Défense

Reportage

La Gendarmerie maritime renouvelle ses moyens

La Gendarmerie maritime, qui dépend de la Marine nationale, vient de recevoir ses nouvelles Vedettes de Surveillance Maritime et Portuaire (VSMP). Construits par le chantier Ufast de Quimper, les Pavois, Ecu, Rondache, Harnois, Haubert, Heaume, Brigantine et Gantelet mesurent 12 mètres de long et peuvent atteindre la vitesse de 35 noeuds. Armées par 8 gendarmes et pouvant mettre en oeuvre des plongeurs, ces vedettes présentent une autonomie de 24 heures et peuvent être dotée d'une mitrailleuse de 7.62mm. Les VSMP répondent à un nouveau besoin lié au renforcement de la sûreté dans les zones portuaires. « Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et la mise en place du code ISPS (International Ship and Port facility Security, ndlr), il a été constaté que la sûreté avait été renforcée sur les plateformes aéroportuaires mais pas dans les ports. Dans le cadre de la déclinaison en France du code ISPS par la Doctrine Nationale de Sûreté, en 2005, la Gendarmerie maritime a été chargée d'assurer la sûreté des ports majeurs en termes de d'approvisionnements stratégiques », explique le colonel Georges Strub, commandant de la Gendarmerie maritime. Dans le cadre de cette mission, les militaires doivent dissuader les actes terroristes via le suivi et éventuellement le contrôle des navires faisant escale dans les ports.


Le VSMP Pavois au Havre (© : MARINE NATIONALE)


Les Pavois et Rondache au Havre (© : MARINE NATIONALE)


Les Pavois et Rondache au Havre (© : MARINE NATIONALE)

Création de PSMP au Havre, à Marseille et Port-de-Bouc

Pour se faire, les gendarmes maritimes doivent connaître la provenance des navires, leur chargement, leurs éventuels antécédents et les personnes présentes à bord. Tout une somme d'informations officielles et officieuses qu'il faut collecter et analyser, afin de cibler les bateaux sensibles. En cas de doute ou de menace avérée, les gendarmes maritimes doivent ensuite disposer de moyens nautiques pour aller contrôler les navires en zone d'attente. C'est pourquoi les VSMP ont été commandées. Ces vedettes, très performantes, font notamment office de pilotines, permettant de transférer à bord des navires contrôlés une équipe d'intervention et de contrôle. « Notre objectif est notamment de faire de la dissuasion anti-terrorisme. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les VSMP sont orange, la visibilité faisant partie de la dissuasion », note le colonel Strub.


Contrôle d'un navire (© : MARINE NATIONALE)


Contrôle d'un navire (© : MARINE NATIONALE)


Contrôle d'un navire (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)


Plongeurs (© : MARINE NATIONALE)


(© : MARINE NATIONALE)

Pour remplir sa nouvelle mission, la Gendarmerie maritime développe également des équipes cynophiles avec des chiens spécialisés dans la détection d'explosifs et d'autres dans la détection d'armes et de munitions. Elle compte aussi des unités de plongeurs, assistés de robots télé-opérés (actuellement 4 ROV Observer fournis par la société Subtechsea) pour inspecter des zones et les parties immergées des coques. Les moyens sont complétés par des embarcations semi-rigides et des véhicules.
Cette nouvelle mission a donné naissance à des unités spécialisées, les Pelotons de Surveillance Maritime et Portuaires (PSMP), créés à l'issue d'une expérimentation concluante menée sur le port du Havre à partir de 2006. On notera que pour développer le savoir-faire nécessaire, les gendarmes se sont notamment appuyés sur l'expérience de la police maritime belge, qui a formé les militaires français aux inspections de navires. Après Le Havre, qui compte 35 gendarmes, deux nouveaux PSMP ont été ouverts en 2010 à Port-de-Bouc (45 gendarmes) et Marseille (35 gendarmes), l'éloignement entre les installations de Marseille et de Fos-sur-Mer (70 nautiques) imposant de créer deux unités. Les PSMP français sont, rapidement, devenus une référence, comme en témoignent de nombreuses visites de délégations étrangères (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Afrique du sud...)


VSMP (© : MARINE NATIONALE)

Des VSMP affectées aux ports militaires

Ultérieurement, deux nouveaux pelotons doivent être créés à Dunkerque et Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. L'ouverture de ces PSMP n'a pas été abandonnée mais simplement gelée, en attendant de trouver la ressource humaine nécessaire. Les unités portuaires normandes et provençales ont, en effet, été lancées en redéployant les effectifs existants. Mais ces redéploiements ont trouvé leurs limites et, aujourd'hui, sauf à dégrader d'autres missions en ponctionnant de nouveaux personnels, il faut créer une centaine de postes supplémentaires pour que les PSMP de Dunkerque et Montoir puissent voir le jour. Alerté de cette problématique, le gouvernement travaille sur la question avec, espère-t-on dans les places portuaires nordiste et ligérienne, une réponse d'ici la fin de l'année. Du coup, en dehors des cinq VSMP affectées aux pelotons du Havre, de Marseille et de Port-de-Bouc, les trois autres vedettes, initialement prévues pour Dunkerque et Montoir, ont trouvé une autre utilité. Ces bateaux sont en cours de déploiement à Brest, Cherbourg et Toulon. Car la Gendarmerie maritime mène une expérimentation en vue de déployer le concept des PSMP dans les ports militaires. Adapté aux exigences des bases navales, le travail de gendarmes consisterait notamment à se servir des embarcations pour contrôler les navires approchant des ports militaires, renforçant ainsi la sûreté des sites sensibles face à d'éventuelles attaques.


VCSM à Brest (© : MARINE NATIONALE)

Nouveaux semi-rigides et remplacement des patrouilleurs

Avec les VSMP, la Gendarmerie maritime complète le renouvellement de ses moyens nautiques, déjà initié entre 2003 et 2007 par la mise en service de la très belle série des 24 Vedettes Côtières de Surveillance Maritime (VCSM). Vendus par Raidco Marine et construits par CNB, ces navires de 20 mètres, armés par 5 à 8 gendarmes et capables d'atteindre la vitesse de 28 noeuds, mettent en oeuvre une embarcation rapide et peuvent disposer de deux mitrailleuses de 7.62mm. Basées le long des côtes métropolitaines et outre-mer, ces VCSM donnent, selon le colonel Strub, « toute satisfaction » et ont permis de moderniser l'ossature des moyens côtiers de la Gendarmerie maritime. Désormais, l'heure est au remplacement des semi-rigides équipant les Brigades de Surveillance du Littoral (BSL), chargées de contrôler la pêche, à pieds ou très près des côtes, ainsi que la plaisance (et dans ses missions terrestres les conchyliculteurs, les mareyeurs, les restaurants ou les supermarchés vendant du poisson). En tout, 10 nouvelles embarcations légères, transportables sur remorque, doivent être prochainement commandées pour chacune des 10 BSL.


Le patrouilleur Epée (© : MARINE NATIONALE)

Dans le même temps, les réflexions se poursuivent afin de pourvoir au remplacement des cinq patrouilleurs garde-côte de la Gendarmerie maritime. Le plus anciens est le Glaive, unité de 40.7 mètres basée à Cherbourg, en service depuis 1977 et devant être désarmé en 2014. Puis, entre 2020 et 2022, les patrouilleurs de 32 mètres Géranium, Violette, Jonquille et Jasmin, construits en 1996 et 1997, devront prendre leur retraite. Les caractéristiques techniques des futurs bateaux ne sont pas fixés mais les besoins exprimés portent sur des unités de 40/45 mètres disposant d'une bonne autonomie et capables d'atteindre une vitesse élevée, de l'ordre de 28 noeuds. « Ces patrouilleurs n'ont pas vocation à aller très loin, puisque nous intervenons essentiellement dans la bande des 12 nautiques, là où s'applique la loi française. Mais il faut des moyens capables de durer, en restant en mer une semaine ou une dizaine de jours, et de balayer toute la façade maritime ». La Marine nationale poursuit ses réflexions sur le sujet, l'objectif étant si possible de remplacer ces bâtiments par une série homogène de six nouveaux patrouilleurs (compensant également le désarmement de l'Epée en 2009). Un parc homogène permettrait en effet de faciliter l'exploitation et la maintenance. Le projet fait néanmoins face, en ce qui concerne la Gendarmerie maritime, à un problème de calendrier, au moins six ans séparant le retrait du Glaive de celui des autres PCG, sauf si d'autres navires du même type sont construits dans l'intervalle pour d'autres administrations, dans le cadre par exemple du développement de la Fonction Garde-Côte.


Le patrouilleur Jonquille (© : MARINE NATIONALE)

Partie intégrante de la Marine nationale

Assez méconnue, la Gendarmerie maritime est une formation spécialisée de la Gendarmerie nationale, mise pour emploi auprès du Chef d'état-major de la marine. Historiquement, la première référence à ce corps date du moyen-âge et plus exactement de 1340, en pleine guerre de 100 ans. Il est alors mentionné que les « prévôts » et « archers de la mer » ont participé à la bataille de l'Ecluse contre les Anglais. Initialement, ces hommes étaient chargés de rattraper les déserteurs au sein de la marine royale, comme les archers et prévôt le faisaient pour l'armée. Puis, comme leurs homologues terrestres, constituant ensuite la maréchaussée puis la gendarmerie, leurs missions se sont vite développées. « A leur mission initiale de rattraper les déserteurs s'est vite ajoutée celle de surveiller les militaires, devenant ainsi une police des armées. Puis leurs missions se sont élargies avec la chasse aux brigands sous François 1er. En 1648, une ordonnance de Colbert a fixé leurs missions (*). Sous la révolution, ce corps a été baptisé Gendarmerie des ports et arsenaux puis, sous le premier empire, a pris le nom de Gendarmerie maritime. Historiquement, elle a bien été crée par la marine mais a basculé entre la marine et la gendarmerie pendant longtemps. Ce n'est qu'en 1970 que cette bascule a cessé et que la Gendarmerie maritime a été définitivement rattachée à la gendarmerie nationale tout en étant mise pour emploi auprès du Chef d'état-major de la marine », explique le colonel Strub. Le système reste donc hybride puisque, si opérationnellement les gendarmes maritimes font, comme l'a expliqué l'amiral Pierre-François Forissier, « partie intégrante de la marine et des forces navales », l'avancement et la gestion du personnel dépend toujours de la Gendarmerie nationale.


VCSM (© : MARINE NATIONALE)

1115 militaires et 70 embarcations

Présente sur l'ensemble du littoral métropolitain et outre-mer, la Gendarmerie maritime compte 1115 hommes et femmes, dont 456 officiers de police judiciaire et 461 agents de police judiciaire. Elle exerce, jusqu'à 200 nautiques des côtes, des missions de police générale sous l'autorité des préfets maritimes et des missions de police judiciaire sous l'autorité des procureurs de la République. Aux côtés des autres unités de la Marine nationale, la Gendarmerie maritime intervient de concert avec différentes administrations, comme les Affaires maritimes (contrôle des pêches, enquêtes techniques...), la Douane (police économique et fiscale, lutte contre les trafics illicites) et la Gendarmerie départementale, qui dispose aussi de brigades nautiques dotées de moyens légers (notamment dans le cadre du prolongement des affaires terrestres dans les secteurs aquatiques avec la nécessité de mettre en oeuvre des plongeurs). A travers ses missions de police administrative et de police judiciaire, la Gendarmerie maritime intervient dans tous les domaines de l'action de l'Etat en mer. Seule force déployée en mer disposant d'un pouvoir de police générale, elle mène sous la responsabilité des magistrats des enquêtes judiciaires importantes et souvent sensibles. Ses missions comprennent notamment la sauvegarde maritime, la protection de l'environnement, la préservation de la ressource halieutique, la lutte contre les trafics illicites par voie de mer, la sûreté maritime et portuaire, ainsi que la police judiciaire. Côté moyens, elle dispose de 70 embarcations, dont 5 patrouilleurs, 24 VCSM et 8 VSMP.
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(*) Extrait de l'ordonnance de 1648 sur les missions des prévôts et archers de la marine : « Ils feront leurs chevauchées par les côtes et les grèves et ports de nos mers, nettoieront icelles de voleurs et de pirates, poursuivront les déserteurs des armées navales, leur feront procès avec pouvoir de main forte pour l'exécution des arrêts et commissions amenées du fait de la Marine ».