Histoire Navale

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Il y a 70 ans, la flotte française se sabordait à Toulon

Le 27 novembre 1942, les Forces de Haute Mer et une grande partie des autres bâtiments présents à Toulon se sabordaient suite à l’invasion par les troupes allemandes de la zone libre. Une page terrible de l’histoire maritime française, un véritable traumatisme pour la Marine nationale et le pays, si fiers de leur flotte. Après l’attaque de Mers El-Kébir en juillet 1940 puis l’invasion de l’Afrique du nord, quelques semaines avant le drame de Toulon, le sabordage verra une grande partie de la Marine nationale se transformer en un enchevêtrement d’épaves fumantes. Succomberont à cette terrible journée certains des plus beaux fleurons de la flotte, comme les croiseurs de bataille Dunkerque et Strasbourg, le croiseur lourd Algérie, les croiseurs légers Jean de Vienne, Marseillaise et La Galissonnière, ou encore les contre-torpilleurs Mogador et Volta. Quelques 140 unités, dont 88 bâtiments de combat (3 cuirassés et croiseurs de bataille, 7 croiseurs, 28 contre-torpilleurs et torpilleurs, 6 avisos, un transport d’hydravions, 12 sous-marins…), seront sabordées par leurs équipages pour éviter de tomber aux mains des Allemands.

 

Un panzer allemand devant le Strabourg, coulé droit (© SHM)

 

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Avisos sabordés (© SHM)

 

 

Torpilleur du type Hardi sabordé (© SHM)

 

Le croiseur Dupleix ravagé par les incendies (© SHM)

 

Croiseur lourd en feu (© SHM)

 

La base navale de Toulon après le sabordage (© SHM)

 

La marine commémore l’évasion des sous-marins

 

Seuls quatre sous-marins, dont les commandants braveront l’ordre de détruire leurs bâtiments, parvinrent à échapper à la tragédie. Equipés d’une propulsion diesel-électrique permettant une mise en route rapide des moteurs, les Casabianca, Glorieux, Marsouin et Iris réussirent à fuir Toulon, les trois premiers reprenant le combat auprès des alliés après avoir rejoint Alger et Oran. C’est cette courageuse évasion, et plus particulièrement celle du célèbre Casabianca, que la Marine nationale a choisi de commémorer hier, à l’occasion de la « Journée nationale du sous-marins », instituée en 2002 au nom du devoir de mémoire. Une cérémonie militaire, présidée par  le vice amiral d’escadre de Coriolis  commandant les forces sous-marine et la force océanique stratégique, s’est déroulée au monument national des sous-mariniers de Toulon.

 

Le sous-marin Casabianca en 1942 (© COLLECTION MARIUS BAR)

 

Le monument national des sous-mariniers (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

« Le vrai déshonneur eut été de livrer la flotte intacte à l’ennemi »

 

Quant au sabordage en lui-même, la décision de l’amiral de Laborde de ne pas appareiller avant le coup de force allemand pour rejoindre les alliés a, depuis 70 ans, fait couler beaucoup d’encre. Les critiques furent nombreuses et assassines, oubliant souvent le contexte et les circonstances de l’époque, pourtant indispensables à la bonne compréhension d’un évènement. A cet égard, l’opinion de l’amiral Rogel, chef d’état-major de la marine est très intéressante. Alors que certains virent dans le sabordage de Toulon un « déshonneur » pour la marine, le CEMM, répondant à une question de notre confrère Jean-Dominique Merchet, estime que, « le vrai déshonneur pour les marins eut été de livrer intacte la flotte à l'ennemi, ce qui aurait probablement changé le cours de l'Histoire » (lire l’intégralité de cette interview sur le blog Secret Défense).