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Les nombreux chantiers de Raymond Vidil, nouveau président d'Armateurs de France

L'accent est méridional et le ton déterminé. Raymond Vidil, président directeur général de Marfret, vient d'être élu président d'Armateurs de France. Il prend la suite de Christian Garin, vice-président de Sea Tankers, élu en 2009. Et il a bien conscience d'arriver dans un contexte un peu particulier. « A quelques semaines des élections présidentielles, nous devons redoubler nos efforts pour que la classe politique prenne conscience de l'importance du fait maritime en France. Il est désormais crucial de faire comprendre l'évolution des échanges économiques desquels les armements sont souvent les témoins précurseurs. Il y a quelques années, beaucoup pensaient que le capitalisme se résumait à quelques acteurs occidentaux. Force est de constater aujourd'hui que la situation a beaucoup évolué, le monde est devenu multipolaire : sur 192 pays, il y en a 120 qui sont en développement. Eux aussi veulent consommer, eux aussi veulent jouer sur le terrain du shipping. La France doit absolument jouer sa carte ». Pas toujours facile, pour les armements et la Marine marchande en général, de se faire entendre dans un pays qui, selon Raymond Vidil, a « une compréhension très continentale de l'économie et qui cède parfois à la nostalgie d'une gloire industrielle passée ». Une tentation à laquelle ne veut pas céder le nouveau patron des armateurs, persuadé de l'énorme potentiel d'emploi de la filière maritime, même dans cette période de situation économique particulièrement difficile dont les armateurs souffrent depuis 2008.

Se réapproprier les flux commerciaux en France

« Il faut arrêter de porter un regard anxiogène sur la mondialisation des échanges. Il faut, au contraire en profiter, se réapproprier les flux import et export en France. Il est intolérable de constater que la plupart de nos importations passent par des ports étrangers. Il faut absolument arriver à capter ces flux et à les massifier. Cela passera par un important travail sur la logistique. Nous avons réformé nos ports. Maintenant, Il faut mieux travailler à terre, améliorer les connexions avec l'hinterland par voie ferrée et voie fluviale, traiter le mieux possible les marchandises dans les ports. Ne perdons pas de vue que près d'un quart des emplois français sont liés à l'ouverture internationale des échanges. Il y a beaucoup de richesse à capter et beaucoup d'emplois à créer ».

« Le RIF n'est pas un échec »


Raymond Vidil a la foi dans cette filière. Mais il sait aussi que la conjoncture économique est difficile et que le paysage maritime subit encore de plein fouet la crise. Le Registre International Français (RIF) a récemment perdu plusieurs navires, ceux de BW Maritime France, et va encore en perdre avec le dépavillonnement de trois pétroliers de Maersk Tankers. Les critiques sur le registre ont fusé, certains ont réclamé sa disparition, mais Raymond Vidil veut rappeler une position ferme sur ce point. « Le RIF n'est pas du tout un échec. Les mesures mises en place, à savoir les mesures correctives comme la fiscalité ou les exonérations sur charge ont atteint leurs objectifs : la flotte a été rajeunie et le pavillon défendu. Evidemment il y a de la place pour améliorer le dispositif. Mais les dépavillonnements auxquels nous assistons sont liés à la conjoncture économique très difficile sur certains secteurs particuliers. Les armateurs français ont par tradition une vision à long terme d'un marché que nous savons tous cycliques. Nous ne souhaitons pas céder à des évènements conjoncturels ».

Développer l'emploi maritime


Même vision à long terme pour le recrutement et d'emploi. « Nous avons intérêt à continuer de développer l'emploi maritime français, dont la qualité de la formation est reconnue ». En 2011, il y avait 16.177 marins (11.721 au premier registre, 3505 au RIF, 891 sur d'autres pavillons) en France. Un chiffre en recul par rapport à 2010. « La situation est difficile économiquement, donc évidemment cela se répercute sur les chiffres de l'emploi. Mais, là aussi, nous ne voulons pas avoir de vision à court terme, nous allons continuer de former des officiers français dont nous avons besoin des compétences ». Les négociations autour de la convention collective des navigants, en cours depuis 18 mois, devraient aboutir dans les semaines qui viennent.
Dans ce domaine, Raymond Vidil souhaite relancer plusieurs chantiers. « Nous allons travailler à l'introduction du salaire net, pratiqué dans la plupart des pavillons européens et toujours pas chez nous ». L'idée avait déjà été soulevée au début de son mandat par le président précédent mais n'avait pas fait son chemin. Par ailleurs, les armateurs souhaiteraient pouvoir faire embarquer plus facilement, et selon des standards sociaux équivalent, leurs officiers français ainsi que les élèves officiers sur des navires de leur flotte « contrôlée » (leur navire en propriété mais pas sous pavillon français).

De nombreuses questions environnementales

Du côté environnemental, il y a là-aussi de nombreux chantiers : le combat pour l'assouplissement de la directive soufre qui se poursuit, les émissions de CO2, les eaux de ballast. « Le transport maritime est le mode de transport le moins polluant à la tonne. Mais nous savons aussi que nous devons être responsables et veiller à mettre tous les moyens en oeuvre pour développer des pratiques les plus respectueuses de l'environnement. Il est cependant important que les règlementations soient orchestrées de manière réaliste et surtout au niveau international ».

Marfret