La Marine française, de la Royale de Richelieu aux missions d'aujourd'hui

Même si le Charles de Gaulle est intervenu récemment au large de la Libye, la lutte contre les pollutions marines, les trafics, la piraterie, la sauvegarde de l'environnement, la sécurité des personnes et des biens à la mer, l'aide aux populations menacées par les catastrophes naturelles ou les situations de crise humanitaire occupent aujourd'hui la Marine nationale bien plus que les activités purement armées. La croissance des flottes militaires asiatiques et, d'une manière générale, des pays émergents en ce début de XXIe siècle, montre que la maîtrise des mers reste un enjeu fondamental de la géopolitique du troisième millénaire : Plus de 80 % du commerce mondial emprunte la voie maritime et tout indique que cette tendance lourde persistera. Avec le deuxième espace maritime du monde, la France écrit son histoire maritime depuis des siècles : Richelieu, déjà, n'engageait-il pas Louis XIII à se doter d'une flotte quelle qu'en soit la dépense, car « pour grande qu'elle soit », écrivait-il, « elle doit être estimée petite en comparaison des avantages que nous en recevons » ?

« Du temps, de la patience et de la volonté »

« La Marine française, de la Royale de Richelieu aux missions d'aujourd'hui », c'est le livre d'Alain Boulaire qui vient de paraître aux éditions Palantines. Capitaine de frégate honoraire, membre de l'Institut des Hautes Études de la Défense nationale (IHEDN), l'auteur revient sur les grandes heures de la flotte française : son rôle stratégique, la volonté politique nécessaire à l'édification d'un outil à même de peser sur les affaires du monde, mais aussi la recherche technologique impérative à l'évolution de l'outil. Sans oublier les hommes, indispensables au bon fonctionnement des navires. L'ensemble donne un livre très intéressant et accessible, qui permet de bien comprendre, au fil des grandes périodes, le lien étroit entre la flotte, la politique étrangère et le rayonnement de la France. Cet ouvrage nous montre également, devant l'expérience de l'histoire, qu'une marine c'est, comme disait Thiers, « du temps, de la patience et de la volonté ». Il faut des décennies pour bâtir un outil efficace mais, sans cesse, l'ouvrage est à remettre sur le métier. Et, si les efforts ne sont pas constants, tout l'édifice patiemment construit peut très vite s'effondrer, pour le plus grand préjudice d'un pays, si « terrien » soit-il, ou pense-t-il être...