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A la découverte des métiers du ferry Barfleur

Durant toute cette semaine, nous vous proposons de partir à la rencontre de l'équipage du ferry Barfleur de Brittany Ferries. De la passerelle à la cuisine, en passant par les boutiques et les machines, une soixantaine de personnes travaillent sur le navire, qui vient tout juste d'être réarmé sur la ligne reliant Cherbourg à Portsmouth. Les marins, hôtesses et personnels hôteliers passent sept jours à bord, suivis de sept jours de congés. Une semaine embarquée intense, où les rotations se succèdent et où les heures de repos sont précieuses. Même à capacité réduite, le navire embarque 450 passagers à chaque rotation. Mais, comme disent les gens du bord, « c'est un petit navire, avec une ambiance familiale ». Nous vous proposons donc de découvrir le petit village flottant du Barfleur.


Le commandant Yves Le Reun (© : DROITS RESERVES)

Yves Le Reun, commandant du Barfleur

Le regard est attentif, la voix est calme, les gestes précis. Le commandant Le Reun est entouré de ses hommes, lieutenant, timonier et second capitaine, à la passerelle du Barfleur. La nuit tombe sur Cherbourg, l'appareillage est imminent. La mer est d'huile, un temps de curé, une belle occasion pour le commandant d'initier son jeune second capitaine à la manoeuvre. Les aussières sont larguées, le navire commence à éviter dans le bassin cherbourgeois. « Reprends du propulseur, mets plus de barre, n'hésite pas. » Le jeune second sourit quand le ferry franchit la passe ouest de la grande rade. La manoeuvre est perfectible, mais le commandant lui a appris à sentir le bateau. « Cela ne s'apprend pas dans les livres, ni la manoeuvre, ni la machine, il faut transmettre aux jeunes, c'est ça d'être marin ».
Le commandant Le Reun a le verbe rare mais souriant. Un vrai marin taiseux, comme les pêcheurs de son pays bigouden natal ? Éclat de rire. « Oui, je suis breton, mais dans ma famille, personne n'était marin. Quand j'étais jeune, je faisais surtout de la voile, je m'amusais sur l'eau, je voulais naviguer et en faire mon métier. Un copain était allé faire l'école de la marine marchande, je l'ai suivi ». Un bac scientifique, le concours d'entrée, et le voilà en formation d'officier polyvalent à l'école de Nantes. « J'ai choisi cette filière polyvalente, parce qu'elle offrait le plus de débouchés, mais au fond, je crois que je savais déjà que mon truc c'était le pont et la passerelle. La machine, ça m'amusait beaucoup moins ». Après un embarquement au long-cours, sur un pétrolier de l'armement Fina, Yves Le Reun « rentre à la Brittany Ferries » au début des années 80. « À l'époque, il y avait une pénurie d'embarquement, en raison de la création du pavillon bis des Kerguelen. Alors pouvoir embarquer à la Brittany Ferries, c'était une chance. » Et depuis, il n'a pas quitté « son » armement. « J'ai commencé par des postes de lieutenants, un peu de machine, puis je suis passé second capitaine en 1990 et commandant en 2003 ».
Le long cours ne lui manque pas, il aime commander un ferry. Pour le rythme de travail, pour les manoeuvres, pour l'ambiance. « Ici, il y a une soixantaine de personnes dans l'équipage, et pas que des marins, il faut que je veille à ce que tout fonctionne bien, ca nous avons une clientèle à satisfaire ». Quelques heures de sommeil, le Barfleur entre dans le chenal resserré et sinueux menant au port britannique de Poole. Le courant de marée est fort, il faut ralentir le navire emporté sur le tapis roulant du flot, le commandant siffle, « vous voyez, on a beau faire la manoeuvre tous les jours, depuis plusieurs années, on a des surprises tous les jours, c'est ça la navigation ». Un accostage de plus. Avec les mêmes gestes précis et le même plaisir.




Marielle, chef de réception (© : DROITS RESERVES)

Marielle, chef de réception

Elle est au poste stratégique du navire. « C'est ici au point information que tout se passe ». Marielle a l'énergie communicative. La chef de réception du Barfleur s'occupe de tout : « embarquements, débarquements, l'accueil des passagers et, en escale, c'est moi le contact entre la gare maritime et le bord, et si nécessaire, je fais lien entre le chef d'escale et l'équipage. ». Des papiers à remplir pour l'escale, le courrier à distribuer et le téléphone qui sonne, qui sonne, qui sonne... Il est 10 heures du matin, le bateau est à quai à Poole et Marielle est sur le pont depuis 8 heures du matin. « Et là, il n'y a pas encore les passagers ».
Les passagers, elle les aime, Marielle. « C'est bien pour cela que je fais ce métier. Le contact avec la clientèle, c'est ce que je préfère. On finit par connaître les habitués et parfois prendre un peu de temps pour discuter avec eux, c'est agréable et cela fait plaisir à tout le monde». Il faut dire que Marielle a un petit faible pour la clientèle britannique. « C'est normal, après ma formation en école hôtelière, je suis partie en Angleterre pour travailler dans la restauration. Ensuite, comme je parlais bien anglais, j'ai été embauchée à la Brittany Ferries ». Une première saison sur le ferry Bretagne entre Saint-Malo et Portsmouth. Puis une autre au départ de Caen. « Au début, je faisais des remplacements et j'ai tourné sur presque tous les postes : l'information, les boutiques, la restauration. C'est la polyvalence qui prime dans un premier temps, cela permet de se faire une bonne idée du fonctionnement du navire. Ensuite, je me suis orientée vers l'information puis je suis devenue chef de réception ».
Marielle regarde l'escalier qui relie les ponts inférieurs à celui du point d'information. Les passagers commencent à monter, la file devant Marielle se forme rapidement. La clé d'une cabine à récupérer, un vêtement oublié dans la voiture, le coin fumeur ou bien le temps qu'il fait à Cherbourg, les demandes des passagers sont nombreuses. La passerelle appelle, l'appareillage est imminent. « En mer, tout part d'ici. S'il y a un problème dans une cabine, si les sanitaires ne fonctionnent pas bien, si quelqu'un a trop chaud dans son siège inclinable, c'est ici qu'on vient ». Et c'est à Marielle de trouver la solution : appeler la machine, les cabiniers ou le chef d'étage, le commissaire. Rapidement et avec le sourire, « les journées passent vite, on travaille douze heures par jour, la nuit c'est un veilleur de nuit qui prend le relais, mais le rythme est intense ». Mais Marielle n'échangerait pour rien au monde son poste. « Le rythme 7 jours en mer, 7 jours en congés, c'est très agréable, même en famille, cela donne du temps pour profiter. Je conseillerai à tous les jeunes qui souhaitent se lancer dans une carrière hôtelière de commencer ici, on apprend tellement plus vite sur un navire ! »

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