Défense

Reportage

Les missiles surface-air européens

Véritable bouclier des navires contre les attaques aériennes, les missiles surface-air se sont développés au fil de l'évolution des menaces. Pour contrer les attaques d'aéronefs et de missiles antinavires de plus en plus rapides, manoeuvrants et durcis aux contre-mesures, les industriels ont imaginé des solutions adaptées suivant l'emploi opérationnel. Car, si une attaque saturante est toujours possible, de nouvelles évolutions ont été constatées, comme le besoin de se prémunir contre les menaces asymétriques. Dans le même temps, on a constaté le développement du concept de tir vertical, remplaçant progressivement les traditionnelles rampes et permettant de gagner en rapidité d'action et en souplesse d'emploi. Dans ces domaines, les Européens, et plus particulièrement MBDA, sont parvenus à développer des produits très innovants.


Tir d'Aster 15 sur le Charles de Gaulle (© : MBDA)

Aster : La toute dernière génération de défense aérienne

Premier missile antiaérien conçu dès l'origine pour la lutte anti-missile, l'Aster est entré en service en 2001 sur le porte-avions Charles de Gaulle. Après la France, il a été vendu à la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Arabie Saoudite, Singapour et le Maroc. Dans la lignée de l'Aster 15, MBDA a développé la version Aster 30. D'une portée de 100 km, ce missile, capable d'atteindre la vitesse de Mach 4.5, est le fer de lance des nouveaux bâtiments de défense aérienne britanniques, français et italiens. Après la résolution d'un problème mineur de capots qui avait entrainé un double échec lors de tirs en 2009, l'Aster 30 a de nouveau renoué avec le succès au printemps 2010 (tirs simples et en salve réussis) et a été déclaré apte au service sur les destroyers du Type 45 et les frégates Horizon. Doté d'une grande agilité, l'Aster peut détruire, à l'impact, des missiles assaillants très rapides, manoeuvrants, à vol rasant et fort piqué final. Il est toujours le seul à offrir une parade contre des missiles antinavires supersoniques. Son autodirecteur lui permet, en outre, de traquer sa cible en toute autonomie, offrant au bâtiment porteur la capacité de tirer simultanément plusieurs munitions et, ainsi, de contrer les attaques saturantes. La famille Aster se positionne aussi contre les missiles balistiques (DAMB). Engin endo-atmosphérique, l'Aster Block1 est proposé pour la défense de théâtre face à des engins d'une portée inférieure à 1000 km. Pour l'heure, le Block1 n'existe qu'en version terrestre mais une application navale peut être facilement adaptée. Elle pourrait, par exemple, être embarquée sur les frégates Horizon qui pourraient, depuis la mer, offrir une couverture DAMB aux forces déployées à terre.


VL Mica (© : MBDA)

VL Mica : La nouvelle solution à courte portée de MBDA

C'est le nouveau missile surface-air à courte portée proposé par MBDA. Adaptation navale du missile air-air embarqué sur avions de combat, le VL Mica est mis en oeuvre depuis un Conteneur Lanceur Autonome (CLA) ou un lanceur Sylver A35. D'une portée de 20 km, ce missile est du type "Fire and Forget" mais, en cas de besoin, les informations peuvent être rafraîchies en vol grâce à une liaison de données. Optimisé pour l'interception à très basse altitude de cibles à faible signature, le VL Mica dispose d'un autodirecteur infrarouge ou électromagnétique. Ces deux modes peuvent être panachés dans les lanceurs, suivant le choix des marines. Léger, le système peut être embarqué sur des bâtiments de taille relativement faible, comme des corvettes ou des patrouilleurs. En effet, le missile ne mesure que 3.1 mètres de long pour un poids de 112 kg (480 kg avec un CLA). Pour l'heure, le VL Mica a été acquis par Oman et le Maroc, qui ont décidé d'en équiper leurs nouvelles corvettes des types Khareef et SIGMA. MBDA a également développé une version sol-air de zone, qui peut notamment servir à la défense côtière. Dans ce cas, le CLA est monté sur un véhicule opérant sous le contrôle d'un Tactical Operation Center.


CAMM (© : MBDA)

CAMM : Remplacer plusieurs missiles britanniques

Développé par MBDA dans le cadre du programme Future Local Area Air Defense System (FLAADS), le Common Anti-air Modular Missile (CAMM) doit remplacer l'ASRAAM, le Rapier et le Sea Wolf actuellement en service dans les armées britanniques. La version navale est attendue en 2016 sur les frégates du type 23, où le FLAADS (M) remplacera le système Sea Wolf. Ce système est également prévu pour les futures frégates du type 26. Missile supersonique à lancement vertical, le CAMM mesure 3.2 mètres, pèse 99 kilos et affiche une portée de 25 km. Autonome mais pouvant bénéficier du rafraîchissement en vol des données, il disposera d'un autodirecteur électromagnétique actif et est conçu pour s'opposer à des cibles aériennes rapides, évasives, à faible signature et dotées de contre-mesures modernes. Contrairement au VL Mica, ce missile est tiré à froid, c'est-à-dire qu'il est d'abord éjecté du tube avant d'allumer son booster, ce qui réduit les contraintes sur les lanceurs. Mis en oeuvre depuis un bâtiment doté d'un radar de veille 2D ou 3D (par un lanceur autonome, Sylver ou Mk41), le FLAADS (M) peut équiper des unités de moyen tonnage, comme des corvettes, ou même des bateaux plus petits avec un seul lanceur quadruple.


Simbad RC (© : MBDA)

Simbad RC : Mieux répondre aux menaces asymétriques

Face au développement des menaces asymétriques et la nécessité, pour les marines, d'augmenter capacités d'autodéfense et délais de réaction, MBDA a conçu une gamme de systèmes surface-air à très courte portée. Après le Tetral, lanceur quadruple totalement automatisé, le groupe a lancé en 2010 le Simbad RC. Successeur du Simbad, ce système rechargeable, équipé de deux missiles Mistral 2, ne nécessite plus de servant. La mise en oeuvre se fait automatiquement depuis le CO du navire. Couplé au système de veille du bâtiment, le Simbad RC permet de réduire significativement le délai de réaction, soit moins de 5 secondes entre la phase de préparation et le tir. Il offre une capacité tout temps, ce qui n'est pas le cas sur les lanceurs manuels armés par un servant, soumis aux aléas météo et dont la vigilance peut être variable. Compact, le Simbad RC est destiné aux petits bâtiments et peut servir de complément aux systèmes surface-air plus importants embarqués sur les unités de gros tonnage. D'une portée d'environ 6 km, le Mitral 2, équipé d'un autodirecteur infrarouge, peut être utilisé contre aéronefs et drones, missiles antinavire et, aussi, de petits mobiles de surface.


Le Crotale Naval (© : THALES)

Thales fait évoluer le Crotale

Si MBDA, en regroupant les grands missiliers français, britanniques, allemands et italiens, s'est assuré une prédominance sur en Europe, certains groupes cherchent à se maintenir sur le segment des missiles surface-air. C'est le cas de Thales, qui a développé une nouvelle version du Crotale Naval, le VT1, qui peut être tiré verticalement. Un premier tir d'essai s'est déroulé en octobre 2008 avec un lanceur Sylver A35 de DCNS. Conçu pour la défense aérienne à courte portée, notamment contre missiles rasants et manoeuvrants, le Crotale Naval VT1-VL est aussi utilisable sur cibles de surface, y compris des embarcations rapides. Capable de voler à Mach 3.5, le missile est doté d'une fusée de proximité. Activée seulement avant l'interception de la cible, elle déclenche une charge militaire de 13 kg. S'intégrant au CMS du bâtiment et ne nécessitant pas de console dédiée, le VT1 ne comporte pas d'autodirecteur. Il exécute les ordres de guidage donnés par le calculateur à bord du navire et est ensuite guidé en alignement sur la menace grâce à un radar de poursuite. Il s'agit du même radar servant à la conduite de tir de l'artillerie. Selon Thales, l'absence d'autodirecteur rend le missile très résistant à toutes sortes de brouillages, tant électromagnétiques qu'infrarouges. Compact, le VT1 ne couvre qu'une surface de 3m² sur le pont avec un Sylver A35 (16 munitions en quatre cellules). Il peut donc être embarqué sur de petites plateformes, comme des patrouilleurs.