de vagues. Les deux hélices à pas variable sont alimentées électriquement et placées derrière les gouvernails pour une manoeuvrabilité accrue et moins de résistance dans les conditions de glace. Les automates sont très présents à bord. Plus de 10.000 senseurs sont répartis entre le moteur, les calculs de stabilité et le système de navigation. La production de la chaleur et la ventilation sont recyclées dans la mesure du possible de manière à réduire la consommation de carburant. Les déchets dont triés et débarqués à terre.

Espaces pour les passagers

En ce qui concerne les emménagements, il y a là encore des innovations. Les choix en types de siège, bars et restaurants est vaste et se reflète dans la gamme de prix offerte. Le Delight Buffet, qui dispose de 474 places à l’avant du bateau, propose une large sélection de boissons, dont plusieurs bières pression. Le Chef’s Kitchen a, quant à lui, une carte de plats préparés à partir de produits locaux dans une cuisine ouverte. Il peut recevoir 60 invités. Au Pont 9, on trouve le Victory Bar et le Sea Pub, qui disposent d’un jardin d’hiver, et dans lesquels on trouve la télévision, de la musique, des boissons et des snacks. Au même pont, il y a aussi deux fastfoods, le Burger King et le Fast Lane. Le café Coffee&Co, au pont 8, se trouve dans la Gallery, un espace où l’on peut venir s’asseoir librement. A proximité, les enfants peuvent profiter d’une salle de jeu de 100 m2 avec des espaces dédié aux tout-petits. Les animaux ont un espace réservé au pont 7. Un centre commercial de plus de 2800 m2 se trouve sur deux niveaux à l’arrière du bateau. Il dispose même d’un point Q Shopping, permettant un paiement et check out plus rapides.

 

Le restaurant Chef's Kitchen (© JOHN PAGNI)

 

 

L'espace réservé aux enfants (© JOHN PAGNI)

Le jardin d'hiver du Sea Pub (© JOHN PAGNI)

La galerie commerciale (© JOHN PAGNI)

Le point Q Shopping (© JOHN PAGNI)

Des lounges de différents standards

Lors de leur réservation, les voyageurs peuvent choisir entre plusieurs lounges. Le Business Lounge propose une restauration et des boissons, le Comfort des plats froids et des boissons non-alcoolisés. Les chauffeurs de camions disposent de leur propre espace où ils peuvent profiter d’une restauration et de boissons sans alcool. On peut également voyager en dehors de ces lounges et s’asseoir dans les espaces communs. Le wifi est gratuit à bord. En raison de la brièveté du temps de transport, il n’y a que 47 cabines pour les passagers. 105 autres sont destinés aux 176 membres d’équipages.

 

(© JOHN PAGNI)

(© JOHN PAGNI)

Un espace garage pour accéder librement à son véhicule

Pour la partie fret, le Megastar compte un linéaire de 3653 mètres qui peut recevoir 800 voitures ou 300 voitures et 110 camions. Ces derniers sont garés au pont 3 à proximité des portes avant et arrière. Les ponts 5,6,7 recoivent des voitures et un pont temporaire 4 peut être déployé. Une originalité est proposée au pont 7 avec la création d’un espace « garage » d’une centaine de places. Les passagers choisissant cette option payante pourront accéder à leurs véhicules durant le voyage, pour, par exemple, charger les courses effectuées à bord.

 

(© JOHN PAGNI)

(© JOHN PAGNI)

De nouvelles infrastructures portuaires

Comme le Megastar ne reste qu’une heure au port, il dispose d’un système d’entrée et de sortie à deux étages, avec des rampes pour les voitures et des doubles passerelles pour les piétons. Les ports de Talinn et Helsinki ont, pour l’occasion, tous deux investi dans des nouvelles infrastructures au sein leur gare maritime. Le port finlandais a également installé un système d’amarrage automatique qui permet, grâce à des ventouses, de garantir la stabilité de la coque avec des vents allant jusqu’à 17 mètres/seconde.

Tallink espère que l’entrée en flotte de son fleuron va provoquer la même vague de réservation que la compagnie avait observé lors de l’arrivée du Viking Grace. Cela aidera l’armement à amortir les 230 millions que lui ont coûté le Megastar, autofinancé à 20%, le reste étant constitué d’un prêt de 12 ans contracté auprès de la banque suédoise Nordea.

Texte original de John Pagni, traduit par Caroline Britz

 

Propulsion - motorisation