Piraterie : Les armateurs français passent aux gardes armés

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Comme bon nombre de leurs homologues étrangers, certains armateurs français, à l'image de CMA CGM, ont désormais recours à des sociétés privées pour assurer la sécurité de leurs navires dans les zones infestées par la piraterie. Depuis trois semaines, CMA CGM emploie des gardes armés sur une demi-douzaine de ses porte-conteneurs (qui ne sont pas armés sous pavillon français). Il ne s'agit pas de ses plus grandes unités, difficilement abordables en raison de leur taille et de leur vitesse, mais de navires plus modestes à faible franc bord et peu rapides exploités sur les lignes desservant par exemple la Tanzanie, le Kenya et le Mozambique. Cette zone est loin du golfe d'Aden, où la concentration des forces navales, notamment celles déployées dans le cadre de l'opération Atalante, sont parvenues à sécuriser le trafic maritime. « Nous avons rencontré un sérieux problème pour les lignes effectuant le ravitaillement de ces pays, au large desquels sévissent les pirates. Nous avons demandé la mise en place de corridors protégés mais cela n'est pas possible. Dans le même temps, les pirates se montrent de plus en plus agressifs. Nous avons pris toutes les mesures passives possibles mais, là, il n'y a plus d'autre solution », explique-t-on chez CMA CGM. Depuis le 1er janvier, la compagnie a déploré 11 attaques, qui ont laissé des traces sur certains de ses navires, sans toutefois provoquer de gros dégâts ni faire de blessé. Mais, face à des actions de plus en plus violentes, l'armateur a décidé de faire prévaloir la sécurité de ses équipages. « Nous donnons la priorité à la vie de nos hommes. C'est pourquoi nous avons maintenant, sur certains de nos navires en océan Indien, des hommes armés. Nous avons des accords avec les Etats de pavillon et des contrats avec des bases juridiques. Ainsi, les tirs ne sont autorisés qu'en cas de légitime défense », souligne-t-on chez CMA CGM.

Armateurs de France demande aux Etats de se mobiliser

Chez Armateurs de France, où l'on était, ces dernières années, très hostile au recours à des sociétés de protection privées, cette décision est justifiée par la gravité de la situation. « Nous maintenons que la sécurité du commerce maritime est une mission régalienne des Etats. Mais la sécurité des équipages est une priorité. Pour les navires sous pavillon français ou européen qui répondent aux critères de vulnérabilité, nous pouvons avoir à bord des équipes de protection embarquées. Mais ce n'est pas valable pour les autres pavillons. Face à la menace, les armateurs sont obligés de trouver des solutions immédiates », explique-t-on chez Armateurs de France. Cela n'empêche pas l'organisation de saluer l'engagement des autorités européennes et plus particulièrement françaises. « La France est le pays le plus investi dans la sécurité. C'est le seul à mettre à disposition des EPE et c'est sous son impulsion que des résolutions ont été votées aux Nations Unies et que l'opération Atalante a vu le jour ». Toutefois, malgré le déploiement de moyens militaires considérables au large de la Somalie, les attaques de pirates n'ont pas cessé. Pire, elles se multiplient et les pirates évoluent, intervenant aujourd'hui sur tout l'océan Indien, grâce à des bateaux-mères dont la neutralisation est très difficile en raison de la présence à bord d'otages. On voit désormais des attaques au large des côtes indiennes et même, il y a peu, à l'entrée d'un port. « Il y a une grosse pression avec la piraterie, qui est en train de bouleverser le commerce mondial. Ce qui est inquiétant, c'est que cette activité a pris une dimension industrielle et nous craignons qu'elle fasse école dans d'autres régions du monde », souligne AdF, qui a récemment écrit au président de la République. « Nous souhaitons que Nicolas Sarkozy profite de la présidence du G20 pour sensibiliser les Etats à la nécessité de sécuriser le commerce maritime. Il faut remobiliser la communauté internationale pour avoir des moyens en mer, mais aussi à terre, qu'il s'agisse d'actions économiques, humanitaires ou militaires. Les Etats doivent absolument prendre les décisions nécessaires pour éradiquer la piraterie ».