Défense

Reportage

Norvège : Les patrouilleurs du type Skjold

Après la livraison du Storm, le 9 septembre 2010, et celle du Skudd, le 28 octobre suivant, les quatre derniers patrouilleurs lance-missiles à effet de surface du type Skjold entreront en service cette année. Ce programme ambitieux implique notamment DCNS, sélectionné en 2003 par la marine norvégienne pour équiper les six bâtiments, spécialement conçus pour les opérations en eaux littorales. L'organisation industrielle du contrat, notifié par la Norwegian Defense Logistics Organization (NDLO) fut assez originale, regroupant au sein d'un consortium trois industriels non solidaires: Le chantier Umoe Mandal, le groupe Kongsberg Defence & Aerospace et DCNS, qui a mobilisé jusqu'à 80 personnes sur ce programme en France et en Norvège. En partenariat avec KDA, le groupe français a été chargé de la conception, du développement et de l'intégration du système de combat et du Combat Management System (CMS) des Skjold. Son offre a notamment été retenue en raison du succès de sa participation dans un précédent programme, dans un contexte de concurrence internationale assez sévère, portant sur la mise à niveau des 14 patrouilleurs du type Hauk, entre 1997 et 2004. « Le programme Skjold fut une suite logique de la modernisation des Hauk, qui s'était bien passée. Les Norvégiens nous ont donc fait confiance pour poursuivre la collaboration sur leurs nouveaux bâtiments », explique Christophe Pichon, directeur du programme Skjold chez DCNS.


Patrouilleur du type Skjold (© : DCNS)

Des navires très innovants

Avec les nouveaux patrouilleurs norvégiens, les industriels se sont retrouvés face à un ambitieux challenge technologique. La plateforme, en elle-même, est très innovante, avec un catamaran aux formes furtives réalisé entièrement en matériaux composites, y compris au niveau des lignes d'arbres. Dits à « effets de surface », les SKJOLD disposent à l'avant et à l'arrière d'une jupe permettant de soulever la coque via un coussin d'air. Cette configuration permet aux patrouilleurs, qui affichent un tirant d'eau de 2.2 mètres à quai, de ne s'enfoncer que de 90 centimètres en opération. Grâce à quatre turbines Pratt & Whitney et deux hydrojets Kamewa (Rolls-Royce), avec une puissance propulsive de 12.000 kW, la plateforme de 270 tonnes peut, alors, atteindre des vitesses très élevées, dépassant les 60 noeuds.


Patrouilleur du type Skjold (© : DCNS)

En matière d'équipements, les Skjold ont également constitué un important défi. Car, sur un bateau de petite taille, long de seulement 54 mètres pour largeur de 14 mètres, il a fallu installer huit missiles antinavire NSM, une tourelle de 76mm et deux mitrailleuses de 12.7mm. Les navires sont, en plus, dotés d'un radar de veille tridimensionnel MRR-3D, une conduite de tir CEROS 200-NG, un système de désignation visuelle QPD, un système de veille optronique VIGY-20, un lance-leurres MASS et un ensemble de guerre électronique. En outre, les nouveaux patrouilleurs norvégiens disposent d'importants moyens de communications, avec des liaisons de données L11 et L16, leur permettant de s'intégrer dans une opération interarmées et interalliés. En somme, ces petits patrouilleurs sont équipés comme des frégates.


Patrouilleur du type Skjold (© : DCNS)

Un système de combat de premier plan

Pour gérer une telle concentration d'équipements, le tout dans un environnement très particulier lié à la furtivité et la vitesse des patrouilleurs, DCNS a mis à profit son expérience et son savoir-faire en matière de systèmes de combat. Autorité de conception et d'intégration du SDC et du CMS, le groupe français a, ainsi, proposé une version évoluée du SENIT 2000, qui avait été installé sur les Hauk. Ce système reprend certains modules du SENIT 8 et du SENIT 9, cerveaux du porte-avions Charles de Gaulle et des Bâtiments de Projection et de Commandement (BPC) du type Mistral. Mais, par rapport à ses aînés, il intègre les évolutions technologiques. « Le SENIT 2000 des Hauk a, notamment, été utilisé avec succès part la marine norvégienne lors de déploiements avec l'OTAN et au Liban. Nous sommes donc partis de cette base éprouvée à la mer, très saine et qui donne entière satisfaction, à laquelle nous avons intégré de nouvelles fonctionnalités et codages pour s'adapter aux technologies hardware du civil », explique Christophe Pichon.


Patrouilleur du type Skjold (© : DCNS)

A même de gérer l'ensemble des senseurs, communications et systèmes d'armes, le SENIT 2000 des Skjold se distingue, également, par une amélioration de la redondance. Les six consoles multifonctions installées au central opérationnel peuvent non seulement prendre en charge toutes les fonctionnalités, mais permettent aussi un transfert d'actions d'une console à l'autre en temps réel. De cette manière, si un poste est en avarie ou mis hors de combat, la fonction est automatiquement transférée sur la console d'un autre opérateur, qui prend ainsi le relais sans interruption de l'action. « Les fonctions des opérateurs ne sont pas attachées aux consoles, qui fonctionnent de manière dynamique. Pendant l'opération, il est possible de changer de rôle d'une console à l'autre, par exemple en transférant la maîtrise des armes ou des liaisons de données. C'est un élément de robustesse supplémentaire et un système très apprécié, puisqu'il permet de mieux gérer la charge des opérateurs et les ressources au moment des opérations ».


Patrouilleur du type Skjold (© : DCNS)

Plateforme d'intégration au Mourillon

Afin de mener ce programme dans les meilleures conditions, DCNS, avant l'embarquement des systèmes sur les patrouilleurs, a installé une plateforme d'intégration sur son site du Mourillon, près de Toulon. Consoles, équipements de passerelle, câblages... Les équipes ont recréé à terre, dès 2004, une copie conforme de ce qui serait réalisé sur les patrouilleurs norvégiens. Menée avec succès sur d'autres programmes, cette organisation permet de dé-corréler de la construction des navires la phase d'intégration et de mise au point du système de combat et les interfaces avec les équipements. Ainsi, même en cas d'aléas sur le chantier et de retard dans la réalisation de la plateforme, les travaux peuvent se poursuivre sur le système de combat, évitant ainsi un effet « boule de neige ». La plateforme d'intégration à terre permet, également, de gérer en amont les éventuels problèmes de développement et vérifier l'adéquation du système avec le besoin opérationnel. « Le client vient très en amont pour valider les fonctionnalités au travers d'essais. On évite ainsi d'attendre les essais en mer pour réaliser d'éventuelles modifications », note Christophe Pichon. Les installations du Mourillon sont si réalistes qu'elles offrent même la possibilité de recetter tout ou partie du système. « Indépendamment de la construction des bâtiments, nous avons pu, de cette manière, passer d'importants jalons avec le client, comme l'acceptation intégrale des premières versions du CMS et l'acceptation partielle du système de combat ». Chez DCNS, qui a mobilisé jusqu'à 80 personnes sur le programme en France et en Norvège, on explique que Skjold fut, aussi, une expérience humaine très riche. « Nous avons fait énormément d'efforts pour intégrer les différences culturelles et le client a apprécié la qualité technique comme la réactivité de DCNS. Il savait qu'en cas de problème à résoudre, il avait à sa disposition toute l'expertise du groupe Ce programme est un bel exemple de réussite collective, et il faut saluer la très forte mobilisation et l'implication des équipes ».


Patrouilleur du type Skjold (© : DCNS)

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