Energie Marine

Reportage

Eolien offshore : la Bretagne veut développer une filière industrielle

L'enjeu est énorme. D'ici 2020, 23% de la production énergétique française devra être couverte par des énergies vertes. Et parmi elles l'éolien offshore posé. L'État, après une tentative compliquée d'implantation au large du Tréport, toujours pas réalisée, a finalement donné un coup d'accélérateur en lançant, en novembre, le premier appel d'offres pour cinq champs d'éoliennes au large des côtes françaises. Les sites retenus le Tréport, Fécamp, Courseulles, la baie de Saint-Brieuc et Saint-Nazaire, devront fournir 3000 MW, pour un investissement de 10 milliards d'euros. La deuxième étape est à l'horizon 2020, où l'État vise une puissance totale de 6000 MW, soit environ 1200 éoliennes, produisant 3.5% de l'électricité française. Les montants des investissements sont énormes. Les machines (mâts et turbines), l'acheminement, le câblage sous-marin, l'entretien des futurs sites, la maintenance... les moyens à mettre en oeuvre impliquent une chaîne logistique et industrielle aussi inédite qu'imposante. Et pendant que les développeurs, les constructeurs d'éoliennes et les énergéticiens sont en train de mettre en place des alliances pour pouvoir répondre à l'appel d'offre, les industries terrestres et les ports commencent à anticiper ces futurs chantiers. Dans l'ensemble des régions littorales concernées, les professionnels veulent structurer leurs filières : Neopolia à Saint-Nazaire, le Havre Développement en Seine, la Miriade à Cherbourg, Bretagne Pôle Naval... les initiatives sont nombreuses.


Une éolienne offshore (© : BRETAGNE DEVELOPPEMENT INNOVATION)

Une étude sur les besoins industriels

La Bretagne, qui fut l'une des pionnières en matière d'énergies marines renouvelables, notamment dans le cadre du Pôle mer, a voulu redonner un coup d'accélérateur à sa filière industrielle, dopée par la confirmation du projet de champs au large de Saint-Brieuc. Bretagne Pôle Naval, suite à l'annonce de l'appel d'offres, a chargé le cabinet GL Garrad Hassan, filiale du groupe allemand Germanischer Lloyd, de réaliser une étude sur l'organisation industrielle nécessaire aux projets d'éolien offshore posé. L'idée étant notamment de voir si la filière bretonne existante (environ 70 entreprises qui pourraient se placer en partenaires, fournisseurs, prestataires ou sous-traitants) pouvait répondre aux besoins des développeurs, constructeurs d'éoliennes et énergéticiens. Les différentes perspectives de contrat ont été recensés : développement, réalisation (avec notamment des aérogénérateurs), fondations, stations électriques en mer et enfin la phase d'exploitation et de maintenance.

Similitude avec la construction navale

Dans la phase de construction, l'étude relève que le savoir-faire en matière de construction de mâts, qui représente la construction métallique la plus importante, peut être réalisé en Bretagne, même si des investissements sont nécessaires pour la fabrication et l'entreposage. Les sociétés ayant l'expérience des structures métalliques de la construction navale peuvent aussi se placer dans les marchés connexes, comme les fondations ou les superstructures des transformateurs en mer. C'est notamment sur ce segment que l'étude voit les meilleures promesses de développement pour l'industrie bretonne. La similitude de la fabrication de ces superstructures, l'intégration des équipements et l'aménagements des postes de transformations, avec la construction des grands navires, serait un atout sérieux pour les entreprises du secteur, qui peuvent prendre en charge la fourniture complète mécanique et électrique des transformateurs, en s'appuyant sur leurs réseaux existants de sous-traitants et de fournisseurs. Autre domaine à forte valeur ajoutée, la fabrication des fonds en acier des aérogénérateurs, qui devront être produits par dizaines, voire centaines. Là aussi, la compétence existe mais des investissements pour l'entreposage seront indispensables. De nombreux emplois pourront également être crées dans le domaine de la logistique, de la manutention et du pré-assemblage. Pour le volet maintenance, un emploi local sera aussi nécessaire, même si la turbine sera sans doute entretenue par son constructeur. Au-delà du délai de garantie, les entreprises locales pourraient sans doute prendre le relais.




Un navire de servitude pour l'éolien offshore (© : DROITS RESERVES)


Un navire d'installation des éoliennes (© : BRETAGNE DEVELOPPEMENT INNOVATION)

Beaucoup de navires à construire

Belle carte à jouer pour les chantiers navals bretons : la construction des navires de servitude destinés aux travaux préalables, la construction et la maintenance des éoliennes. Actuellement, la flotte de navires spécialisés dans la pose des éoliennes offshore, des barges auto-élévatrices, se compose en tout et pour tout de 10 navires, tous construits en Asie. mais les chantiers européens commencent aussi à se positionner. De plus, un énorme marché de maintenance et de réparation se profile également pour les chantiers navals. En revanche, l'étude relève que pour le volet travaux maritimes, la meilleure politique de l'économie locale, notamment pour les industries de construction métallique, serait celle des accords-cadres ou la formation de co-entreprises avec des entrepreneurs spécialisés. Une approche nécessaire pour conquérir non seulement les projets éoliens offshore français mais également ceux du Round 3 dans le sud de l'Angleterre. Un vrai défi pour la filière industrielle bretonne, qui dispose du savoir-faire dans de nombreux segments de ce marché émergent, mais qui souffre d'une pénurie de personnel qualifié.

Les ports bretons veulent se placer comme plateformes logistiques

Dans le segment logistique, il y a un maillon fondamental, celui de la plateforme portuaire. Les zones de stockage et de pré-assemblage aiguisent déjà l'appétit de plusieurs ports de commerce disposant de place à proximité des futures zones d'implantation. Aux côtés de Saint-Nazaire, Cherbourg ou le Havre déjà très mobilisés sur la question, Brest veut jouer la carte de son polder de 50 hectares, qui pourrait accueillir une zone de montage de turbine et la réalisation des mâts, ainsi qu'un linéaire de quai suffisant pour accueillir les navires spécialisés. À l'occasion d'un colloque organisé à Brest début avril par Bretagne Pôle Naval, Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional, a annoncé des cofinancements publics du projet de mise aux normes de la zone du polder à hauteur de 70 millions d'euros. Les ports de taille plus modeste ont également intérêt à se positionner rapidement. Ainsi, le port de Lorient dispose de 4 hectares pouvant être utilisés pour réaliser des ensembles d'aérogénérateurs et accueillir les navires de servitude du futur parc de Saint-Nazaire. Enfin, les ports de la côte nord, à proximité du futur parc de la baie de Saint Brieuc pourraient servir de bases arrières pour les opérations d'installation des machines, puis d'exploitation et de maintenance.


Débarquement au port de Brest (© : CCI BREST)

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