La flotte marocaine monte en puissance

Dossier(s) : Maroc
Le Maroc s'est engagé dans un vaste plan de renouvellement et de développement de sa composante navale. Frégates, corvettes, patrouilleurs, vedettes... Les projets se multiplient et, dans quelques petites années, la marine royale va atteindre un niveau d'équipement jamais égalé. Situé au coeur d'une zone stratégique, le Maroc couvre la bordure nord-ouest du continent africain. Avec la pointe sud de l'Espagne, il ferme le détroit de Gibraltar, qui relie la Méditerranée à l'océan Atlantique. Passage stratégique, ce détroit voit notamment transiter le pétrole, le gaz, les matières premières et les marchandises conteneurisées destinées à l'Europe du nord. Profitant de ce gigantesque trafic commercial, le Maroc a ouvert en 2007 le port de Tanger Med, gigantesque infrastructure portuaire destinée à devenir un grand hub permettant de desservir le bassin méditerranéen et l'Afrique de l'ouest. L'ensemble de ces intérêts maritimes et commerciaux impose à Rabat des responsabilités importantes en matière de sécurité et de sûreté maritimes.


Le port de Tanger Med (© : ISEMAR)

Entretenant des relations très étroites avec l'Union Européenne, dont un certain nombre de pays, comme la France, sont ses alliés privilégiés, le Maroc occupe une place importante, par sa localisation, dans le domaine de la lutte contre l'immigration clandestine. Il constitue, en quelque sorte, le premier « rempart » de l'UE face aux flux migratoires venant du sud et dont les principaux points de passage sont Gibraltar et les Canaries. Des accords de coopération ont, notamment, été signés avec l'agence européenne Frontex, chargée la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières.


Immigrés clandestins (© : MARINE NATIONALE)

En dehors de l'immigration clandestine, le Maroc a, aussi, un important rôle à jouer en matière de lutte contre le narcotrafic. Une part importante des cargaisons de résine de cannabis destinées à l'Europe traversent en effet la Méditerranée à partir des côtes du Maghreb, sans compter les flux transatlantiques en provenance de la zone Caraïbes et à destination de l'Europe via l'Afrique de l'ouest (concernant plus particulièrement la cocaïne). L'immigration clandestine comme le narcotrafic, mais aussi la surveillance des pêches, expliquent notamment le renforcement des moyens de surveillance et d'intervention maritimes, particulièrement dans le domaine des petits navires.
Enfin, d'un point de vue géostratégique et militaire, le Maroc, en développant sa marine, tient en respect son voisin et rival algérien. L'acquisition d'une frégate de type FREMM, spécialisée dans la lutte anti-sous-marine peut, à ce titre, être considérée comme une réponse à l'achat par l'Algérie de deux sous-marins supplémentaires du type Kilo et la modernisation des unités déjà en flotte.


FREMM (© : DCNS)

Une frégate de premier rang en 2013

Le Maroc réceptionnera donc, en 2013, la frégate multi-missions (FREMM) commandée à DCNS. En cours d'assemblage à Lorient et devant être mis à flot en septembre prochain, ce bâtiment sera directement dérivé des unités françaises. Longue de 142 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, cette frégate mettra en oeuvre des missiles Aster 15 et Exocet MM40, des torpilles MU90 et une tourelle de 76mm. Doté d'un système de combat de nouvelle génération (SEIS), elle sera équipée d'un radar multifonctions Herakles. Polyvalente, cette FREMM aura d'importantes capacités de lutte anti-sous-marine, avec un sonar d'étrave et un sonar remorqué, ce qui permettra de combler le manque de moyens ASM de la marine marocaine. Elle sera, en outre, capable d'embarquer un hélicoptère.


La frégate Arrahmani (© : BERNARD PREZELIN)


La frégate Mohammed V (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)


Hélicoptère marocain du type Panther (© : MARINE NATIONALE)

Cette FREMM s'ajoutera à la frégate légère Arrahmani (type Descubierta espagnol) et surtout aux deux frégates de surveillance Mohammed V et Hassan II réalisées aux chantiers de Saint-Nazaire et mises en service en 2002 et 2003. Cousines des FS françaises du type Floréal, elles mesurent 93.5 mètres pour un déplacement de 2850 tonnes. Leur armement comprend deux missiles Exocet MM38, une tourelle de 76mm et deux canons de 20mm. Les Mohammed V et Hassan II disposent, en outre, d'une plateforme et un hangar pour un hélicoptère. En 2002, trois hélicoptères Panther ont été acquis pour embarquer sur ces bâtiments. Ce parc aérien pourrait néanmoins s'enrichir afin de répondre aux besoins consécutifs à l'arrivée de nouveaux navires porte-hélicoptères.


Corvette du type SIGMA 10513 (© : DSNS)

Trois corvettes commandées aux Pays-Bas

Car, en dehors de la FREMM, le Maroc a aussi passé commande, aux Pays-Bas, de trois grandes corvettes de la famille Ship Integrated Geometrical Modularity Approach(SIGMA). La première, du type SIGMA 10513, a été mise à flot en juillet dernier aux chantiers Damen Schelde Naval Shipbuilding de Vlissingen. Prévu pour entrer en service à l'automne 2011, ce bâtiment de 105.1 mètres et 2300 tonnes de déplacement, pourra héberger 110 personnes (équipage et passagers). Son armement comprendra des missiles antinavire Exocet MM40, un système surface-air VL Mica, une tourelle de 76mm, une artillerie légère et des tubes pour torpilles MU90. Un hangar permettra d'abriter un hélicoptère. Le radar principal sera du type SMART-S et le bâtiment embarquera, pour la lutte anti-sous-marine, un sonar Kinglip. La propulsion comprendra deux moteurs diesels fournis par MAN et assurant une vitesse de 28 noeuds.


Corvette du type SIGMA 98.13 (© : DSNS)

Deux autres unités légèrement plus petites (SIGMA 98.13) mais dotées des mêmes équipements sont également prévues. Longues de 97.9 mètres, pour un déplacement de 2100 tonnes, elles seront armées par un équipage de 91 marins et disposeront des mêmes équipements que leur aînée. La première SIGMA 98.13 a été mise sur cale en mars 2009 et devrait être lancée en 2011, avec une admission au service actif pour 2011/2012. Son sistership devrait, quant à lui, entrer en flotte en 2013.


L'OPV Bin An Zaran (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un OPV qui pourrait avoir des petits frères

La modernisation des moyens navals marocains passe également par un programme de patrouilleurs hauturiers. Commandé à la société française Raidco Marine et réalisé aux chantiers STX de Lanester, près de Lorient, le Bin An Zaran a été mis à flot le 25 août dernier. Première unité du type OPV 70, ce bâtiment mesure 70 mètres de long. Disposant d'une coque en acier et de superstructures en aluminium, il est doté de deux moteurs diesels Wärstilä pour atteindre 22 noeuds avec une autonomie de 4200 nautiques à 12 noeuds. Armé par un équipage de 64 personnes, le Bin An Zaran embarquera une pièce de 76mm, une tourelle double de 40mm et de l'artillerie légère. Ses essais en mer interviendront en janvier, la livraison étant prévue en mars 2011. En fonction des essais du navire et des premiers retours d'expérience, la marine marocaine pourrait, ensuite, commander jusqu'à cinq autres unités du type OPV 70.


OPV 64 : Le Rais Al Mounastiri (© : BERNARD PREZELIN)


Osprey 55 : Le El Lahiq (© : BERNARD PREZELIN)


Cormoran : Le El Bachir (© : BERNARD PREZELIN)

Le Maroc aligne déjà cinq grands patrouilleurs de 64 mètres et 600 tonnes en charge du type OPV 64, construits à Lorient et mis en service entre 1995 et 1997. S'y ajoutent les quatre patrouilleurs de 55 mètres et 500 tpc du type Osprey 55, livrés par les chantiers Danyard entre 1987 et 1990. La flotte marocaine de patrouilleurs compte aussi six unités de 58 mètres et 425 tonnes du type Cormoran. Construits par Bazan (aujourd'hui Navantia) et mis en service en 1988 et 1989, ces bâtiments sont progressivement modernisés. Trois d'entre eux l'ont été à Lorient entre 2005 et 2009. Enfin, le Maroc dispose de quatre patrouilleurs lance-missiles du type Lazaga espagnol (57 mètres, 420 tonnes), datant de 1981 et 1982.


Vedettes du type Rodman 100 (© : BERNARD PREZELIN)

De nouvelles vedettes de 30 mètres

Le Maroc a, également, récemment procédé au renouvellement de son parc de vedettes. Une dizaine d'unités de 30 mètres, dérivées des Rodman 101 construites pour la Guardia Civil espagnole, ont été livrées. Ces bateaux, capables de filer à plus de 30 noeuds et disposant d'une rampe pour embarcation rapide, permettent notamment de renforcer les moyens marocains pour contrôler les flux migratoires partant d'Afrique de l'ouest et remontant vers l'Europe. Les Rodman 101 complètent les 10 vedettes de 20 mètres du type RPB 20 construites aux chantiers CNB et livrées entre 2006 et 2008 par Raidco Marine.


Vedette marocaine du type RPB 20 (© : BERNARD PREZELIN)

Vers un renforcement des moyens amphibies ?

Le Maroc pourrait, également, renforcer ses moyens dédiés aux opérations amphibies. Pour l'heure, le pays dispose du bâtiment de débarquement de chars Mohammed Ben Abdallah. Il s'agit de l'ex-USS Bristol County, un ancien LST américain du type Newport, transféré en 1994. Les Etats-Unis souhaiteraient céder en 2011, au Maroc, une seconde unité de ce type, en l'occurrence l'USS Boulder, retiré du service en 1994. Le transfert n'est toutefois pas acquis, notamment en raison de l'âge du navire (1971) et du fait qu'il est désarmé depuis de nombreuses années. La remise en état de bateaux restés longtemps inactifs est, en effet, souvent délicate.
En dehors de son LST, la marine marocaine compte toujours trois bâtiments de transport léger (Batral) du type français Champlain. Pour remplacer ces moyens, l'acquisition par le royaume d'un nouveau bâtiment de projection, comme par exemple une unité du type BPC 140, pourrait sembler pertinente. Ce genre de navire est, en effet, idéal pour le transport de troupes, les opérations de débarquement et les missions humanitaires. Mais, pour l'heure, Rabat n'aurait pas exprimé un tel besoin auprès des industriels.


Un LST du type Newport (© : US NAVY)