Défense

Focus

L’impressionnante montée en puissance de la flotte égyptienne

La marine égyptienne est actuellement engagée dans un plan de modernisation et de développement sans précédent. Bâtiments de projection, sous-marins, frégates, corvettes, patrouilleurs… L’Egypte a démultiplié les commandes afin de renforcer les capacités de sa flotte et devenir une grande puissance navale régionale. Une stratégie qui doit permettre au pays de mieux contrôler ses intérêts maritimes, avec la protection de ses eaux territoriales et des approches du canal de Suez, tout en contribuant avec d’autres Etats de la région, à commencer par l’Arabie Saoudite, à la sécurisation du trafic maritime transitant entre la Méditerranée et l’océan Indien via la mer Rouge.

 

Récente revue navale de la marine égyptienne (© ARMEE EGYPTIENNE)

 

Considéré par les Occidentaux, la Russie et les capitales moyen-orientales comme un pays stratégique dans la lutte contre le terrorisme et crucial pour la stabilité de la région, l’Egypte se dote au passage de capacités de projection qui lui permettront, le cas échéant, de mener des opérations aéromaritimes et amphibies loin de ses côtes.

 

Le premier sous-marin du type 209/1400 égyptien (© ARMEE EGYPTIENNE)

 

Quatre sous-marins commandés en Allemagne

Après avoir tenté sans succès, pendant de nombreuses années, d’acquérir des sous-marins neufs, l’Egypte a réussi, malgré les pressions israéliennes, à obtenir le feu vert de Berlin pour la construction de quatre bâtiments du type 209/1400. Les deux premiers ont été commandés en 2011 au groupe allemand TKMS, les deux suivants en 2014 (une option porte sur deux sous-marins supplémentaires). La tête de série, le S41, a été mise à l’eau à Kiel fin 2015 et devrait être opérationnelle en 2017.

 

Sous-marin égyptien du type Romeo (© ARMEE EGYPTIENNE)

 

Ces nouveaux sous-marins de 62 mètres et 1600 tonnes en plongée vont permettre de remplacer les quatre vieux bâtiments du type russe Romeo construits en Chine et livrés en 1983 et 1984. Six autres, transférés par la Russie dans les années 60, ont été désarmés et servent de stock de pièces détachées.

 

La frégate Tahya Misr (© MICHEL FLOCH)

 

Une première FREMM en 2015

Concernant la flotte de surface, l’Egypte a réceptionné en juin 2015 une frégate multi-missions réalisée par le groupe français DCNS. Longue de 142 mètres et affichant un déplacement de 6000 tonnes en charge, l’ex-Normandie, initialement destinée à la Marine nationale, a été renommée Tahya Misr et livrée à la marine égyptienne après le débarquement de ses brouilleurs et lanceurs de missiles de croisière. Cette FREMM, dotée de puissantes capacités de lutte anti-sous-marine (sonar de coque et sonar remorqué Captas 4), pourra mettre en œuvre 16 missiles surface-air Aster 15 et 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3, en plus de son artillerie (une tourelle de 76mm et deux canons télé-opérés de 20mm), de torpilles MU90 et d’un hélicoptère Seasprite. A l’avenir, l’Egypte souhaiterait disposer d’une seconde FREMM.

 

La frégate Tahya Misr (© ARMEE EGYPTIENNE)

La frégate Tahya Misr (© ARMEE EGYPTIENNE)

 

La Tahya Misr complète le parc de frégates dont dispose la marine égyptienne. Tout d’abord quatre unités du type O.H. Perry (135 mètres, 3650 tonnes, missiles SM-1 MR et Harpoon), mises en service en 1981/1982 et transférées par les Etats-Unis entre 1996 et 1998. Il s’agit des Sharm el-Sheikh, Toushka, Alexandria (ex-Mubarak) et Taba. S’y ajoutent deux autres anciennes frégates américaines du type Knox (134 mètres, 4260 tonnes, missiles Harpoon et Asroc), les Damyat et Rasheed, opérationnelles depuis 1973/74 et qui ont rejoint en 1994 la marine égyptienne.

 

 

L'Abuqir, du type Descubierta  (© US NAVY)

 

Celle-ci aligne également deux frégates légères du type Jianghu I (103 mètres, 1700 tonnes, missiles Hai Ying 2), les Najim al Zafir et El Naser, livrées par la Chine en 1984 et 1985; ainsi que deux anciennes Descubierta espagnoles (89 mètres, 1560 tonnes, missiles Harpoon et Aspide), les El Suez et Abuqir, datant de 1984. 

 

Gowind 2500 égyptienne (© DCNS)

 

Les deux premières Gowind 2500 en construction

Quatre nouvelles corvettes du type Gowind 2500 (102 mètres, 2600 tonnes, missiles Exocet MM40 et VL Mica) ont été commandées à DCNS en 2014. La tête de série a été mise sur cale à Lorient en septembre 2015 en vue d’une livraison en 2017. Les trois suivantes seront réalisées en transfert de technologie à Alexandrie, où la construction de la première a été lancée le 16 avril. Le contrat comprend par ailleurs une option pour deux unités supplémentaires, qui seraient si elles sont affermies produites en France.

En attendant, la Russie a transféré à l’Egypte en août 2015 sa corvette du type Tarantul IV (56 mètres, 490 tonnes, missiles SS-N-22), construite en 2000 et qui a été renommée Ahmed Fadel.

 

Le patrouilleur Ezzat (© VT HALTER MARINE)

 

Les quatre Ambassador opérationnels

Concernant les patrouilleurs lance-missiles, la marine égyptienne s’est enrichie de quatre unités du type Ambassador Mk3 (62 mètres, 780 tonnes, missiles Harpoon). Réalisés par le chantier américain VT Halter Marine, les Ezzat, F. Zekri, Fahmy et Gad ont été livrés entre novembre 2013 et mai 2015.

Ils s’ajoutent aux six patrouilleurs lance-missiles du type Ramadan (52 mètres, 312 tonnes, missiles Otomat) construits au Royaume-Uni et mis en service entre 1981 et 1982 ; ainsi qu’aux ex-unités allemandes du type Combattante II (47 mètres, 280 tonnes, missiles Exocet MM38). Après la mise hors de combat du 6 of October en novembre 2014 suite à une attaque terroriste au large de Damiette, quatre patrouilleurs de ce type, mis en service en 1974/1975 et transférés en 2002/2003 par l’Allemagne, sont opérationnels.

 

Patrouilleur du type Ramadan (© COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

Patrouilleur égyptien du type Combattante II (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Le parc égyptien de patrouilleurs lance-missiles comprend en outre 13 bâtiments du type russe Osa I (38 mètres, 210 tonnes, missiles SS-N-2A Styx) datant des années 60, 6 unités du type 6 of October (25.3 mètres, 82 tonnes, missiles Otomat) entrées en service entre 1979 et 1981 ainsi que 6 Hegu chinois (27 mètres, 80 tonnes, missiles Hai Ying 2) livrés en 1984.

 

Patrouilleur du type Osa I (© MARINE NATIONALE)

Patrouilleur du type Hegu (© MARINE NATIONALE)

 

Les Combattante FS56 prévues pour le Liban ?

Il conviendra en outre de voir si l’Egypte récupère les trois patrouilleurs du type Combattante FS56 que le chantier français CMN devait construire pour le Liban. Ils font partie du programme DONAS, financé par l’Arabie Saoudite. Ryad, qui ne souhaite plus que les équipements prévus par ce contrat (hélicoptères, véhicules, missiles, patrouilleurs) soient livrés à l’armée libanaise, a indiqué que les commandes auprès de l’industrie française seraient honorées. Mais il est évident que les forces armées saoudiennes ne reprendront pas directement tous les matériels concernés, certains étant donc logiquement livrés à des pays alliés. Ce pourrait être le cas avec l’Egypte pour les Combattante, qui si cette hypothèse se concrétise pourraient voir leurs capacités initiales (une tourelle de 76mm, deux canons de 20mm et deux systèmes surface-air Simbad) renforcées, par exemple avec des missiles antinavire.

 

 

Piriou et Kership proposent L’Adroit et l’ex-Tapageuse

DCNS et Piriou, alliés au sein de leur société commune Kership, négocient quant à eux la vente de deux patrouilleurs, L’Adroit (87 mètres, 1500 tonnes), mis à disposition de la marine française depuis la fin 2011, ainsi que l’ancienne Tapageuse du type P400 (55 mètres, 480 tonnes), retirée du service en 2012 et modernisée par Piriou, initialement pour le Gabon.

 

Patrouilleurs égyptiens du type Hainan (© ARMEE EGYPTIENNE)

 

Il faut dire que la flotte égyptienne de patrouilleurs devra être renouvelée dans les années qui viennent. Elle comprend actuellement 8 unités du type chinois Hainan (59 mètres, 400 tonnes) livrées en 1983, 4 Shanghai II (39 mètres, 135 tonnes) transférés par la Chine de 1984, ainsi que 5 Shershen (35 mètres, 170 tonnes) livrés par la Russie en 1967/1968. S’y ajoutent une centaine de patrouilleurs et vedettes de 14 à 31 mètres armés par les garde-côtes.

 

Chasseurs de mines égyptiens du type Osprey (© COLLECTION FLOTTES DE COMBAT)

 

Dans le domaine de la guerre des mines, l’Egypte a reçu en 2007 deux chasseurs du type Osprey transférés par l’US Navy. Ces bâtiments de 57 mètres et 918 tonnes, mis en service en 1997 et 1998, ont permis de moderniser une composante vieillissante alignant, en dehors de trois chasseurs et deux bâtiments remorqueurs de sonars livrés entre 1994 et 1997 par les chantiers américains, 7 anciens dragueurs russes datant des années 70.

 

L'un des deux BPC égyptiens (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Les BPC rallieront la flotte au second semestre

Concernant les opérations amphibies et aéromobiles, la marine égyptienne va voir ses capacités augmenter considérablement avec la livraison, à partir de cet été, de deux grands bâtiments de projection et de commandement. Initialement commandés par la Russie en 2011 (contrat annulé en août 2015), les ex-Vladivostok et ex-Sevastopol vont devenir les Gamal Abdel Nasser et Anwar al-Sadat. Conçus par DCNS et STX France, ce dernier les ayant réalisés à Saint-Nazaire, ces BPC de 199 mètres de long et 21.000 tonnes de déplacement en charge pourront embarquer, en plus de leur équipage (170 marins), 450 hommes de troupe, une centaine de véhicules (dont des chars lourds) et une vingtaine d’hélicoptères. A cet effet, l’Egypte a racheté au groupe russe Kamov 46 hélicoptères de combat Ka-52K (Katran), version navalisée de l’Alligator. Des appareils qui avaient été initialement commandés par la marine russe pour équiper les BPC, dont les installations aéronautiques furent adaptées à l’accueil de ces appareils (hangar plus haut notamment). Les bâtiments disposent également d’importantes infrastructures de commandement et d’un hôpital embarqué. Ils seront livrés avec une batellerie comprenant deux catamarans du type L-CAT et quatre chalands de débarquement du type CTM NG.  

 

BPC égyptiens et deux de leurs CTM NG (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

L-CAT égyptien (© MICHEL FLOCH)

 

Alors que certaines sources évoquent l’intérêt du Caire de se doter ultérieurement de deux BPC supplémentaires, les Gamal Abdel Nasser et Anwar al-Sadat vont compléter les trois bâtiments de débarquement de chars du type russe Polnocny A (73 mètres, 800 tonnes), transférés en 1974, ainsi que les 9 chalands du type Vydra (55 mètres, 600 tonnes), livrés par la Russie en 1968/1969. S’y ajoutent trois transports de véhicules des types Al Hurreya I (140 mètres) et Al Hurreya III (173 mètres) construits à Alexandrie entre 2005 et 2011.

 

Chalands égyptiens du type Vydra (© US NAVY)

 

Enfin, concernant le soutien logistique de ses unités de combat, la marine égyptienne s’appuie toujours sur deux anciens bâtiments ex-allemands, le ravitailleur polyvalent Shalatein (114 mètres, 3680 tonnes) et le transport de munitions Halaib (105 mètres, 4000 tonnes), respectivement mis en service en 1968 et 1967 en RDA avant d’être transférés à l’Egypte en 2002.

 

Le ravitailleur Shalatein (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)