Le sauvetage de grande ampleur : Un nouveau défi pour la sécurité maritime

Dossier(s) : Sécurité maritime

« On ne réfléchit plus de la même manière, c’est évident. L’augmentation de la taille et de la capacité des navires amène une nouvelle façon d’envisager les opérations de sauvetage. La doctrine et les pratiques évoluent ». Le vice-amiral d’escadre Jean-Pierre Labonne, préfet maritime de l’Atlantique, voit passer dans sa zone les porte-conteneurs géants qui s’engagent dans la tournée du Nord, les paquebots qui transitent entre la Méditerranée et les fjords norvégiens, les ferries qui traversent le golfe de Gascogne. L’autoroute Cap Finisterre- Finistère, le rail d’Ouessant, l’autoroute de la Manche, autant de voies maritimes ultra-fréquentées, témoins de l’évolution des navires.

 
 
Une évolution de la marine marchande
 
 
« Il y a quelque temps, nous étions au Cross (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) de Corsen. Le marin de quart a attiré mon attention sur la circulation dans le rail d’Ouessant. Au même instant, il y avait près d’une dizaine de navires à passagers à l’emprunter, donc des milliers, peut-être même des dizaines de milliers de personnes à transiter. Il n’y avait aucun problème, tout le monde naviguait sans encombre. Mais, nous, du côté de la surveillance, on doit bien mesurer les éventuelles conséquences d’une avarie ou d’un accident avec des navires de telle capacité. Et, donc de nous interroger sur les réponses que nous apportons à l’évolution de la marine marchande ».
 
 
Un dispositif français basé sur le remorquage
 
 
Le dispositif de sauvetage français découle pour grande partie du naufrage de l’Amoco Cadiz, en 1978. Un pétrolier en avarie, un remorqueur qui tarde à arriver et manque finalement de puissance, des négociations qui retardent l’opération et, pour finir, un navire qui s’échoue sur les roches de Portsall. Rapidement, l’administration décide de doter la Marine nationale, en charge de la protection des côtes, de remorqueurs puissants, affrétés à l’année et disponibles 24h/24 : les Abeille Flandre à Brest et Abeille Languedoc à Cherbourg. Toujours en service et ayant largement prouvé leur efficacité, les deux remorqueurs, désormais basés à Toulon et Boulogne, ont été rejoints par trois autres, les Abeille Bourbon (Brest) et Abeille Liberté (Cherbourg), disposant d’une puissance de 200 tonnes au croc, ainsi que le Jason à Toulon. « Des outils d’une grande efficacité et des équipages d’une très grande valeur, dont l’expertise nous est totalement indispensable », souligne l’amiral Labonne.
 
 
 
 
Le Jason (MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
 
 
Les dispositifs de remorquage d’urgence
 
 
Mais, ce sont justement ces spécialistes qui, depuis plusieurs années, s’interrogent sur l’évolution de la taille des bateaux. « On peut toujours envoyer une remorque sur un gros navire, avec un gros fardage et un gros tonnage. En face, on ne sait pas ce qu’il y a sur le pont pour capeler la remorque. Parfois, il n’y a pas grand-chose. Et mettre une forte tension, nécessaire pour tracter un gros navire, sur un point d’attache peu résistant ou pas suffisamment intégré à la structure du navire, cela ne donnera pas forcément de bons résultats. Cela peut même provoquer des dégâts et fragiliser la structure », explique un spécialiste. De nombreux sauveteurs soulignent la nécessité d’installer, comme cela est obligatoire sur les tankers, des dispositifs de remorquage d’urgence sur l’ensemble des navires. Un tel dispositif est intégré au bateau et dimensionné selon ses caractéristiques. « C’est une sécurité importante en cas de remorquage ». 
 
 
Traiter l’urgence sur zone
 
 
Le préfet maritime de l’Atlantique sait bien tout cela. « Certains armateurs ont déjà fait la démarche volontaire d’équiper leur grands porte-conteneurs de ce dispositif. Mais ce n’est pas obligatoire ». Et, de toute façon, il faut réfléchir à une autre manière de faire. « Maintenant, la logique n’est plus forcément de conduire le navire dans un port. Quand on le peut, l’idée est à présent d’amener le sauvetage à bord et de traiter l’urgence sur zone. Concrètement, nous avons un  très gros navire en avarie devant Ouessant, nous envoyons l’Abeille Bourbon mais également une équipe de spécialistes, adaptée à la situation et qui va aider l’équipage. Le remorqueur passe une remorque, destinée à stabiliser le navire et le maintenir bout au vent. La dérive est contrôlée, on s’assure qu’il n’y a pas de danger pour l’équipage et la côte. Et on traite le problème ».
 
 
Un exercice grandeur nature
 
 
Une nouvelle doctrine, qu’il faudra passer à l’épreuve de la pratique. Rien que pour savoir comment s’ajuste la puissance de remorquage disponible avec les mastodontes de 400 mètres de long et un fardage, donc une prise au vent, très importante. « Nous avons en projet l’organisation d’un tel exercice de sauvetage, dans les mois à venir, nous l’espérons ». Une expérience qui s’annonce de plus en plus indispensable.