Défense

Reportage

La frégate Chevalier Paul, « bête de guerre » de la Marine nationale

Sur une mer d’huile, une puissante frégate trace sa route au large des côtes françaises. 152.9 mètres de long pour 20.3 mètres de large, un tirant d’air de 44 mètres et un déplacement de 7000 tonnes en charge…. Le bâtiment en impose, assurément. Seconde des deux unités françaises du type Horizon, le Chevalier Paul et son aîné, le Forbin, sont les plus grandes frégates de la Marine nationale. Les deux bâtiments sont issus d’un programme franco-italien qui a vu la réalisation de deux autres frégates pour la Marina militare, l’Andrea Doria et le Caio Duilio. Les navires italiens sont quasiment identiques à leurs cousins français, à quelques exceptions près, comme la présence d’une troisième tourelle de 76mm (à l’arrière), des missiles antinavire Otomat et des lance-leurres SCLAR en lieu et place des Exocet et NGDS des bâtiments français. C’est en 1992 que le programme a été lancé avec la signature d’un premier accord tripartite. Initialement, la Grande-Bretagne était en effet partie prenante mais, en 1999, Londres a finalement décidé de faire cavalier seul. Les Britanniques ont donc développé et réalisé de leur côté les nouveaux destroyers du type 45 (classe Daring), qui présentent d’ailleurs un air de famille certain avec leurs homologues franco-italiens. Cela tient notamment au fait que la Royal Navy a maintenu la coopération sur un point essentiel, celui du système d’armes principal, le PAAMS, que les Britanniques appellent Sea Viper, articulé autour de 48 missiles antiaériens Aster.

 

Les quatre frégates franco-italiennes du type Horizon  (© MARINE NATIONALE)

 

Les quatre frégates franco-italiennes du type Horizon (© MARINE NATIONALE)

 

Un challenge technologique

 

Construits par le site DCNS de Lorient, les Forbin et Chevalier Paul ont, respectivement, été mis sur cale en janvier 2004 et août 2005, furent lancés en mars 2005 et juillet 2006, puis admis au service actif en octobre 2010 et juin 2011. Ces deux frégates de défense aérienne (FDA), destinées à remplacer les frégates lance-missiles Suffren et Duquesne (désarmées en 2001 et 2007), devaient à l’origine être suivies de deux unités supplémentaires, appelées à succéder aux frégates antiaériennes Cassard et Jean Bart, mises en service en 1988 et 1991. Mais le coût très important du programme (2.7 milliards d’euros pour les Forbin et Chevalier Paul, développements compris selon les chiffres officiels) a obligé la Marine nationale, dans un contexte de restrictions budgétaires, à abandonner en 2005 la construction des troisième et quatrième FDA. Une solution moins onéreuse a finalement été retenue via la réalisation de deux FREDA, version antiaérienne des nouvelles frégates européennes multi-missions (FREMM), dont la tête de série, l’Aquitaine, sera livrée fin 2012. Suivant les 9 nouvelles FREMM françaises, les FREDA devraient être opérationnelles en 2021 et 2022.

 

Mise à flot du Chevalier Paul à Lorient, en 2006 (© DCNS)

 

Dotées des dernières technologies et armements disponibles, les Horizon ont représenté un véritable challenge pour les ingénieurs, d’autant que les bâtiments ont été réalisés en coopération, ce qui  a complexifié sensiblement le programme tout en assurant sa réalisation. La mise au point des frégates, et notamment l’intégration de tous les senseurs et armes au système de combat, a été longue et difficile, entrainant des retards et surcoûts.  Aujourd’hui, ces aléas ont été surmontés et les bâtiments sont totalement au point. Les Forbin et Chevalier Paul ont, notamment, participé l’an dernier à l’opération Harmattan en Libye, une mission qui a démontré qu’ils étaient parfaitement opérationnels et présentaient des capacités allant au-delà des espérances. De quoi rendre les ingénieurs qui ont conçu ces bateaux et les marins qui les arment aujourd’hui légitimement fiers.

 

Le Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

 

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Eprouvé au combat

 

En mars 2008, nous vous avions emmené à la découverte du Forbin, alors fraîchement sorti des chantiers lorientais et que les marins commençaient tout juste à prendre en main. Quatre ans plus tard, c’est à bord du Chevalier Paul que nous avons embarqué,  sur un bâtiment désormais rompu aux opérations.  L’occasion de recueillir les impressions de l’équipage sur la frégate et ses équipements, à la lumière notamment du déploiement en Libye. « Lors de l’opération Harmattan, le comportement du bateau fut remarquable. Il offre des capacités militaires exceptionnelles et nous constatons un véritable saut technologique. La modernité de nos capteurs nous permet d’aller bien au-delà de ce que nous faisions auparavant, en ayant notamment une meilleure vue de la situation tactique », explique le commandant du Chevalier Paul (*). Et le capitaine de vaisseau François Moreau de rappeler que le sistership du bâtiment, le Forbin, a été chargé au début des opérations d’assurer la protection du porte-hélicoptères d’assaut USS Kearsarge, bâtiment amiral de la force amphibie américaine alors déployée dans la zone. «  Celà donne une idée du niveau de confiance dans les capacités de ces bâtiments, y compris chez les Américains ». A l’issue des déploiements réalisés et de l’engagement en Libye, le capitaine de vaisseau Emmanuel Slaars, commandant en second du Chevalier Paul (*), est formel : « C’est stupéfiant de voir le saut technologique que représente ce bateau et notamment sa capacité de collecte d’informations. En termes de performances, le Chevalier Paul n’a rien à envier aux meilleurs bâtiments de défense aérienne d’outre Atlantique». Quant à savoir s’il y avait eu une certaine appréhension en partant au combat avec une frégate fraîchement admise au service actif et bourrée de nouvelles technologies, le CV Slaars répond par la négative : « Le processus de recette a été long et les équipements avaient été éprouvés. La décision a été prise d’envoyer le Chevalier Paul en Libye en sachant que le bâtiment fonctionnait et que l’équipage était entrainé à le mettre en œuvre. Nous avons été efficaces immédiatement et, à la lumière de ce que nous avons vécu, Harmattan n’a fait que renforcer la confiance que nous avions déjà dans cette frégate ».

 

Sur la passerelle d'une Horizon au large de la Libye (© EMA)

 

Défense aérienne de zone et soutien des raids aériens

 

Les frégates du type Horizon ont été spécialement conçues pour la défense aérienne. Ces bâtiments peuvent assurer la protection contre avions et missiles d’une force navale, d’un convoi ou d’une zone définie, que ce soit en pleine mer ou dans une région littorale, par exemple lors d’une opération amphibie ou d’évacuation de ressortissants. Ils peuvent, également, gérer le trafic aérien et coordonner l’activité aérienne, en guidant notamment des avions de combat vers leurs cibles. « Nous étions en plein dans notre cœur de métier en Libye. Pendant la mission, qui a duré pour nous 73 jours, nous avons assuré la maîtrise des opérations aériennes et simultanément la protection des bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, qui embarquaient les hélicoptères de combat de l’ALAT (aviation légère de l’armée de Terre, ndlr) », rappelle le capitaine de vaisseau François Moreau.

 

Le porte-avions Charles de Gaulle  (© MARINE NATIONALE)

 

Le Forbin escortant le Charles de Gaulle au large de la Libye (© EMA)

 

Certes, les opérations en Libye ont fait intervenir des avions radar Awacs, ainsi que les avions de guet aérien Hawkeye du porte-avions Charles de Gaulle. Ces appareils avaient pour mission d’assurer le contrôle de l’espace aérien et coordonner les raids de l’aviation. La présence à proximité des côtes des FDA s’est, néanmoins, révélée très utile, notamment pour appuyer les interventions au dessus du sol libyen des avions et hélicoptères de combat et pour suppléer des défauts de permanence de ces appareils. « Avec le destroyer britannique HMS Liverpool, nous avons pris le contrôle de la totalité de la zone d’opération aérienne. Nous avons une vraie complémentarité avec les Awacs et Hawkeye. D’abord, notre force c’est de ne pas avoir seulement 12 heures d’autonomie, mais de pouvoir assurer une permanence sur zone. Ensuite, les avions voient loin mais avec un degré de finesse , de richesse et de précision moindre que la frégate, qui dispose de nombreux moyens de détection. Pour l’ALAT, nous avons pu apporter une véritable plus value dans le suivi de la situation, tout en assurant également la coordination des avions de chasse dans les boites attribuées. Nous avons pu utiliser nos moyens au maximum de leurs possibilités, et intégrer sans difficultés dans les règles de coordination particulièrement complexes de cette opération ».

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Radar S 1850 M (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Radar EMPAR (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Des radars très puissants et de redoutables missiles

 

Pour mener à bien ses missions, le Chevalier Paul dispose de différents senseurs. D’abord, un radar de veille à longue portée (Long Range Radar – LRR). Du type S 1850M, développé par Thales, ce grand radar noir, qui surplombe le hangar hélicoptère, présente une portée d’environ 400 kilomètres, avec une précision assez exceptionnelle. Tout en haut du mât avant se trouve un second radar, abrité sous radôme. Il s’agit de l’EMPAR, de l’Italien Selex, qui sert à la détection de cibles et au guidage des missiles antiaériens Aster 15 et Aster 30. Embarqués respectivement à 16 et 32 exemplaires, avec une réserve de place pour 16 munitions supplémentaires, ces engins, conçus par MBDA, sont les seuls à avoir été dès l’origine développés non seulement pour la lutte contre avions, mais également pour l’interception de missiles antinavire supersoniques. D’une portée pouvant aller jusqu’à une centaine de kilomètres, l’Aster, qui peut atteindre une vitesse de 4500 km/h,  est en mesure de contrer des missiles assaillants très rapides, manoeuvrants, à vol rasant et fort piqué final. Doté d’un autodirecteur, l’Aster, après avoir été recalé en vol grâce aux informations recueillies par les radars de la frégate, peut traquer sa cible en toute autonomie. Redoutable, le « tueur de missiles » de MBDA a déjà fait ses preuves lors de tirs d’exercice. Ainsi, en novembre 2011, une cible lancée à grande vitesse a été engagée  par le Chevalier Paul à près de 100km et touchée de plein fouet. Puis, en avril dernier, un Aster tiré du Forbin  a neutralisé pour la première fois en Europe un missile supersonique volant au ras des flots et tiré à courte distance, en l’occurrence une cible américaine GQM-163A Coyote.

 

La plage avant du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les silos des missiles Aster (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Tir d'Aster sur une frégate Horizon (© MBDA)

 

Tir d'Aster sur une frégate Horizon (© DGA)

 

Contrairement aux frégates précédentes, qui disposaient ou disposent encore d’une rampe simple ou double pour lancer leurs missiles SM1-MR ou Masurca, les Horizon voient l’ensemble de leurs missiles immédiatement prêts à l’emploi. Tous les Aster sont, en effet, logés  dans 48 cellules situées à l’avant dans des lanceurs verticaux Sylver, produits par DCNS. Ce concept évite la manœuvre de rechargement, ainsi qu’une éventuelle avarie de la rampe, tout en offrant une plus grande réactivité et des tirs en salve. Grâce à la puissance de son système de combat, le Chevalier Paul peut, en effet, s’opposer à une attaque saturante et lancer en quelques secondes de nombreux missiles contre des cibles multiples. « Le bâtiment, qui offre un parapluie anti-missile de théâtre, est capable de traiter plusieurs dizaines de menaces simultanément et faire face à un assaut aérien massif », explique le capitaine de vaisseau Emmanuel Slaars.

 

Le LRR et un brouilleur, à droite (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Guerre électronique et furtivité

 

En matière de guerre électronique, le bâtiment dispose de moyens passifs, avec des systèmes d’interception d’émissions radio et radar. En fonction des émissions électromagnétiques perçues, il est possible de savoir quel type de radar emploie l’adversaire et même sur  quel porteur il est installé, chaque équipement ayant une signature spécifique. « Les intercepteurs radar et radio sont des matériels très performants et extrêmement rapides dans la reconnaissance, l’identification et la goniométrie », note le commandant Moreau. Les moyens actifs comprennent, quant à eux, deux brouilleurs franco-italiens RECM (Radar Electronic Counter Measure) conçus par Thales et Electronicca. Ces équipements, particulièrement puissants, peuvent servir à déstabiliser les autodirecteurs de missiles antinavire mais aussi à brouiller les radars adverses sur une zone d’opération, qu’elle soit maritime ou littorale. « Le brouillage de zone est un besoin clé. En Libye, nous avons démontré que nous pouvions brouiller loin et longtemps les systèmes de détection adverses. C’est un choix tactique : en brouillant, on donne une indication de présence, mais si on ne brouille pas, on prend le risque d’être pisté précisément. C’est donc un avantage militaire précieux puisque cela retire de l’information à l’adversaire ».

 

Brouilleur (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

 

Niche pour embarcation du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

On notera que la frégate, pour évoluer en toute discrétion et tromper l’ennemi, peut compter sur sa furtivité. Superstructures inclinées, mâts pleins, plage avant dépourvue de tout appendice, niches des embarcations masquées par des rideaux, panneaux fermant les ouvertures, emploi de matériaux composites pour absorber les ondes radar… Tout à a été mis en œuvre pour réduire la signature électromagnétique et infrarouge du bâtiment. S’appuyant sur l’expérience acquise dans les années 90 avec les La Fayette, premières frégates furtives au monde, les ingénieurs de DCNS, profitant de nouvelles avancées technologiques, sont parvenus à diminuer significativement la signature des Horizon. Ainsi, au radar, un bâtiment de près de 153 mètres et 7000 tonnes de déplacement peut être aisément confondu avec un inoffensif bateau civil de quelques dizaines de mètres seulement.

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - JEAN6LOUIS VENNE)

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Mât du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Lance-leurres NGDS (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Lance-leurres anti-torpille (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pour son autodéfense, le Chevalier Paul dispose également de deux lance-leurres anti-missiles NGDS (Sagem), pouvant lancer des leurres électromagnétiques et infrarouges. Ces munitions sont destinées à tromper les autodirecteurs des missiles assaillant, pendant que le bâtiment effectue une manœuvre évasive. Contre les attaques lancées sous la surface de l’eau, le Chevalier Paul est, par ailleurs, équipé d’un système de lutte anti-torpille (SLAT), qui s’appuie sur un ensemble de moyens de détection sous-marine (sonar d’étrave et antenne linéaire remorquée) et deux lance-leurres anti-torpille disposés sur le toit du hangar.

 

Tir des tourelles de 76mm (© MARINE NATIONALE)

 

L’artillerie ouvre le feu en Libye

 

Si le Forbin et le Chevalier Paul n’ont pas eu besoin de tirer des missiles Aster en Libye, ils ont en revanche fait parler leurs canons. A de très nombreuses reprises, le Chevalier Paul s’est approché des côtes afin de neutraliser des batteries terrestres qui menaçaient notamment les populations civiles. Pour cela, les frégates françaises ont utilisé leur artillerie principale, constituée de canons de 76mm. Chaque bâtiment compte deux tourelles installées côte à côte devant la passerelle. Cette disposition, originale, permet d’offrir une importante puissance de feu à la proue et, surtout, de pouvoir tirer simultanément sur deux objectifs distincts. « Cette configuration des deux tourelles l’une à côté de l’autre est intéressante car on peut traiter deux cibles différentes en même temps, ce qui permet de gagner du temps en zone de risque. En plus, par exemple dans un tir contre terre, si jamais une menace se profile en mer ou dans les airs, on peut utiliser l’une des tourelles contre cette menace, tout en continuant l’engagement contre les cibles terrestres », souligne le lieutenant de vaisseau Jean-Ythier Verly, chef du service armes du Chevalier paul (*).

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Tourelle de 76mm du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Barillet d'une tourelle de 76mm  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Chargement d'obus  (©  MARINE NATIONALE)

 

A la passerelle durant un exercice de tir (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Tourelles de 76mm en action  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Tourelles de 76mm en action (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Tourelle de 76mm après un tir en salve (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Conçues par l’Italien OTO-Melara, les pièces de 76mm présentent une cadence de tir de 60 à 120 coups par minute. Chaque tourelle, d’un poids de 5.5 tonnes, est gyrostabilisée, ce qui lui permet de maintenir sa position malgré les mouvements du bâtiment. Totalement automatiques, les pièces sont mises en œuvre, comme le reste de l’armement, depuis le Central Opération. Sous la tourelle se trouve un barillet contenant 60 obus, qui est ravitaillé en temps réel par des servants récupérant les munitions arrivant depuis la soute via un ascenseur. En tout, plus de 1000 obus peuvent être embarqués et utilisés dans différentes situations (tir contre terre, surface ou antiaérien), avec une portée maximale donnée à 13 kilomètres contre buts maritimes. En Libye, le Chevalier Paul est intervenu avec son artillerie à quelques kilomètres des côtes. En se rapprochant, la frégate a augmenté la précision de son tir, qui s’est révélée très bonne, mais était dans le même temps plus exposée à un tir de contrebatterie ennemi. De nombreuses interventions ont donc été menées de nuit et différentes tactiques d’approche de la côte ont été employées afin de minimiser les risques et surprendre l’adversaire. De manière générale, la localisation des cibles peut se faire selon différents processus: soit directement par la conduite de tir de l’artillerie principale (radar équipé situé sur le mât avant complétée d’une caméra infrarouge) si l’objectif est visible, soit grâce aux renseignements obtenus par les moyens de guerre électronique, ou encore via une reconnaissance aérienne ou satellite, sans oublier une localisation donnée par une source à terre.

 

 

Consuite de tir (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Pendant Harmattan, les pièces de 76mm ont, ainsi, pu tirer avec succès sur des objectifs invisibles depuis la mer en se calant sur les coordonnées GPS de leur position, recueillies par des moyens extérieurs. Dans le cadre des tirs contre terre en Libye, les renseignements obtenus en amont ont été d’une importance capitale pour repérer les objectifs et préparer leur neutralisation avec le maximum d’efficacité et le minimum de danger pour le bâtiment et son équipage. « Il y a eu très peu d’engagements en réaction, c’est à dire sur des objectifs non planifiés représentant une menace pour le Chevalier Paul. Nous avions la connaissance de l’environnement, la localisation de la batterie, les angles de tir, ce qui nous permettait de nous présenter en minimisant les risques », note le commandant Moreau. Dans les manœuvres d’attaque, les capacités propulsives et évolutives du Chevalier Paul se sont, par ailleurs, révélées très intéressantes, comme on le verra plus loin.

 

L’opération Harmattan a, en tous cas, signé le grand retour de l’artillerie navale et du tir contre terre, que la marine n’avait pas connu depuis le Liban au début des années 80. En tout, les frégates françaises auront tiré quelques 3000 obus en Libye, suscitant un intérêt renouvelé pour le canon, mais aussi pour l’accroissement de la portée de tir. On notera qu’OTO-Melara développe à cet effet une nouvelle munition de 76mm appelée DART et sensée atteindre une portée de 40 kilomètres, ce qui permettrait aux bâtiments d’effectuer des tirs plus profondément dans les terres ou de rester hors de portée des batteries côtières.

Tir d'un missile Exocet MM40 Block3 (© DGA)

 

Missiles antinavire et canons télé-opérés

 

Les Aster et les tourelles de 76mm ne sont pas les seules cordes à l’arc du Chevalier Paul. Celui-ci peut, également, mettre en œuvre 8 missiles antinavire Exocet mer-mer 40 Block3. Développé par MBDA, le nouveau missile, dont la qualification a été prononcée en décembre 2010, est une évolution du MM40 Block2. D'une longueur de 5.8 mètres pour un diamètre de 35 centimètres et un poids de 740 kilos, le Block3 présente des dimensions identiques à celles de son prédécesseur, tout en étant plus léger (870 kilos pour la génération précédente). Mais, surtout, il affiche une portée plus que doublée, soit 180 km contre 72 km pour le MM40 Block2. Le Block3 intègre également un GPS, ce qui lui confère une capacité marginale de frappe contre cibles côtières peu défendues. Doté d'une charge optimisée pour la lutte antinavire, il ne peut en effet être comparé à un missile de croisière, conçu pour neutraliser des cibles durcies et disposant d'une allonge et d'une précision contre buts terrestres nettement plus importantes.

 

Rampes Exocet sur le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Rampes Exocet sur le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Rampes Exocet sur le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Canon de 20mm du Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

 

Canon de 20mm du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Canon télé-opéré Narwhal (© NEXTER)

 

Au niveau de l’artillerie, outre les 76mm, le Chevalier Paul compte deux canons de 20mm manuels, sur chaque bord derrière la passerelle, ainsi que des mitrailleuses de 12.7mm et 7.62mm. A terme, les Horizon devraient voir leur artillerie légère renforcée, avec le remplacement des 20mm manuels par deux canons télé-opérés Narwhal. Ces pièces de 20mm, développées par Nexter, ont été retenues pour les nouvelles frégates du type FREMM et permettront de mieux répondre aux menaces asymétriques, par exemple les embarcations suicides.

 

NH90 sur le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

NH90 à bord

 

L’arrivée du nouvel hélicoptère Caïman Marine, version française du NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter), va également ouvrir au Chevalier Paul d’importantes perspectives. Entrée en service au sein de l’aéronautique navale en décembre 2011, cette nouvelle machine, appelée notamment à remplacer les Lynx et Super Frelon, présente des capacités bien supérieures à celles de ses aînés, ainsi qu’au Panther, que les frégates antiaériennes mettaient jusqu’ici en œuvre. Hélicoptère de la classe 10 tonnes, le Caïman est doté d’un radar panoramique (360°) offrant une vision étendue du domaine maritime et optimisé pour la lutte antinavire comme anti-sous-marine (détection de périscopes). Il dispose aussi de radios et liaisons de données spécifiques (L11), ainsi que d'un système de veille électro-optique pour la détection et le pistage de cibles, de jour comme de nuit. En matière d’armement, le Caïman pourra mettre en œuvre des torpilles MU90 et le futur missile antinavire léger (ANL/FASGW), qui doit être réalisé en coopération avec la Grande-Bretagne. Présentant une autonomie supérieure à 4 heures, soit 480 nautiques franchissables, le NH90 de la Marine nationale va offrir aux frégates de nouvelles capacités de détection et de combat. Véritable senseur déporté, il pourra étendre la visibilité des bâtiments très au-delà de l’horizon radar, servir de relai pour l’emploi des Exocet à longue portée, ou servir lui-même de vecteur d’attaque d’une cible en surface ou sous la mer. Dès l’origine, les Horizon ont été spécialement conçues pour accueillir cet appareil. Elles disposent à cet effet d’une grande plateforme de 26.5 mètres de long pour 20 mètres de large, qui prolonge un vaste hangar. D’une surface de 180 m², cet espace, très haut, permet non seulement d’abriter l’hélicoptère, mais également d’en assurer la maintenance courante et effectuer des réparations lourdes. A cet effet, le hangar compte notamment des moyens de levage, avec un pont roulant pouvant soulever une charge de 2 tonnes. On notera qu’à l’instar des autres frégates de la marine, une grille d’appontage permet de fixer l’appareil sur le pont via un harpon.

 

Hangar du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Hangar du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Hangar du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Hangar du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Hangar avec les lumières rouges de nuit (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Sur la plateforme en fin de journée (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Appontage d'un NH90 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Appontage d'un NH90 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Appontage d'un NH90 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

On notera que le Chevalier Paul sera, également, amené dans les prochaines années à embarquer des drones à  voilure tournante. Ce devrait être le cas à partir de la fin de la décennie dans le cadre du futur programme SDAM (Système de Drone Aérien de la Marine), qui permettra de compléter les capacités offertes par l’hélicoptère avec un engin sans pilote pouvant patrouiller de longue heures pour effectuer des missions de surveillance, de détection, d’identification et de pistage. Agissant comme un senseur déporté, ce drone sera intégré au système de combat.

 

Le Chevalier Paul (© PHILIP PLISSON)

 

 

 

Un bâtiment très polyvalent

 

Le Chevalier Paul, comme toute frégate de premier rang, est en fait un bâtiment polyvalent, à même de remplir un très large spectre de missions, allant des opérations de combat à l’action de l’Etat en mer. Cela passe notamment par des missions de souveraineté, de surveillance maritime, de contreterrorisme, de lutte contre le narcotrafic ou la piraterie. Pour le côté plus « guerrier », la défense aérienne demeure évidemment sa grande spécialité mais, on l’a vu, le bâtiment dispose également de capacités antinavire et peut aussi mener des actions contre la terre, y compris d’ailleurs des opérations commandos puisqu’il peut accueillir une quarantaine de passagers (25 sans le détachement aéro) et mettre en œuvre un hélicoptère et des embarcations rapides. A ce propos, la drome comprend pour l’heure deux Zodiac Hurricane H630 de 6.7 mètres pouvant atteindre 38 nœuds grâce à un moteur de 250 cv. Alors que ces embarcations semi-rigides sont placées dans les niches situées sur chaque bord, une troisième embarcation, plus petite, est installée sous la plateforme hélicoptère. Sa mise à l’eau se fait par l’ouverture d’un panneau à la poupe et le déploiement d’un rail doté de treuils. La drome peut notamment servir au transfert de personnel, à la mise en œuvre de plongeurs ou encore au transport d’une équipe de visite sur un bateau suspect, les deux H630 pouvant être gréés avec une mitrailleuse. 

 

Zodiac du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Zodiac dans sa niche (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Zodiac plage arrière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

D’étonnantes capacités ASM

 

Si les capacités antiaériennes et antinavire du bâtiment furent immédiatement perceptibles, ce que les marins français n'avaient en revanche pas forcément identifié initialement, ce sont les performances anti-sous-marines des frégates Horizon. Pour leur autodéfense, celles-ci sont, on l’a vu, dotées d'un système SLAT, qui s’appuie sur d'importants moyens de détection. Ainsi, elles disposent d'un sonar d'étrave actif/passif 4110 de Thales, qui équipera aussi les FREMM, ainsi que d’une antenne linéaire remorquée. Déployé depuis l’arrière, sous la plateforme hélicoptère, ce senseur, lui-aussi fourni par Thales, est bardé d’hydrophones. Remorquée sur plusieurs centaines de mètres, l’antenne peut être immergée à différentes profondeurs pour écouter les bruits rayonnés dans l'océan et détecter la présence d’un sous-marin.

 

Le Chevalier Paul avec son sonar d'étrave (© MER ET MARINE - J-L VENNE)

 

Antenne remorquée du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

Uniquement prévus, à l’origine, comme faisant partir d’un système purement défensif, ces moyens sonar se sont révélés, durant les essais, exercices et déploiements menés depuis la mise en service des FDA, remarquablement performants, y compris pour la détection à grande distance. A la plus grande surprise des marins, qui ont décidé, logiquement, de travailler sur les nouvelles possibilités offertes par cette heureuse découverte. Car il est relativement aisé de doter les bâtiments de moyens de traitement du signal et de classification, tout en améliorant les capacités de détection. Ainsi, les FDA devraient tester l'embarquement de bouées acoustiques, qui pourront être mises en œuvre depuis le bord, mais aussi via l’hélicoptère Caïman Marine. Grâce à la mise en service prévue cette année du standard 2 de l'appareil, qui pourra mettre en œuvre un sonar trempé FLASH, des bouées acoustiques et des torpilles MU90, les Forbin et Chevalier Paul pourraient déployer un système de lutte ASM relativement complet. D'autant que les bâtiments sont dotés de tubes pour le lancement de MU90 et que la soute à torpilles communique directement avec le hangar hélicoptère, permettant ainsi d'armer un Caïman.

 

Local torpilles (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Certes, les Horizon n'auront pas les mêmes capacités ASM que les FREMM, qui seront dotées en plus du sonar d'étrave et de l'antenne linéaire d'un sonar remorqué (actif à très basse fréquence) à immersion variable Captas 4229, qui leur confèrera un atout considérable dans la chasse aux sous-marins. Toutefois, aux dires de spécialistes, les moyens pouvant être mis en oeuvre sur les FDA pourraient déjà offrir un excellent moyen de lutte ASM. Ainsi, même si elles évoluent seules ou sans la présence d'une frégate anti-sous-marine (FASM), les Horizon seraient loin d'être dépourvues contre une menace provenant des profondeurs.

 

 

 

NH90 doté d'un sonar trempé FLASH (© EUROCOPTER - ALEXANDRE DUBATH)

 

Un CO ultramoderne

 

Après avoir évoqué les différents moyens dont dispose le Chevalier Paul, il convient maintenant de s’intéresser à la gestion de tous ces équipements. Toutes les informations recueillies par les différents senseurs du bord, ainsi que la mise en œuvre des armes, sont gérées au Central Opération (CO). Plongé dans la pénombre, ce vaste local bénéficie comme l’essentiel du bateau de la fraîcheur de la climatisation – un vrai confort pour durer dans les régions chaudes – indispensable pour le bon fonctionnement des nombreux équipements électroniques présents à bord. L’endroit se caractérise aussi par son calme olympien, y compris au poste de combat, lorsque le personnel se protège les yeux avec un masque et revêt, comme en passerelle, des gants et cagoules ignifugés. « C’est en effet un local silencieux, même au cœur de l’action, chacun intervenant sous casque et micro sur des réseaux dédiés », confirme le CV Slaars. Le CO dispose d’une vingtaine de consoles, totalement reconfigurables, qui offrent une véritable souplesse d’emploi. Ainsi, en fonction de la situation tactique, des consoles supplémentaires peuvent être activées pour se concentrer sur un domaine de lutte. Les relèves entre opérateurs vont, également, se faire instantanément d’une console à l’autre. Et le nombre de fonctionnalités peut varier suivant l’expérience de l’opérateur. Toutes les consoles sont reliées au système de combat, un super  ordinateur qui gère les données recueillies, les traite et les restitue de manière lisible aux opérateurs. Extrêmement complexe, tant les données à analyser sont nombreuses et le temps de réaction court, le SETIS, qui comprend 22 modules logiciels et un million de lignes de codes, est le véritable centre nerveux du bateau. Bijou technologique fondamental dans les opérations modernes, le système de combat fonctionne, pour améliorer sa fiabilité et faire face à d’éventuelles avaries, sur une architecture redondée, avec différents réseaux de fibres optiques et non pas un, mais plusieurs calculateurs, disposés à l’avant et à l’arrière de la frégate. « Le système de combat repose sur quatre calculateurs, permettant de fonctionner 24h/24 durant une longue période. Si un calculateur est victime d’une défaillance ou se trouve hors de combat, les autres prennent le relais. Mais nos marins sont aussi formés pour entretenir les équipements et, en cas de problème, nous avons des pièces de rechange à bord ».

 

Le CO du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le CO du Chevalier Paul est divisé en plusieurs zones : un module de veille de l’espace aérien, avec un îlot central chargé notamment du contrôle de la chasse et du guidage des avions pour des interceptions ou des assauts, un module pour traiter l’activité maritime en surface, ainsi qu’un module sous-marin. Une autre partie est, quant à elle, réservée à la guerre électronique. Contrairement aux bâtiments de la génération précédente, qui comptent dans leurs CO de nombreux pupitres pour commander les armes, il n’y a sur la FDA que deux armoires pour le contrôle des torpilles et des Exocet. Le reste de l’armement est, directement, géré depuis les consoles multifonctions.

 

Le Central Opération compte, par ailleurs, un grand écran, qui remplace la traditionnelle table à cartes et présente la situation tactique. On y voit, par exemple, toute la situation aérienne sur une vaste région, chaque aéronef, civil ou militaire, étant répertorié sous forme de plot, évoluant sur la carte électronique en temps réel. Une fois repérés par les radars, les avions sont identifiés, notamment via leur système d’identification automatique IFF. « Le système dispose de nombreux filtres pour identifier les plots, et nous pouvons interroger les aéronefs si besoin, comme dans la tour de contrôle d’un aéroport », explique le premier maître Merle, détecteur à bord du Chevalier Paul (*). Comme ce fut le cas dans le golfe de Syrte, la frégate peut, d’ailleurs, assurer la gestion du trafic dans le ciel, à l’image des contrôleurs aériens à terre, afin d’éviter les perturbations entre les liaisons civiles et les vols militaires, quelques 150 avions étant engagés chaque jour par la coalition pour les opérations en Libye. Le bâtiment a, par ailleurs, beaucoup travaillé avec les avions radars Awacs pour échanger des informations, comme elle le fait habituellement, au sein du groupe aéronaval, avec les avions de guet aérien Hawkeye embarqués sur le Charles de Gaulle. Pour les opérateurs, la défense aérienne est un travail très particulier : « C’est un travail intense qui nécessite d’être attentif et concentré sur la durée. Car, durant plusieurs heures, il peut ne rien se passer de particulier. Et, d’un coup, survient quelque chose qu’il ne faut pas rater ».

 

Si un aéronef est reconnu comme hostile, au terme d’une procédure très précise, le feu peut être engagé, sur ordre exclusivement du commandant ou par délégation de l’officier de quart opération (OQO). La puissance des systèmes du Chevalier Paul lui permet de suivre un millier de pistes et, on l’a vu, d’en engager plusieurs dizaines simultanément. « Le seuil de saturation de ce bâtiment est très élevé », assure le CV Moreau.

 

Le CO durant l'opération Harmattan (© EMA)

 

Au centre du CO, le commandant dispose de sa propre console, d’où il peut analyser l’environnement. On notera que le système de combat n’intègre pas seulement les renseignements recueillis par le bâtiment, mais y ajoute ceux provenant d’autres unités (navires, aéronefs, satellites, état-major …), qui échangent les informations grâce aux liaisons de données tactiques et aux communications satellitaires.  « Cela fait des années que nous sommes en réseau grâce à la liaison 11 ce qui permet, au sein d’une force aéronavale, d’avoir une vision globale et large de la situation. La pleine intégration des données issues du renseignement dans le système de combat et la fusion des informations facilite la prise de décision », note le commandant Moreau, qui rappelle que les échanges d’informations se font, dans le cadre d’opérations comme Harmattan, à une échelle internationale et dans un cadre interarmées. Pour participer pleinement à une coalition, les performances du système de combat et des communications sont d’ailleurs très importantes pour faciliter l’intégration de chaque unité au sein d’un vaste et complexe ensemble aéromaritime (et parfois terrestre) réunissant de nombreux moyens venant de différents pays. L’interopérabilité des matériels est fondamentale, de même que la coordination des forces, qui s’obtient au travers des nombreux exercices internationaux auxquels participe la Marine nationale. « Il y a une complémentarité internationale et nous sommes interopérables grâce aux standards de l’OTAN. On se parle par échanges de données ou vision sur les écrans. Chacun renseigne une situation complète, que l’on peut transmettre et échanger avec d’autres bâtiments ou transmettre à l’état-major en charge des opérations aériennes, qui était par exemple en Italie dans le cadre de la Libye », précise le CV Slaars.

 

Afin de renseigner une situation, les marins s’appuient notamment, comme moyen de renseignement extérieur, sur le système d’information et de commandement SIC 21. Ce dernier envoie des informations de zone au système de combat, qui fait la relation avec les pistes suivies par les senseurs. Les informations délivrées par le SIC 21 ne sont pas en temps réel. « Dans le bureau opérations, des marins font le tri dans les informations reçues, intègrent dans le SIC 21 celles qui nous intéressent pour les missions, les habillent, les travaillent. Entre les pistes fournies en temps réel par le système de combat et les informations du SIC 21, par exemple les zones de tir de coordination, on sur-imprime, avec un fond de cartographie simplifié, ce qui permet de faire des rapprochements et de gagner en efficacité », précise le CV Moreau.

 

Au poste de combat, toutes les consoles sont armées, ce qui mobilise une trentaine de marins, contre une dizaine seulement en temps normal. Tous les postes sont occupés, non seulement au Central Opération, mais également au CO de secours. Installé à l’arrière du bâtiment, ce local fait lui-aussi partie du dispositif de redondance. Si, par malheur, le CO principal était mis hors de combat, le CO de secours prendrait la relève, avec évidemment moins de capacités, puisqu’il ne dispose que de trois consoles multifonctions. Mais il est quand même conçu pour permettre à la frégate de regagner un port, tout en continuant à assurer à minima sa mission de protection contre les menaces aériennes. « Durant Harmattan, nous avions dans le CO de secours une petite équipe avec un OQO, en position de prendre la relève de manière instantanée. Ils suivaient la situation en direct mais étaient passifs », explique le commandant, qui a vu dans cette configuration un autre avantage que celui de la redondance : « Cette équipe avait une vision plus détachée. Elle suivait l’action mais elle n’était pas dedans, comme dans un match de football, et avait donc plus de recul. Ce fut très intéressant car, en termes de retour d’expérience, nous étions en boucle très courte et nous débriefions les actions après chaque poste de combat ».

 

Salle de conduite de crise (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

On notera enfin, concernant les infrastructures de commandement, que le Chevalier Paul est également conçu pour accueillir un état-major de force interallié de 25 personnes, qui dispose d'une salle de conduite de crise donnant sur le CO et dotée d'une console. Celle-ci lui permet de suivre, en temps réel, l'évolution de la situation tactique. Il en va de même en passerelle, où une autre console est installée.

 

 

Des capacités propulsives et manœuvrières exceptionnelles

 

Pour faire avancer les 7000 tonnes du Chevalier Paul à une vitesse maximale de près de 30 noeuds, il faut évidemment une sacrée puissance sous la carène : l’appareil propulsif développe quelques 46 MW, soit 62.560 cv. Doté de deux lignes d’arbres, le bâtiment compte deux moteurs diesels de propulsion Pielstick (Man Diesel) de 4.32 MW (5875 cv) chacun ; ainsi que deux turbines à gaz GE/Avio du type LM2500 dotées d’une puissance unitaire de 20.6 MW (28.000 cv). La puissance électrique nécessaire pour alimenter les équipements du bord est, quant à elle, fournie par quatre diesels-générateurs Isotta-Fraschini.

 

Le Chevalier Paul pendant Harmattan (© EMA)

 

Compartiment machine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Compartiment machine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Compartiment machine (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Evacuation d'une turbine à gaz (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Jusqu’à 18 nœuds, la frégate se sert uniquement de ses diesels et, au-delà, enclenche ses turbines à gaz, qui présentent selon les marins une souplesse d’emploi bien supérieure aux seuls moteurs diesels dont disposent les Cassard et Jean Bart. D’après les mécaniciens, le Chevalier Paul peut passer de 0 à près de 30 nœuds en moins de 5 minutes. En poussant la machine au maximum de ses possibilités, le délai ne serait même que de 2 minutes, ce qui est extrêmement court pour un bâtiment d’un tel tonnage.  Alors que le Chevalier Paul peut embarquer 1000 m3 de combustible dans ses soutes, la consommation est évidemment impressionnante lorsque les turbines à gaz, des équipements traditionnellement gourmands, sont en action. A 29 nœuds, le « bébé » biberonne ainsi 11m3 de carburant par heure, soit 264 m3 par jour ! En revanche, à allure économique, la frégate n’utilise quotidiennement que 3% de ses réserves de carburant, ce qui lui donne une autonomie d’un mois. Doté comme tout bâtiment de combat d’un dispositif de ravitaillement à la mer, le Chevalier Paul peut puiser dans les soutes d’un bâtiment logistique, via des manches à combustibles reliant les deux navires, jusqu’à 600 m3 de combustible par heure. « Pour donner un ordre d’idée, ce débit permettrait de faire le plein d’une voiture en 0.2 seconde ! Réduire le temps de ravitaillement est important car il ce type d’opération constitue une période de vulnérabilité, qui doit donc être la plus courte possible », explique le capitaine de vaisseau Slaars.

 

PC Propulsion (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Sillage du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Chevalier Paul (© PHILIP PLISSON)

 

Dans l’ensemble, les marins se disent extrêmement satisfaits de l’appareil propulsif de la frégate, à la fois performant et très silencieux. Ainsi, les équipements sont posés sur des plots élastiques, qui absorbent les vibrations, alors que les turbines à gaz sont installées dans des caissons insonorisés. « Même à 30 nœuds, on ne sent pas de vibration ». Cette discrétion acoustique est évidemment un atout en matière de lutte anti-sous-marine. Peu bruyant, le bâtiment est moins facilement repérable par un sous-marin ennemi et, dans le même temps, ses moyens de détection (sonar d’étrave, antenne remorquée) sont plus performants, car non perturbés par des bruits parasites, pour repérer un submersible.

 

Aileron stabilisateur (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le Chevalier Paul en cale sèche (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Safrans et hélices du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Tenant bien la mer, notamment grâce à ses deux paires d’ailerons stabilisateurs, le Chevalier Paul s’est également distingué auprès de l’équipage par ses capacités manœuvrières. Doté en guise de gouvernail de deux gros safrans très robustes à la poupe, le bâtiment s’est révélé capable de réaliser d’impressionnantes embardées. Traditionnellement, dans la marine, on avait coutume d’observer une règle : le cumul de la vitesse et l’angle de barre ne devait pas dépasser le chiffre 30. Avec les FDA, cette valeur a été littéralement « pulvérisée » (on ne donnera pas les chiffres pour des questions de confidentialité), ce qui offre aux militaires des capacités évolutives sans commune mesure avec ce qu’ils connaissaient sur les précédentes frégates. « C’est un atout indéniable. Aller vite et pouvoir manœuvrer rondement permet notamment de compliquer la visée ennemie et d’éviter les coups, ce que nous avons fait devant les côtes libyennes », explique le CV Slaars. 

 

Le Chevalier Paul au large de la Libye (© EMA)

 

Si tout est bien entendu mis en œuvre pour éviter d’être touché par l’adversaire, le Chevalier Paul est, aussi, conçu pour encaisser les coups. A bord, on est bien loin des unités de la marine construites aux normes civiles. Ici, le compartimentage est serré, alors que la coque est renforcée et même blindée pour les locaux vitaux. Une galerie technique, sur chaque bord, augmente la survivabilité du navire, alors que tous les réseaux informatiques et électriques existent en plusieurs exemplaires, une redondance qui permet au bâtiment, au cas où une avarie ou un impact détruirait une partie de ses installations, de continuer à fonctionner. Il en va de même pour les moteurs, la frégate pouvant être alimentée électriquement avec un seul de ses quatre diesels, les machines étant installées dans deux compartiments séparés. Afin d’augmenter sa résistance au combat, le Chevalier Paul est doté de nombreux autres dispositifs. Ainsi, pour contrer les effets d’une explosion sous-marine, les équipements sont montés sur des amortisseurs de choc. En cas d’attaque nucléaire, bactériologique ou chimique, le bâtiment peut, aussi, être mis en situation d’étanchéité ou de surpression (pour éviter l’entrée de particules depuis l’extérieur), un sas « NBC » permettant à des équipes d’accéder à l’extérieur pour porter assistance ou procéder à des contrôles. Comme tous les bâtiments de combat de la marine, la frégate est, en outre, équipée d’un système de pulvérisation d’eau sur les extérieurs, destiné à décontaminer la coque et les superstructures.

 

Système de pulvérisation en cas d'alerte NBC, ici sur le Forbin (© DCNS)

 

Système de pulvérisation en cas d'alerte NBC, ici sur le Forbin (© DCNS)

 

En permanence, la situation de la frégate est suivie au PC Sécurité, où les marins veillent 24h/24. « Depuis le PC Sécurité, on peut conduire la lutte contre un sinistre, qu’il s’agisse d’un accident où d’un combat.  Il y a un système d’information permettant de suivre tout ce qui se passe dans le bord. On y trouve un plan électronique des ponts avec toutes les tranches et les portes étanches, ainsi que des détecteurs d’incendie ou de voie d’eau. Depuis le PC sécurité, on peut par exemple contrôler les clapets de ventilation ou encore la mise en œuvre des moyens de lutte contre les incendies », précise le CV Slaars. Le feu demeure, sur un bateau, la plus grande des menaces. Et c’est encore plus vrai sur un bâtiment de combat, pour lequel plus d’un tiers du tonnage est constitué de combustibles et de munitions, c'est-à-dire de matières inflammables et explosives. Le moindre sinistre doit donc être détecté et traité immédiatement pour éviter qu’il se propage. C’est pourquoi, en plus des détecteurs, des équipes effectuent en permanence des rondes aux quatre coins du navire. Et le Chevalier Paul est, de surcroît, doté d’un système de vidéosurveillance dont les caméras permettent d’observer ce qui se passe autour et dans le bâtiment.

 

PC Sécurité (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

PC Sécurité (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Si un incendie éclate, l’alarme est donc immédiatement donnée et les moyens de lutte très rapidement mis en œuvre. La frégate dispose, à cet effet, de quatre modules de pompes à incendie avec un collecteur qui extrait de l’eau de mer et la distribue dans des circuits d’arrosage sous pression. Tout le bateau est équipé de sprinklers, qui peuvent diffuser un nuage d’eau destiné à étouffer le feu. Et, pour certains compartiments spécifiques, comme les machines, un système permet de produire de la mousse pour endiguer les flammes. En cas de sinistre, les moyens humains sont également fondamentaux et, à divers endroits, du matériel (lance à incendie, extincteurs, masques, tenues de pompier…) est entreposé dans les coursives, plus larges d’ailleurs que les anciennes frégates, ce qui facilite la circulation. Le Chevalier Paul compte une équipe de marins-pompiers professionnels mais, en réalité, l’ensemble de l’équipage peut-être amené à intervenir. « Tous les marins sont capables de lutter contre un incendie. Il y a des formations, des examens et tout le monde s’entraine, y compris le commandant ». La frégate compte aussi une équipe de six plongeurs, qui peut être amenée à inspecter la coque ou effectuer des réparations en cas d’avarie.

 

A bord du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

A bord du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Il y a même, à bord, un atelier permettant de mener des réparations lourdes loin des infrastructures portuaires. Equipé d’un tour, d’une fraiseuse ou encore d’un banc de soudage, ce local est très précieux. « Nous pouvons faire beaucoup de choses ici. Par exemple, nous avons eu une avarie sur une tourelle et nos marins ont conçu une pièce qui a permis de réparer en quelques heures. Pour mener les travaux, nous avons certaines compétences précieuses, comme un tuyauteur, ainsi que de la matière première, de l’acier ou des alliages. En dehors de cet atelier, il y a aussi des capacités d’oxycoupage à différents endroits du bord, par exemple pour intervenir sur un panneau qui reste fermé à la suite d’une avarie de combat», précise le commandant en second.

 

Atelier du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Atelier du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Au-delà des réparations, l’entretien permanent du matériel est indispensable et les marins sont, généralement, très sensibles au bon état de leurs bateaux, qui sont à la fois leur maison et leur lieu de travail durant des mois, mais aussi une bulle de protection dans un univers hostile, celui de la mer. « Nous sommes attachés à nos bâtiments et nous en prenons soins. Ce sont des outils rares et couteux, qui sont là pour au moins 30 ans. Les marins agissent donc en bons pères de familles en termes de patrimoine. Avec la propulsion, par exemple, nous savons que nous avons, si besoin, la capacité de monter à 30 nœuds en seulement 2 minutes, mais nous n’en abusons pas, car le matériel doit durer », confie le CV Moreau. Conçu dans une perspective d’optimisation de la maintenance, le Chevalier Paul semble, d’après le commandant, un bâtiment plutôt aisé à entretenir : « Il y a de la place et les démontages sont rapides, on n’a pas besoin de démonter les trois quarts de l’environnement  pour accéder à un équipement. Cela facilite les opérations et, globalement, le coût de possession du bateau est plus intéressant ».

 

Sur un bâtiment de combat, on prend soin du matériel, mais également de la santé des hommes. Ainsi, le Chevalier Paul dispose d’une infirmerie bien équipée, avec un médecin et une infirmière, qui dépendent du Service de santé des armées « Nous faisons de la médecine générale, de la médecine d’urgence, de la radiologie, de l’échographie et de la dentisterie. Nous pouvons faire de la petite chirurgie mais, pour les grosses opérations, nous conditionnerions le patient qui serait évacué vers une infrastructure mieux équipée  », explique le médecin urgentiste Guillaume Cassouret. A bord, le travail de l’équipe médicale est très varié, surtout qu’un navire est, comme un site industriel, considéré comme un milieu très « accidentogène », avec en plus les mouvements de la mer. Il y a aussi l’aspect psychologique, car la vie de marin implique l’éloignement de ses proches et, dans certains cas, les hommes aiment bien confier leur petits et grands tracas au médecin.  

 

Infirmerie du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Infirmerie du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Et puis, bien sûr, l’équipe médicale doit pouvoir faire face à une situation critique et aux victimes liées à des avaries de combat. « Nous devons pouvoir réagir face à un combattant blessé ». Comme les autres fonctions vitales du bateau, la structure médicale fonctionne d’ailleurs de manière redondée. Ainsi, une infirmerie annexe peut être activée à un autre endroit du bateau, dans le carré des officiers mariniers supérieurs. « Du matériel y est stocké. Il y a des lits, des lots de perfusion, de transfusion, des brancards… ».

 

En dehors de l’équipage, l’équipe médicale peut, aussi,  avoir à traiter des patients extérieurs. « Cela dépend des missions. Nous pouvons être projetés pour dispenser des soins sur un autre bâtiment ou à terre, par exemple dans le cadre d’une opération d’assistance aux populations. Au cours de l’une de nos missions, nous avons ainsi soigné un marin pêcheur égyptien sérieusement atteint à la main».

 

 

A bord du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Equipage réduit, équipage de spécialistes

 

La capacité d’accueil du Chevalier Paul est de 220 personnes, dont  40 « passagers ». Lors des déploiements, il faut d’abord compter avec le détachement hélicoptère, qui compte une quinzaine de membres entre les pilotes et techniciens. Et, si la frégate sert de navire amiral, un état-major de 25 personnes peut être hébergé. L’équipage compte, quant à lui, 181 marins, ce qui est peu comparé aux frégates des générations précédentes. Ainsi, les Suffren et Duquesne (157.6 mètres, 6780 tonnes), mises en service en 1967 et 1970, étaient armées par 350 marins, alors que sur les Cassard et Jean Bart, plus récentes (1988 et 1991) mais plus petites que les Horizon (139 mètres, 5000 tonnes), ils sont au nombre de 250. Grâce aux nouvelles technologies et au développement des automatismes, l’équipage a pu être significativement réduit sur les Horizon. Par rapport à la génération des Suffren, la différence est par exemple flagrante en machines, où le personnel est bien moins nombreux. Aujourd’hui, l’ensemble de la partie énergie/propulsion est directement géré depuis le PC propulsion, où les hommes contrôlent les équipements derrière leurs consoles, une présence humaine permanente n’étant plus nécessaire dans les compartiments machines.

 

A bord du Chevalier Paul, la moyenne d’âge de l’équipage est de 30 ans, soit deux ans de plus que la moyenne globale de la Marine nationale. « Cette situation s’explique par le niveau de technicité de ce bateau, qui nécessite des marins disposant d’une solide formation. Nous avons à bord des ingénieurs et des techniciens de haut niveau, des professionnels du combat naval et des équipements que l’on met en œuvre », explique le CV Slaars.

 

Passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Amélioration des conditions de vie

 

La réduction de l’équipage et la modernité ont, également, entrainé une véritable révolution au niveau des conditions de vie. Finis les postes à 25 ou plus, avec les sanitaires collectifs. Sur le Chevalier Paul, les marins sont au maximum 4 par poste, chaque « cabine » comprenant sa propre douche avec toilettes. « Les conditions de vie participent à la capacité de durer en opérations. Le confort matériel a un intérêt militaire car le repos physiologique est important quand on ne dort que quelques heures dans la journée », estime le commandant Moreau. Les moyens de communication modernes permettent également à l’équipage de rester en contact avec les proches restés à terre. Alors que le Chevalier Paul, comme de nombreuses autres unités de la marine, entretien un blog public sur lequel les familles peuvent avoir des informations sur la vie du bateau et ses déploiements (sans détails sensibles évidemment), chaque marin a accès individuellement à Internet. Le mail a donc remplacé l’ancien courrier postal, même si l’écriture de lettres se pratique toujours. En parallèle, le satellite permet aussi, aujourd’hui, au personnel de téléphoner en mer, au moyen de cartes prépayées, avec un coût de communication « relativement » abordable. « La possibilité d’être en contact avec ses proches est important pour le moral de l’équipage. Mais, bien sûr, si les conditions opérationnelles l’exigent, on coupe les tuyaux, tout en envoyant un mail aux familles pour les prévenir que les communications cessent pour des questions de sécurité », explique le second.

 

Passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Qualité des marins et de l’entrainement

 

De manière générale, malgré l’importante surcharge qu’elle entraine pour l’équipage en matière d’entretien  le CV Moreau estime que la réduction de l’équipage n’est pas sans apporter quelques avantages, notamment à la lumière des opérations en Libye : « Nous sommes cloisonnés par la technique mais, comme nous sommes moins nombreux, les gens se connaissent mieux et appréhendent mieux l’importance de ce chacun fait pour l’efficacité du bâtiment au combat. Et quand on a passé ensemble plusieurs centaines d’heures au poste de combat, cela soude ». Le CV Slaars approuve : « Un équipage fonctionne efficacement avec un esprit d’équipage développé, qui implique une cohésion. Souvent, cela se crée dans l’adversité. Durant Harmattan, les marins sont allés puiser dans leurs réserves, de résistance, de sommeil, de connaissances. Et nous en sommes ressortis avec un équipage beaucoup plus fort ».

 

Le CV Slaars et le CV Moreau (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

 

 

 

Le Chevalier Paul et son équipage ont été distingués pour leur action en Libye

 (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Comme son second, le commandant se montre très fier de l’engagement du bâtiment durant Harmattan. Un bâtiment flambant neuf qui, au lendemain de son admission au service actif, mettait le cap vers  la Libye. « C’est une véritable aventure qu’a alors connue le Chevalier Paul, qui sortait juste de son arrêt technique de fin de garantie. Il y avait essentiellement à bord un équipage d’armement, qui travaillait dans une logique d’essais. Avoir basculé en quelques semaines dans une situation de combat et mené des actions de haute intensité, c’est une belle performance ». Pour le pacha, ce défi a pu être relevé grâce aux hommes et au système d’entrainement des marins français, dont le bienfondé a clairement été démontré lors des opérations en Libye. « Ce succès, que l’on peut attribuer à la qualité des marins et de leur préparation, a validé le concept d’entrainement permanent de la Marine nationale. Les bâtiments et leurs équipages sont maintenus à leur meilleur niveau grâce à de nombreux exercices et stages qui nous préparent à répondre à toutes les situations. C’est un travail de longue haleine. Il y a une base extrêmement solide de compétences et de savoir-faire chez nos marins et, durant Harmattan, nous avons montré que nos équipages étaient prêts à combattre sans délai. Ce qui a d’ailleurs été remarquable, c’est la rapidité avec laquelle la marine a répondu à la décision politique d’intervenir en Libye. Des frégates avaient déjà été positionnées sur zone et, en quelques jours, les moyens ont été renforcés. Nous avons eu sur place jusqu’à une dizaine de bâtiments engagés, tout cela en plus des autres missions qui sont confiées à la marine. Si nous y sommes parvenus, au prix il est vrai d’une baisse d’activité - provisoire - dans quelques unes de nos missions permanentes,  c’est que nous avons un format de flotte adapté pour cela et parce qu’au quotidien, nous avons ces jours de mer et cet entrainement qui nous permettent de répondre présent ». Suivant l’adage « On fait la guerre comme on s’entraine », les exercices sont donc considérés par le commandant et son second comme « fondamentaux ». Car, comme le rappelle le CV Moreau, la technologie à elle seule ne fait pas forcément la différence entre deux combattants : « L’expérience, notamment lors des manoeuvres que l’on mène régulièrement avec d’autres marines, montre que même si l’on a un bateau inférieur sur le papier, on peut finalement avoir le dessus grâce à l’équipage ». Alors, quand on allie un excellent équipage et une « bête de guerre », comme le pacha qualifie le Chevalier Paul, la barre est forcément très haute. 

 

(*) Ce reportage a été réalisé avant le changement d’une partie de l’équipage, dont le commandant et son second, au mois de juillet

Marine nationale