Défense

Reportage

Marine nationale : Un rôle réaffirmé dans la Défense française

Publié en juin dernier, le Livre Blanc sur la Défense et la sécurité nationale a mis en lumière l'importance du fait maritime. Avec plus de 70% de ses importations et exportations transitant par la mer, la France doit pouvoir protéger ses approvisionnements, qui naviguent dans des zones de plus en plus dangereuses. Le développement de la piraterie dans le nord de l'Océan indien, là où passent les porte-conteneurs et vraquiers en provenance d'Asie, mais aussi les tankers sortant du golfe Persique et ravitaillant les raffineries européennes, n'a fait que mettre en lumière la nécessité de disposer de moyens adaptés à la surveillance et au contrôle des espaces océaniques. Dans le même temps, la marine doit être en mesure de répondre à l'essor des trafics en mer, qu'il s'agisse d'armes ou de drogue, mais aussi à la pression de l'immigration clandestine. Toutes ces missions doivent être menées en parallèle du coeur de métier de la flotte : L'action purement militaire. Avec la fin de la guerre froide, le point d'équilibre géostratégique mondial s'est déplacé de l'Europe vers le Proche Orient et l'Asie. Il convient, désormais, de pouvoir intervenir loin du territoire national. Or, les conflits récents ont démontré qu'il devenait de plus en plus dur d'obtenir l'autorisation de pays riverains des théâtres d'opération pour y baser des unités, notamment aérienne. Les négociations peuvent prendre des mois, alors que certaines interventions doivent pouvoir être menées très rapidement. La pertinence du maintien d'un groupe aéronaval, en France, a donc été confirmée par le Livre Blanc. Profitant des eaux internationale, ce remarquable outil de puissance (à partir duquel l'arme nucléaire peut être déployée), peut évoluer en toute liberté et, somme toute, très rapidement. Ainsi, le Charles de Gaulle et ses navires d'escorte peuvent, depuis la métropole, être mis en oeuvre en moins de deux semaines en océan Indien.


Vue du PA2 dans la version étudiée avec les Britannique (© : DCNS)

Vers un retour de la propulsion nucléaire pour le second porte-avions ?

Malgré la confirmation du rôle du porte-avions, le programme PA2, destiné à construire une nouvelle plateforme pour appuyer le Charles de Gaulle, n'a pas été lancé, comme espéré, cet été. En juin, Nicolas Sarkozy a, en effet, reporté à 2011 ou 2012 la décision de construire, ou non, ce bateau. Ce report semble, d'ailleurs, être l'occasion de remettre à plat le projet étudié depuis 2006 et qui portait sur une coopération franco-britannique. Initié par Jacques Chirac, cette coopération visait à réaliser trois porte-avions en commun avec la Grande-Bretagne, qui souhaitait réaliser deux navires pour remplacer ses actuels porte-aéronefs. Afin de faciliter l'émergence d'une solution commune, la France avait opté pour une propulsion classique et non nucléaire, comme celle du Charles de Gaulle. Or, cet été, Londres a décidé de commander ses nouveaux porte-avions, alors que la France reportait la construction du siens. Le décalage étant de quatre années, il est fort probable qui se le PA2 voit le jour, celui-ci ne se fera pas sur la base des études réalisées avec les britanniques. Même si celles-ci ont couté à la France plus de 150 million d?euros. D'ici 2011, le ministère de la Défense et les industriels vont réexaminer le dossier, et notamment l'opportunité du retour de la propulsion nucléaire. Dans les études précédemment réalisées, cette dernière devient, en effet, plus économique que la propulsion traditionnelle à partir d'un baril de pétrole affichant un prix de 200 dollars. Or, cette année, le brut est monté à plus de 150 dollars, niveau encore inimaginable en 2006. La mise en service du futur porte-avions, si le programme est lancé en 2011, n'interviendrait pas avant 2018 ou 2020, ce qui signifie qu'il sera en activité après 2050. Or, d'ici là, tous les experts s'accordent à dire que le prix du baril ne fera qu'augmenter. L'option du nucléaire va donc être de nouveau étudiée et, si elle est retenue, le design franco-britannique (CVF) sera caduc. Certains industriels et marins imaginent donc, déjà, une version « mise à jour » du Charles de Gaulle. Un agrandissement éventuel de la plateforme, permettant d'embarquer plus d'avions, d'équipements et de pièces détachées (les locaux sont un peu justes sur le CDG), dépendra de la capacité à augmenter la puissance des deux chaufferies nucléaires assurant la propulsion de la plateforme. Une version améliorée du Charles de Gaulle permettrait en outre de disposer de deux bâtiments voisins, ce qui faciliterait le transfert d'équipage entre l'un et l'autre. A l'heure où les effectifs de la marine baissent (5000 suppressions de postes dans les prochaines années), ce facteur n'était pas sans poser problème dans le cadre du projet CVF, l'acquisition d'un bateau très différent du Charles de Gaulle posant des problèmes au niveau de l'équipage. Pour l'heure, rien n'est évidemment décidé. Toutes les options seront passées en revue et les différentes options présentées en 2011 au président de la République.


Le CDG termine son IPER à Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)

D'ici là, la France ne pourra compter que sur son unique porte-avions, qui s'apprête à achever son premier arrêt technique majeur. Par chance, aucune crise importante n'a éclaté ces 15 derniers mois, faute de quoi le pays n'aurait pas pu compter sur cet outil très précieux. Reste qu'aux yeux des marins, disposer de deux plateformes est une nécessité pour être certain d'en avoir au moins une opérationnelle en permanence et assurer de manière plus souple les entrainements. « Un seul porte-avions, c'est prendre des risques s'il n'est pas disponible quand on en a besoin », affirme un amiral, pour lequel une marine à un seul porte-avions, « c'est comme un marathonien unijambiste »


Le SNLE Le Terrible (© : DCNS)

La composante sous-marine sauvegardée

De même, le président de la République, au printemps dernier, a réaffirmé la pertinence du maintien de la dissuasion nucléaire, assurée pour l'essentiel par la Marine nationale. Un quatrième sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) de nouvelle génération, Le Terrible, sera mis en service en 2010. Ce bâtiment sera le premier à être doté des missiles balistiques M51, d'une portée de 9000 kilomètres. Les trois SNLE précédents seront, au cours de la prochaine décennie, refondus pour mettre en oeuvre le M51. Pour posséder une dissuasion efficace, une marine doit également disposer de sous-marins nucléaires d'attaque, chasseurs notamment destinés à protéger les SNLE et le porte-avions des attaques d'autres sous-marins. Les équipages des bâtiments stratégiques font, de plus, « leurs armes » sur SNA avant d'embarquer sur SNLE. Après de longues discussions, le nombre de six SNA a été jugé comme incompressible pour assurer la protection des SNLE et du groupe aéronaval, l'entrainement des équipages et les autres missions qu'ils doivent remplir.


SNA du type Barracuda (© : DCNS)

Profitant de la discrétion des fonds marins et de l'autonomie que leur offre la propulsion nucléaire, les SNA peuvent en effet assurer des missions d'attaque de forces adverses ou, par leur simple présence (parfois simplement supposée), interrompre le trafic maritime en bloquant par exemple un détroit ou un port. Ces dernières années, les SNA ont par ailleurs été très utiles dans les missions de renseignement et de surveillance. La prochaine génération, à l'instar de ses homologues américaine et britannique, sera de plus dotée du Scalp Naval, un missile de croisière permettant de frapper des objectifs terrestre avec une grande précision et une portée de 1000 kilomètres.
Afin de remplacer les six SNA actuels de la classe Rubis, mis en service entre 1983 et 1993, DCNS construira six bâtiments du type Barracuda, unités plus grosses, plus discrètes et mettant en oeuvre les équipements les plus modernes. Réalisé à Cherbourg, la tête de série, le Suffren, sera livré en 2017. Le second sera opérationnel deux ans et demi plus tard, puis les quatre derniers se suivront au rythme d'un tous les deux ans. Malgré les difficultés économiques du moment et le coût de ces sous-marins (près de 8 milliards d'euros), l'étalement des Barracuda ne sera que de six mois sur l'ensemble du programme, qui s'étale sur une vingtaine d'années.


11 FREMM seront construites (© : DCNS)

Flotte de surface : Les unités de premier rang totalement renouvelées

Composante indispensable de la dissuasion nucléaire, car une partie de ses missions consiste à assurer la sécurité des SNLE lors de leurs départs et retour de mission, la flotte des frégates sera intégralement renouvelée. Les 9 frégates anti-sous-marines actuelles (type F70 ASM et F 67) seront remplacées, nombre pour nombre, par les nouvelles frégates multi-missions (FREMM). La première unité, l'Aquitaine, sera livrée par DCNS en 2012. Les autres suivront au rythme d'un bâtiment tous les 10 à 12 mois, contre un tous les 7 mois comme initialement envisagé. Ce programme va donc prendre, dans sa globalité, plusieurs années de retard (le dernier bateau sera livré plus de cinq ans après les prévisions initiales), ce qui nécessitera sans doute de maintenir en activité des bateaux devenus hors d'âge. Toutes équipées pour la lutte ASM, avec nouveau sonar remorqué actif à très basse fréquence et torpilles MU 90, les FREMM seront des bâtiments très polyvalents. Ils mettront en oeuvre, pour la première fois en France, le Scalp Naval, tiré depuis des lanceurs verticaux (16 missiles par frégates). Très dissuasive, cette nouvelle arme, qui donnera à la flotte de surface une véritable capacité d'action vers la terre, sera disponible à partir de 2013. Outre la protection de la Force Océanique Stratégique (FOST), les FREMM veilleront sur le groupe aéronaval ou les groupes amphibies, assureront la sauvegarde des approches maritimes et des noeuds de communication stratégiques, tout en remplissant de nombreuses autres missions : Contre -terrorisme, lutte contre la piraterie, surveillance maritime, lutte contre l'immigration clandestine, police des pêches, lutte contre la pollution ou constitueront, tout simplement, une démonstration de la présence française et de sa capacité à se déployer loin et longtemps outre-mer.


La frégate Forbin (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Les bâtiments de défense aérienne sont, eux aussi, en pleine phase de renouvellement. Le Forbin, première unité du programme franco-italien Horizon, sera prochainement livré à la Marine nationale, alors que son sistership, le Chevalier Paul, devrait être opérationnel en 2009. Successeurs des frégates lance-missiles Suffren et Duquesne, ces navires sont considérés comme les plus puissantes frégates d'Europe. Capables d'assurer une véritable bulle de protection contre n'importe quelle attaque aérienne, les Horizon mettent en oeuvre le Principal Anti Air Missile System (PAAMS), articulé autour des missiles Aster 30 et Aster 15. Le développement de ces bâtiments extrêmement complexes a, toutefois, coûté très cher, malgré la coopération menée avec les Italiens sur la construction et avec les Britanniques pour le PAAMS. Pour la seule partie française, la facture s'élève à 2.7 milliards d'euros. Faute de crédits, la construction de deux unités supplémentaires a donc été abandonnée. Une solution plus économe, destinée à assurer la suite des Cassard et Jean Bart (qui seront retirées du service entre 2015 et 2020), verra la construction de deux FREMM à vocation antiaérienne.


L'aviso Commandant Blaison (© : MARINE NATIONALE)

La question du remplacement des avisos toujours en suspend

Initialement, le programme FREMM devait également servir à remplacer les 9 avisos du type A69 encore en service. Il était donc prévu de réaliser 9 FREMM supplémentaires dans une version Action Vers la Terre (AVT), où le sonar remorqué aurait fait place à un petit radier accueillant une embarcation commando. Des études avaient également porté sur la possibilité d'installer une tourelle de 127 mm, voir de 155 mm pour le tir contre buts terrestres, ou encore l'embarquement d'un lance-roquettes multiple. La décision de limiter le programme FREMM au seul remplacement des frégates anti-sous-marines et antiaériennes a sonné le glas des 9 FREMM AVT. La question de la succession des avisos se pose donc toujours, ces navires devant être désarmés à partir des années 2010 (construits entre 1980 et 1984). Le problème est d'autant plus crucial que ces petites frégates rendent les plus grands services et son extrêmement sollicitées. On les trouve aussi bien au large de Brest en protection de la FOST qu'en océan Indien à mener des opérations de lutte contre le terrorisme et la piraterie. Pour renouveler cette flotte jugée indispensable, des réflexions sont en cours, d'autant que le remplacement des avisos pourrait être couplé à celui des patrouilleurs déployés outre-mer. La marine souhaite, dans ce cadre, un bâtiment polyvalent, endurant, simple de construction et de mise en oeuvre, facile à entretenir et d'un coût abordable. Ils devraient, en outre, pouvoir embarquer un hélicoptère ou des drones, capacité qui manque cruellement aux avisos. Une solution du type Offshore Patrol Vessel (OPV) semble bien correspondre à cette demande. Avec sa nouvelle gamme de corvettes, les Gowind, DCNS souhaite se positionner sur ce marché mais d'autres compétiteurs sont en lice en vue de remporter ce marché, qui ne fera pas l'objet d'un appel d'offres avant plusieurs années.


Le BPC Mistral (© : MARINE NATIONALE)

Une belle composante pour les opérations amphibies

La Marine nationale a également bénéficié, ces deux dernières années, de l'entrée en flotte des Bâtiments de Projection et de Commandement Mistral et Tonnerre. Construits aux normes civiles par DCNS et les chantiers de Saint-Nazaire, ces deux unités se sont, immédiatement, révélées très précieuses. Ainsi, alors qu'il n'était même pas encore admis au service actif, le Mistral a évacué des milliers de ressortissants au Liban, à l'été 2006. Cette année, le BPC, qui effectuait une longue mission en Asie, a également chargé une importante cargaison de fret humanitaire à destination des populations birmanes sinistrées par le cyclone Nargis. Déployé au large de l'Afrique de l'Ouest, dans le cadre de la mission Corymbe, le Tonnerre a, quant à lui, intercepté plusieurs cargaisons de drogue. Extrêmement polyvalents, les BPC présentent des capacités impressionnantes. Ils peuvent, ainsi, embarquer 16 hélicoptères lourds, 4 chalands de débarquement, 450 hommes de troupe et 70 véhicules, dont des chars de bataille. Pour des opérations humanitaires, leurs capacités d'accueil peuvent même atteindre, sur une courte période, quelques 4000 passagers ! Conçus pour servir de navire amiral à une opération interarmées et interalliée, ils disposent en outre d'un vaste centre de commandement reconfigurable de 800 mètres carrés, pouvant accueillir un état-major de 150 personnes. Leurs installations hospitalières sont particulièrement développées, avec 2 blocs opératoires et 69 lits (pouvant être porté à 119 en récupérant une partie du hangar adjacent).


CTM débarqué depuis le BPC Tonnerre (© : MARINE NATIONALE)

Avec les deux transports de chalands de débarquement du type Foudre, mis en service en 1990 et 1998, la marine française dispose donc d'une très belle capacité pour les opérations amphibies et les missions humanitaires. En revanche, le dispositif compte encore un maillon faible, celui des vieux chalands de débarquement. Cette batellerie ancienne, dont la conception remonte à la seconde guerre mondiale, est difficile à mettre en oeuvre et oblige souvent les BPC et TCD à se rapprocher de la côte pour les mettre à l'eau, ce qui n'est pas sans augmenter les risques. Dans les deux ou trois prochaines années, un appel d'offres devrait être lancé pour remplacer les chalands de transport de matériel (CTM) et les chalands de débarquement d'infanterie et de chars (CDIC). Plusieurs engins sont proposés, dont le très innovant L-CAT (catamaran rapide en aluminium doté d'une plateforme élévatrice), conçu par CNIM. Un prototype est arrivé ce mois-ci à Toulon pour être testé. Les essais devront confirmer les capacités très prometteuses de cet engin, de même que sa capacité à encaisser les coups, les chalands étant généralement des bateaux assez malmenés.


Le Batral La Grandière (© : MARINE NATIONALE)

Dans le même temps, il faudra aussi songer au remplacement des quatre bâtiments de transport légers (Batral), dont le désarmement devrait débuter l'an prochain. Très utiles dans les Antilles, l'océan Indien et dans le Pacifique, ces navires assurent non seulement le transport d'unités de l'armée de Terre, des missions de présence et de surveillance, mais servent aussi, régulièrement, de support aux opérations humanitaires lancées par la France pour venir en aide, notamment, aux populations sinistrées par des catastrophes naturelles. Le remplacement des Batral est envisagé dans le cadre du projet BIS (Bâtiment d'Intervention et de Souveraineté).


La Marne et le Var (© : MARINE NATIONALE)

La flotte logistique en attente

Autre préoccupation de l'état-major de la marine : La flotte logistique. Maillon indispensable de la marine, bâtiments ateliers et pétroliers ravitailleurs sont les seuls à permettre à une force de combat de durer à la mer. Vivres, combustible, carburant aviation, munitions, réparations... Les bateaux logistiques sont à la fois les supermarchés, les stations service et les garages itinérants de la marine. Les deux derniers bâtiments ateliers, la Loire et le Jules Verne, vont être prochainement désarmés. Quant aux quatre derniers pétroliers, ils commencent à prendre de l'âge, d'autant que leur nombre limité fait qu'ils sont très sollicités. Aucun programme de renouvellement n'a pour l'heure été lancé mais le remplacement devra impérativement intervenir dans les années 2010, faute de quoi la capacité de la marine à se déployer durablement et de manière autonome sera tout simplement menacée. Les réflexions en cours portent sur des navires polyvalents, à la fois ravitailleurs et bateaux ateliers. Construits aux normes civiles, ils pourraient embarquer des conteneurs. Dans cette perspective, la France pourrait se rapprocher de la Grande-Bretagne, qui souhaite acquérir des unités de ce type dans le cadre du programme MARS.


Rafale Marine (© : MARINE NATIONALE)

L'aéronautique navale en pleine mutation

A l'image de la flotte, l'aéronautique navale est, elle aussi, en pleine période de modernisation. La livraison des avions de combat Rafale se poursuit. Dassault Aviation a déjà produit 26 appareils navalisés et 34 autres sont prévus. En 2001, la flottille 12 F avait reçu, en urgence, 10 premiers Rafale, le porte-avions ne disposant plus d'intercepteurs depuis le retrait du service des Crusader, en 1999. Mais ces appareils, au standard F1, ne pouvaient assurer que des missions de défense aérienne. En 2006, l'aéronautique navale a touché ses premiers Rafale au standard F2, capables de mener des missions d'assaut (mise en oeuvre de bombes à guidage laser et du missile de croisière Scalp EG) et dotés d'une liaison de donnée (L16). Alors que les F1 ont été placés sous cocon en attendant d'être mis à niveau (sauf le premier qui sert aux expérimentations des nouveaux équipements), le retrofit des F2 a débuté pour porter ces avions au standard F3. Dans cette configuration, le Rafale pourra mettre en oeuvre tous les armements et équipements disponibles : missile nucléaire ASMP-A, missile antinavire Exocet AM39, Scalp EG, armement air sol modulaire (AASM), bombes à guidage laser, missiles air-air Mica ER et IM, pod de reconnaissance...
Les Rafale F2 et F3 remplacent progressivement les Super Etendard, dont une partie du parc a été modernisée (standard 5) afin de pouvoir voler jusqu'en 2014.


E-2 C Hawkeye (© : MARINE NATIONALE)

La fonction de guet aérien du porte-avions est assurée par l'avion américain E-2 C Hawkeye. Très précieux, cet appareil est également très onéreux. C'est pourquoi la marine n'a pu en commander que trois exemplaires. En 2007, il avait été envisagé d'acheter un quatrième Hawkeye, d'occasion, aux Etats-Unis. Bien qu'il s'agissait, semble-t-il, d'une très bonne affaire, le ministère de la Défense n'a pas donné son feu vert à cette acquisition. La marine doit donc se contenter de trois avions pour assurer les missions et l'entrainement, tout en composant avec les périodes de maintenance. Autant dire que l'accident n'est pas permis. De même, l'acquisition d'avions de transport Greyhound, conçu sur la même cellule que le Hawkeye, n'a pas vu le jour. Là encore, on peut considérer cela comme dommage. Un ou deux Greyhound auraient, en effet, pu servir à l'entrainement des équipages de Hawkeye et assurer à faible coût des missions de liaison entre le porte-avions et la terre.


Avions Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

En matière de patrouille maritime, les Atlantique 2, livrés entre 1989 et 1997 à 28 exemplaires, poursuivent leur carrière. Une quinzaine est actuellement en ligne sur les bases de Lann-Bihoué (Lorient) et Nîmes-Garons. Cette dernière va néanmoins être fermée en 2011, les flottilles 21F et 28F étant regroupées dans le Morbihan. Régulièrement déployé en Afrique et en océan Indien, l'ATL2 est l'avion « à tout faire » de la marine. Disposant d'une autonomie très importante, il peut aussi bien mener des opérations de surveillance, de désignation d'objectif, de lutte anti-sous-marine ou antinavire, et même depuis cette année servir de bombardier. En juillet dernier, l'avion a, en effet, été certifié pour pouvoir embarquer des bombes de 250 kilos GBU-12. Vingt ans après sa mise en ligne, une modernisation de l'ATL2 est à l'étude.


Hélicoptère NH 90 (© : MARINE NATIONALE)

Côté hélicoptères, la situation des Super Frelon devient critique. Avec seulement 7 appareils encore en état de voler (sur le papier), l'aéronautique navale est au bord de la rupture capacitaire. En cause : l'accumulation des retards sur le programme NH 90. Le premier exemplaire du nouvel appareil, dans sa version transport, ne sera pas livré avant fin 2009 et la première flottille opérationnelle ne devrait l'être qu'en 2011. Le NH 90 remplacera le Super Frelon pour les missions d'assaut héliporté, le transport et le sauvetage en mer. En version soutien, 13 NH 90 ont été commandés. Une version de combat (NHC) sera, par ailleurs, livrée à 14 exemplaires. Ces hélicoptères se substitueront, d'ici 2019, aux Lynx actuellement déployés sur les frégates anti-sous-marines.


Super Frelon (© : MARINE NATIONALE)


Lynx (© : MARINE NATIONALE)


Panther (© : MARINE NATIONALE)


Alouette III (© : MARINE NATIONALE)

Les vénérables Alouette III sont encore en service à raison de 20 unités en ligne. Malgré leur allure antique, qu'un Américain confondra aisément, de loin, avec un drone (ce qui s'est passé en océan Indien) les Alouette III rendent encore de grands services et restent des hélicoptères certes rustiques mais fiables, peu couteux et bien pratique. De là à transformer l'aéronautique en musée volant, il ne faut tout de même pas exagérer. Après la livraison de 9 Dauphin (certains étant déployés le long des côtes pour le sauvetage en mer) puis de 15 Panther, qui équipent notamment les frégates légères furtives, les frégates de surveillance, les frégates antiaériennes et les pétroliers ravitailleurs, 8 autres Panther doivent être commandés par la marine.


(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Personnels : 6000 postes supprimés d'ici 2015

La flotte française aligne aujourd'hui quelques 80 bâtiments armés, du porte-avions à la vedette de gendarmerie, en passant par les sous-marins nucléaires et les frégates. S'y ajoutent 15 bâtiments de soutien et une composante aérienne forte de plus de 100 aéronefs en ligne. A ce jour, les effectifs de la Marine nationale sont donnés à 53.800 personnels, dont 2650 marins pompiers et environ un millier de gendarmes maritimes. Dans le cadre de la restructuration du ministère de la Défense, 6000 postes seront supprimés, d'ici 2015, dans les effectifs « purement » marine, qui sont actuellement de 50.000 personnes. Cette décrue portera l'« équipage » de la flotte à 44.000 personnels, dont 7000 civils. Entre 2009 et 20011, l'institution devrait donc enregistrer quelques 900 départs par an, chiffre qui sera ajusté sur les années suivantes pour atteindre la barre des 44.000 en 2015. Mais, dans le même temps, les recrutements vont se poursuivre, de l'ordre de 3000 par an.

A l'état-major, cette réduction de voilure n'est pas vue d'un mauvais oeil, à condition qu'elle s'accompagne d'une nécessaire modernisation administrative, telle que souhaitée par le président Sarkozy. Le Chef d'Etat major de la marine voit d'ailleurs, dans le Livre Blanc et la réforme de l'Etat, une « une chance historique ». L'amiral Pierre-François Forissier attend surtout une simplification du carcan administratif qui étouffe aujourd'hui l'institution. « C'est l'orientation que nous attendions. Nous étions prisonniers de notre histoire. On est engoncés dans tout un tas de strates administratives et comme nous sommes de bons élèves, nous appliquons les lois et les règlements qui sont empilés sans être mis à jour. Je me félicite que le président mène la modernisation de l'Etat, car nous devons absolument trouver des marges de manoeuvre. On ne peut plus être obligé d'avoir 15 autorisations, 30 signatures et attendre trois mois pour avoir quelque chose ».
Côté effectifs, l'amiral Forissier ne se montre pas inquiet quant aux milliers de suppressions de postes prévues. « Aujourd'hui, dans la marine, personne n'est employé à rien faire. Mais j'ai beaucoup trop de marins à terre, obligés de faire des taches que l'administration leur impose depuis Colbert. Si on veut faire du neuf avec du vieux on n'y arrivera pas. Nous avons atteint les limites de l'ancien système et maintenant il faut en trouver un autre. Jusqu'ici, on a toujours supprimé des bateaux. Or, la marine, c'est avant tout des bateaux et si on veut se les payer, il faut faire des économies ailleurs ». Le CEMM en appelle donc à ses troupes et, en premier lieu, à la base. Equipages et personnels à terre, quelque soit le grade, sont invités à prendre en main la réforme et à faire savoir ce qui ne va pas. « J'attends que les gens qui savent nous fassent remonter l'information pour que nous puissions identifier précisément les marges de progrès. Il faut que ça vienne de la base, de ce que souhaitent les marins. Les gens de la base doivent nous dire : Il y a telle ou telle contrainte stupide. J'attends de nos marins qu'ils soient force de proposition. Tout le monde doit se sentir concerné et les gens ne doivent pas attendre ce que vont décider les chefs à Paris ».

Marine nationale