Construction Navale

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L'industrie navale a enfin sa licence professionnelle

C'est une très belle initiative qui va permettre de renforcer le dispositif d'enseignement professionnel dans les secteurs de la construction navale civile et militaire. A la rentrée prochaine, une licence professionnelle dédiée aux métiers de ces filières ouvrira à Lorient. Le projet est porté par DCNS, STX France, Piriou, Bretagne Pôle Naval, l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM) et l'Université de Bretagne Sud. Il va permettre aux élèves titulaires d'un Bac+2, comme un DUT ou un BTS, de s'inscrire dans le système européen LMD (Licence, Master, Doctorat) destiné à homogénéiser les diplômes et permettre des équivalences. Car, aujourd'hui s'il existe des licences dans de nombreuses filières d'enseignement industriel, comme l'aéronautique, ce n'était pas encore le cas dans la navale et cela pouvait dissuader des étudiants, désireux de disposer d'un diplôme conforme aux standards européens, d'embrasser ces métiers.


(© : DCNS)

Accessible à un large spectre de diplômés à Bac + 2

La nouvelle licence professionnelle « Métiers industriels de la construction navale » s'adressera donc aux étudiants ayant validé un bac + 2 (BTS, DUT, L2) issus des filières techniques, notamment la mécanique, la productique, le génie thermique, l'électricité, l'électronique, la mesure physique, la maintenance, l'automatisme, ou encore la construction mécanique. Ce sera par exemple le cas des titulaires du BTS Construction Navale dont les cours sont dispensés à Saint-Nazaire (lycée Aristide Briand) et Lorient (sur le site de DCNS), ou encore d'élèves ayant décroché un DUT de Génie Industriel et Maintenance, de Génie Thermique et Energies ou de Qualité Logistique Industrielle et Organisation. Le nouveau diplôme s'adresse donc à un large panel de jeunes désireux de parfaire leurs compétences dans le domaine naval. Des bâtiments militaires aux navires à passagers, en passant par les bateaux de pêche, de commerce et de travail, sans oublier l'offshore et les énergies marines renouvelables... Le secteur est particulièrement vaste.


(© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Formation en alternance

Au sein de l'Université de Bretagne Sud, l'Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Lorient accueillera la nouvelle licence. Pour débuter, à la rentrée prochaine, une promotion d'une trentaine d'élèves est envisagée. Les candidats se verront proposer un contrat de professionnalisation d'un an avec les entreprises, qui leur verseront un salaire. Car cette formation se déroulera en alternance, entre les cours au sein de l'IUT et l'immersion dans la réalité professionnelle. « L'objectif est de former des techniciens de très bon niveau à qui il faut apporter une connaissance plus approfondie de la construction navale. L'alternance est impérative car ils doivent aller dans les bureaux d'études et sur les chantiers, pour découvrir et comprendre les problématiques dans leur globalité », souligne Pierre Monfort, directeur de la Formation et de l'Institut des Métiers de DCNS.
La licence mettra l'accent sur la connaissance du navire et de ses installations, les méthodes de conception et de réalisation, la gestion de la production et de projet. Elle se veut également ouverte, avec par exemple un module sur les énergies marines renouvelable, nouveau secteur à très fort potentiel d'évolution dans lequel souhaitent se développer les industriels de la navale. Et il n'y aura pas que de la technique puisque le programme comprend d'autres matières, comme les relations avec les clients, alors que certains cours seront dispensés en Anglais. L'ouverture à l'international des étudiants pourra également se faire via les relations qu'ils auront avec des collaborateurs de filiales étrangères des industriels impliqués dans le projet. Car les salariés des filiales étrangères de certaines entreprises, comme DCNS et Piriou, auront aussi la possibilité de suivre la formation.


(© : PIRIOU)

Trouver un emploi dans un secteur passionnant

Pour l'industrie navale, le lancement de cette licence est fondamental pour permettre de maintenir et développer les savoir-faire sur le segment des techniciens de haut niveau. Alors que le secteur peine à recruter des jeunes, il s'agit aussi de mieux faire connaître la richesse du domaine et ses perspectives. « L'enjeu est de contribuer à maintenir les compétences et à développer la polyvalence entre les activités d'études, d'industrialisation et de production. En créant un diplôme naval de niveau Bac+3, il s'agit également renforcer l'attractivité de l'industrie navale auprès des jeunes en proposant une formation adaptée et un cursus professionnel prometteur », explique Pierre Monfort. Quand il parle de la navale, le directeur de la formation chez DCNS le fait avec une véritable passion. C'est pourquoi il souhaite que les métiers liés à ce secteur soient mieux connus : « Il y a un vrai déficit d'information sur nos métiers et c'est dommage puisque nous pouvons apporter aux jeunes des expériences professionnelles uniques. La navale, ce n'est pas l'automobile ou l'aéronautique, avec des prototypes destinés à la poubelle et ensuite un travail industriel en série. Nous n'avons pas le même métier car chez nous, chaque bateau, même quand il y en a plusieurs, est un prototype. Il doit être bien fait et fonctionner du premier coup. Cela nécessite de l'intelligence à tous les stades du projet, du premier coup de crayon à la production puis aux essais et à la maintenance. Nous n'avons donc pas uniquement besoin d'ingénieurs et de compagnons, mais aussi d'excellents techniciens, qui sont un maillon essentiel de notre activité ».


(© : DCNS)

Promotion sociale au sein des entreprises

Les industriels comptent également sur la licence pour accentuer la « promotion sociale » au sein de leurs personnels, en permettant à des collaborateurs, grâce à la formation continue ainsi que la validation des acquis et des compétences, de décrocher un diplôme supérieur. « Nous avons créé cette licence pour les jeunes, mais ce n'est pas la seule ressource. Nous avons chez nous des compagnons brillants et passionnés. Il faut leur donner la chance, par la formation professionnelle, d'obtenir la validation d'un Bac+2 et de pouvoir suivre cette licence. Et, par la suite, ils pourront même devenir ingénieur s'ils en ont l'envie et les capacités. Nous tenons à la promotion sociale et il nous manquait jusqu'ici un barreau à l'échelle pour pouvoir permettre cette ascension », souligne Pierre Monfort. Et le patron de l'Institut des Métiers de DCNS d'estimer que le mélange des jeunes étudiants et des collaborateurs aguerris sera, au passage, très productive : « Le mixage culturel sera intéressant, les collaborateurs apportant par exemple à leurs camarades venant de l'université la culture de la navale ».
Avec cette nouvelle licence professionnelle, le secteur naval comble donc un manque important dans son dispositif de formation. Et, pour que la boucle soit bouclée, il reste plus désormais qu'à créer un bac professionnel spécialisé...
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