La Touline dresse son bilan annuel de l'emploi maritime

Dossier(s) : Formation
Chaque année, l'association La Touline, qui travaille depuis plus de 20 ans au placement, à la reconversion et à la formation des marins, fait le point sur son activité à l'occasion de son assemblée générale. Et il s'agit sans doute du meilleur baromètre de la santé de l'emploi maritime. « En 2010, nous avons eu 406 offres d'emploi et nous avons réussi à placer 207 personnes. 2011 s'annonce à peu près dans le même ordre d'idée », détaille Anne Le Page, directrice de l'association. Après le boom du milieu des années 2000, l'emploi maritime, à l'image du secteur tout entier, marque le pas. « Il y a encore beaucoup de travail dans le milieu maritime, il faut cependant bien s'orienter », précise Armel le Strat, président de La Touline.


L'assemblée générale de la Touline (© : MER ET MARINE- CAROLINE BRITZ)

Un manque criant de mécaniciens

Ainsi, on évoque un manque criant de mécaniciens, que ce soit à la pêche, au commerce et dans la grande plaisance, secteur dans lequel l'association s'est implantée grâce à l'ouverture d'un bureau sur la côte méditerranéenne. « Les postes d'officiers mécaniciens représentent près de 23% de nos offres non pourvues, auxquels s'ajoutent des postes d'ouvriers mécaniciens également restés vacants. Il y a une très forte demande à tous les niveaux de brevets, du 750kW au chef illimité ». A côté de cela, l'association a constaté un très fort embouteillage sur le secteur du capitaine 500 UMS. « Nous sommes très inquiets pour les petits brevets au pont. Auparavant, les armateurs avaient tendance à recruter des capitaines 200 sur des postes de personnels d'exécution. Désormais, la tendance est revenue au recrutement de matelots titulaires du CIN. Les capitaines 200, ainsi que les capitaines 500 sont de plus en plus placés à des postes de capitaines, limités en raison du faible nombre de navires de cette jauge ».
Du côté du recrutement du personnel d'exécution, « il y a des difficultés, certes, mais il y a du travail, sur les navires à passagers, particulièrement les vedettes, mais également à la grande plaisance, aux services portuaires et sur des navires spécialisés comme les câbliers qui recrutent des boscos et des matelots français », insiste Anne Le Page.

De grosses inquiétudes sur les embarquements des élèves officiers

Mais la plus grosse inquiétude et le nouveau phénomène de l'année 2010-2011 concernent les élèves officiers de la Marine marchande et les périodes embarquées, les « temps d'élève », qu'ils doivent effectuer au cours de leur scolarité. « L'an dernier, 56 d'entre eux sont venus nous solliciter parce qu'ils n'arrivaient pas à trouver un embarquement. Nous n'avions pas vu ça depuis longtemps et c'est très préoccupant, surtout que cela touche toutes les filières, polyvalent et monovalent, et particulièrement les chefs de quart passerelle », constate Marie Le Strat, bénévole de La Touline qui a consacré son année à aider les élèves à trouver un embarquement. Et cela n'est visiblement pas prêt de s'arranger. Avec la réforme du schéma pédagogique de la filière polyvalente, les calendriers d'embarquements sont de plus en plus compliqués à gérer pour les armateurs. « Ce n'est pas de la mauvaise volonté de notre part, c'est juste que cela devient extrêmement difficile. Toutes les filières font embarquer leurs élèves en même temps, sur des périodes parfois trop courtes. Nous avons maintenant des demandes pour des embarquements de quatre semaines, ce n'est matériellement pas possible. De même qu'il nous est impossible d'embarquer 10 élèves en même temps, nous n'avons ni la place ni le temps de les former correctement dans ces conditions », explique un armateur présent à l'assemblée générale de La Touline.