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Mali : La France lance ses Rafale et Tigre dans la bataille

Dans le cadre de l’opération interarmées Serval, déclenchée vendredi, la France a décidé de renforcer ses moyens intervenant au Mali, en déployant ses avions et hélicoptères de combat les plus modernes. Quatre Rafale ont décollé hier de la base de Saint-Dizier afin de se joindre aux moyens positionnés à N’Djamena, au Tchad. Il y avait déjà là, selon les informations transmises samedi par l’Etat-major des Armées, six Mirage 2000D, deux Mirage F1 CR, trois avions ravitailleurs C135 et deux avions de transport, un C130 Hercule et un C160 Transall. S’ajoutent à ces appareils  de l’armée de l’Air des avions de patrouille maritime Atlantique 2, de la Marine nationale, utilisés pour les missions d’observation et de renseignement.

Les Rafale apportent des capacités maîtresses, notamment en termes de recueil d’informations mais aussi d’assaut, puisqu’ils mettent en œuvre les nouvelles bombes de précision de type AASM (Armement Air-Sol Modulaire), dont la dernière version à guidage terminal laser, pouvant détruire des cibles mobiles de type véhicules rapides, a été qualifiée le 12 décembre dernier.

 

 

Les Rafale de Saint-Dizier avant leur décollage pour le Mali ( © EMA)

 

Atlantique 2 ( © MARINE NATIONALE)

 

 

Renforcement des moyens aéromobiles

 

 

Dans le même temps, la composante aéromobile présente sur place va voir ses moyens d’attaque se muscler significativement. En plus des appareils du Commandement des Opérations Spéciales (COS) déjà à l’œuvre, comprenant notamment des hélicoptères de combat Gazelle et Tigre, l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) va disposer de son propre groupe aéromobile, dissocié des moyens du COS. Cette unité comprendra notamment des Tigre et des hélicoptères de manœuvre, qui seront acheminés prochainement. Dotés d’un canon de 30mm et de roquettes, les Tigre HAP (Hélicoptère d’Appui Protection) devraient, comme en Libye, travailler en tandem avec les Gazelle équipées de missiles anti-char Hot, protégeant celles-ci durant les engagements. Successeur des Gazelle Hot, le nouveau Tigre HAD (Hélicoptère d’Appui Destruction), pourvu du missile air-sol Hellfire, ne serait en revanche pas encore disponible pour participer à l’opération Serval. Le renforcement du dispositif avec des Tigre HAP va, néanmoins, déjà permettre d’apporter un précieux appui aux opérations grâce aux importantes capacités de détection et la puissance de l’armement de ces nouvelles machines. Les Tigre sont, par ailleurs, bien mieux protégés (blindage, contre-mesures) que les Gazelle, ce qui offre une capacité de résistance accrue face aux tirs adverses.  

 

 

Hélicoptère Tigre ( © EMA)

 

Hélicoptère Gazelle ( © MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Des blindés en cours d’acheminement

 

 

A terre, les troupes françaises montent également en puissance. Quelques 400 soldats étaient arrivés hier à Bamako, afin de sécuriser la capitale et de protéger les ressortissants (6000 Français sont notamment présents au Mali), alors que d’autres unités étaient déployées à Mopti, près de la ligne de front, en soutien de l’armée malienne. Les soldats français envoyés sur zone proviennent notamment du « groupement terre » de la mission Epervier, au Tchad. Il s’agit de marsouins du 21e régiment d’infanterie de marine de Fréjus (21e RIMa) et d’un peloton de légionnaires du 1er Régiment Étranger de Cavalerie d’Orange (1er REC) qui ont été projetés par Hercule et Transall depuis N’Djamena. Venant de France, une compagnie du 2e régiment d’infanterie de marine (2e RIMa), stationné à Auvours, a également rejoint Bamako durant le week-end. Ces moyens vont se renforcer dans les prochains jours, y compris en matière de véhicules. Des engins de type VAB (véhicules blindés de transport d’infanterie) et des chars légers de type ERC-90 Sagaie et AMX-10 RC vont, ainsi, arriver du Tchad et de France. L’acheminement sera en partie assuré par des avions C17 Globemaster de la Royal Air Force, mis à disposition par le Royaume-Uni. Les Etats-Unis vont également apporter un soutien « logistique » à l’armée française, qui va sans doute se traduire par la mise à disposition de drones, comme le MQ-9 Reaper, et probablement d’avions-ravitailleurs pour soutenir les raids de la chasse française.

 

 

Projection de troupes depuis N'Djamena ( © EMA)

 

Chars AMX-10 RC ( © EMA)

 

Chars ERC-90 Sagaie ( © EMA)

 

Chars ERC-90 Sagaie ( © EMA)

 

VAB ( © MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

C17 Globemaster ( © ROYAL AIR FORCE)

 

Mirage 2000 auprès d'un ravitailleur américain, ici en 2011 ( © EMA)

 

Drone MQ-9 Reaper ( © GENERAL ATOMICS)

 

 

Frappes aériennes dans le nord du pays

 

 

Comme l’a indiqué ce dimanche Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, les avions de combat ont poursuivi, durant le week-end, leurs frappes contre les positions djihadistes. Non seulement au centre du pays, mais également dans d’autres régions du nord. Des dépôts d’armes, de munitions et de carburant ont été visés, de même que des camps d’entrainement. « Il y a des raids en permanence, il y en a eu cette nuit, il y en a en ce moment et il y en aura demain », a expliqué hier matin Jean-Yves Le Drian. En fin d’après-midi, on apprenait, ainsi, que les Rafale en provenance de Saint-Dizier, armés de bombes à guidage laser GBU 12 et d’AASM, avaient bombardé différentes infrastructures dans la région de Gao, au nord du Mali. D’autres sites de cette partie du territoire, aux mains des islamistes depuis l’an dernier, ont également été visés, notamment dans la région de Kidal, près de la frontière avec l’Algérie. Cette dernière, initialement hostile à une intervention militaire, a d’ailleurs autorisé le survol de son espace aérien aux avions de combat venant de l’Hexagone.

 

 

Rafale Air ( © ARMEE DE L'AIR)

 

Mirage 2000D basés à N'Djamena ( © EMA)

 

 

L’objectif de ces frappes au nord est de briser le soutien logistique et l’organisation des groupes terroristes au cœur de leur sanctuaire, à l’arrière de la ligne de front. C’est la seconde phase de l’opération après que, vendredi, l’intervention militaire française ait permis de stopper la poussée des djihadistes. Ceux-ci, après avoir enfoncé la ligne de défense de l’armée malienne et pris la ville de Konna jeudi dernier, s’apprêtaient à déferler sur le sud du pays. Répondant à la demande de secours du gouvernement de Bamako, soutenu par les Etats voisins, la France a lancé plusieurs raids pour contrer la progression des rebelles sur deux axes, un à l’Est et l’autre à l’Ouest. Positionnés au Burkina Faso, des hélicoptères de combat Gazelle ont attaqué vendredi une colonne qui se dirigeait vers la ville de Mopti et l’aéroport voisin de Sévaré. Plusieurs véhicules ont été détruits dans cet engagement mais le pilote d’une Gazelle (appartenant au 4ème Régiment d'Hélicoptères des Forces Spéciales, dont des machines, comme celle-ci, proviennent du 4ème Régiment d’Hélicoptères de Combat de Pau), grièvement touché par un tir d’arme légère, est décédé des suites de ses blessures. L’opération, qui a également vu l’intervention des Mirage 2000D basés à N’Djamena, a néanmoins stoppé brutalement la progression des rebelles et provoqué leur repli à l’Est, les combats se poursuivant hier sur l’axe Ouest.

 

 

 

 

Préparer l’entrée en scène des troupes de la CEDEAO

 

 

Lancée dans l’urgence, compte tenu de la dégradation rapide de la situation au centre du Mali, l’opération Serval vise à empêcher les groupes islamistes de s’emparer du reste du pays. Il s’agit, en effet, de ne pas laisser s’installer, au cœur de l’Afrique de l’ouest, un Etat terroriste qui pourrait déstabiliser toute la région et lancer des attaques contre les intérêts occidentaux. « Il faut éradiquer ce terrorisme qui risque de mettre en cause à la fois la sécurité du Mali et la sécurité de notre pays et de l’Europe », a affirmé hier Jean-Yves Le Drian, qui a redit la détermination totale de la France à mener ce combat à son terme. « La France est en guerre contre le terrorisme. Il faut éradiquer totalement le terrorisme, il faut aller jusqu’au bout », a martelé le ministre.

 

 

 

 

Au-delà du coup d’arrêt porté à l’offensive des djihadistes, c’est la reprise des territoires du Sahel contrôlés par Ansar Eddine, AQMI et le MUJAO qui est maintenant en ligne de lire. En décembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a donné son feu vert à une intervention militaire au nord du pays, afin que le Mali retrouve son intégrité et sa souveraineté. A cet effet, la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) doit mettre en œuvre un contingent pouvant atteindre 3200 hommes. L’offensive des islamistes et l’intervention française ont, semble-t-il, donné un coup d’accélérateur à la constitution de cette force, qui devrait finalement commencer se mettre en place dès cette semaine. Alors qu’un sommet extraordinaire de la CEDEAO est prévu le 19 janvier à Lagos, le Nigéria s’est engagé à fournir 600 hommes, alors que le Burkina Faso, le Niger et le Sénégal ont promis d’envoyer chacun 500 soldats. Le Togo doit également participer. En attendant que ces unités soient opérationnelles, l’armée française fait donc reculer les islamistes et prépare le terrain en s’en prenant directement à leurs bastions. L’aviation, comme les hélicoptères, les unités terrestres et les forces spéciales, seront ensuite en mesure de soutenir la progression des troupes de la CEDEAO et de l’armée malienne (qui comprendrait 5000 hommes) dans la reconquête du nord.

 

 

Pick-up des djihadistes au Mali ( © DROITS RESERVES)

 

 

Une reconquête qui pourrait être longue

 

 

Il est en tous cas clair que, plus vite la force africaine sera sur pied, mieux elle pourra capitaliser sur les coups portés aux terroristes par l’armée française.  En attendant, celle-ci tape donc vite et fort, afin de profiter des premiers jours d’engagement pour réduire au maximum le potentiel militaire ennemi. Stoppés devant Mopti, les rebelles sont désormais pris à revers par les raids aériens menés dans le nord du Mali. Tant pour neutraliser les bases arrières, les réserves et le ravitaillement, que pour empêcher les djihadistes de reconstituer leurs forces. Incapables de mener une contre-attaque, les rebelles vont très probablement se disperser. D’autant qu’il ne s’agit pas d’une armée régulière utilisant des moyens lourds mais de combattants dotés d’armes légères et soutenus par des véhicules civils de type pick-up, sur lesquels sont montés des canons et autres lance-roquettes. Des moyens qui ne pèsent certes pas grand-chose face au rouleau compresseur français, mais qui ont un atout : la mobilité et la discrétion. Une fois les cibles découvertes détruites, il faudra donc, probablement, aller chercher et débusquer les groupes de combattants un à un.

 

 

Pick-up des djihadistes au Mali ( © DROITS RESERVES)

 

 

En cela, le terrain, et notamment les zones désertiques comme la savane, semble plus favorable que ne l’était par exemple l’Afghanistan. Mais cette mission pourrait tout de même être longue et complexe compte tenu de la taille importante du territoire malien. Et elle n’est pas sans risque car les djihadistes peuvent porter des coups grâce aux armes qu’ils ont pu récupérer en provenance de Libye (soit celles puisées dans les anciens dépôts libyens du colonel Kadhafi, soit celles livrées par les alliés aux insurgés), comme des missiles antichar ou antiaérien. Il conviendra aussi de voir si les islamistes optent, dans les villes, pour des actions de guérilla urbaine et, enfin, s’il est possible de contrôler les frontières, notamment avec la Mauritanie et l’Algérie, afin de couper leur ravitaillement et leurs possibilités de fuite...

 

 

Marine nationale