Défense

Reportage

L'évolution des systèmes de combat

L'intégration progressive d'équipements et d'armes toujours plus nombreux et complexes sur les navires de combat a conduit au développement de systèmes intelligents capables de gérer et d'exploiter les informations transmises par les senseurs. Cet interfaçage constitue le système de combat (SC), dont le cerveau informatique, le Système de Management de Combat ou Combat Management System (CMS), traite les informations, présente une situation tactique et propose des actions liées à la mise en oeuvre des systèmes d'armes ou de contre-mesures. Ce traitement est réalisée dans la partie « temps réel » du CMS , le Système de Direction de combat (SDC), par opposition à la partie « temps réfléchi », le système d'aide au commandement. En Europe, plusieurs acteurs, comme DCNS, Thales et Atlas Elektronik, ont une solide réputation dans le domaine des systèmes de direction de combat.
Actuellement, la plupart des SDC sont dits « fédérés », les différents systèmes élémentaires communiquant via des interfaces. Cette architecture favorise les partages industriels et autorise le fonctionnement dans des modes dégradés , ce qui requiert la présence du personnel adéquat. Depuis l'origine, la Marine Nationale a opté pour des SDC « centralisés », avec deux objectifs : l'élaboration d'une situation tactique unique et partagée au sein de la Force navale et la recherche d'une intégration fonctionnelle toujours plus poussée.

Les Français précurseurs avec le SENIT

Dans ce domaine, DCNS, qui a lancé la famille des SENIT (Système d'Exploitation Navale des Informations Tactiques) dans les années 60, a provoqué une première rupture avec le SENIT 6 de la frégate antiaérienne Cassard, mise en service en 1988. Ce SDC a initié les séquences semi-automatiques et automatiques pour l'élaboration de la veille air, la conduite de la lutte anti-aérienne et l'autodéfense, tout en intégrant la reconfiguration en temps réel de ses calculateurs. Cette disposition a permis d'atteindre un degré de robustesse de l'outil informatique indispensable pour obtenir la confiance des marins dans les automatismes de leur système. Avec le SENIT 8, embarqué sur le Charles de Gaulle (2001), les calculateurs et les consoles « militaires » ont été abandonnés au profit de matériels informatiques d'origine civile. L'informatique civile ayant rattrapé puis dépassé l'informatique militaire, le recours aux « COTS » a permis de réduire les coûts de développement, de disposer d'une puissance de calcul toujours plus importante et d'ateliers de génie logiciels employant les standards du moment. Mais cette tendance implique de gérer dans le temps des obsolescences inéluctables.
Initialisation et poursuite automatique multi-senseurs, corrélations et associations automatiques, TEWA et mise en oeuvre des armes automatiques, intégration du système d'aide au commandement AIDCOMER, robustesse inégalée... le SENIT 8, a atteint un niveau d'intégration fonctionnelle inégalé et fait toujours référence. La dernière évolution de ce système, le SENIT 2000, a été mise en service fin 2010 sur les patrouilleurs norvégiens de la classe Skjold.

Vers la situation multiplateformes et l'engagement coopératif

Embarquant des senseurs, des armes et de moyens de communication toujours plus complexes, les navires se doivent de conserver et développer une capacité primordiale, l'interopérabilité avec les autres unités pour s'intégrer dans des dispositifs interarmées et interalliés. Car, de plus en plus, une force navale de coalition représente l'archétype d'un système de systèmes. En clair, la force navale verra une interaction complète de ses différentes composantes (navires, aéronefs, sous-marins) et l'exploitation en réseau de leurs moyens (radars, sonars, guerre électronique, drones, armement...) à différents niveaux fonctionnels. Ce sera la tenue de situation multiplateformes et l'engagement coopératif. Ainsi, une frégate pourra tirer un missile contre une cible perçue par un moyen extérieur avant même que ses propres senseurs n'aient détecté la menace.
Les nouveaux systèmes de direction de combat doivent donc être conçus pour épouser autant les évolutions opérationnelles que les mutations technologiques. C'est dans cet esprit qu'a été imaginé le SETIS, qui équipera les frégates multi-missions de DCNS. Très automatisées, les futures FREMM seront conduites par un équipage réduit à 108 hommes. Leur Central Opération ne comprendra qu'une quinzaine de consoles multifonctions totalement configurables en fonction de la charge de travail et du nombre d'opérateurs présents.

Nouvelle révolution en vue pour les sous-marins

Il en va de même, aujourd'hui, pour les consoles des PCNO de sous-marins, où le concept de SDC est arrivé plus tardivement en raison de l'hypertrophie historique de la fonction sonar. Partant d'une simple aide à l'élaboration de trajectographie, les ingénieurs français ont développé un Traitement de l'Information Tactique, Lancement des Armes Tactiques (TITLAT), avant de concevoir pour les besoins exports le système SUBTICS, qui recoure aux COTS et équipe les Scorpène. Puis les besoins d'intégration des senseurs de détection au dessus de la surface et des liaisons de données tactiques ont conduit à concevoir un SDC comparable à celui d'un navire de surface. La nouvelle génération de SUBTICS amorce donc une nouvelle révolution. Elle est commune au SNLE Le Terrible et aux futurs SNA du type Barracuda et permet de faire enfin converger sous-marins et unités de surface (SUBTICS et SETIS ont des bases communes).
Ainsi, la mutualisation des logiciels des SDC est en marche. Conçu sur le concept « reuse driven approach », cette nouvelle famille de logiciels utilise le principe des briques de base communes, complétées de briques spécifiques en fonction des missions du bâtiment. On obtient alors, à moindre coût, des SDC sur mesure, évolutifs et capables de conserver au navire ses capacités opérationnelles sur toute sa durée de vie.

DCNS