Défense

Reportage

Programme Hermès : La stratégie de DCNS

DCNS a lancé, début mai à Lorient, la construction du premier bâtiment de la famille Gowind. Cette gamme de patrouilleurs hauturiers (OPV) et corvettes a été imaginée par l'industriel français pour répondre aux besoins en matière de navires de faible tonnage. La famille Gowind doit pouvoir répondre à des missions très diverses, allant de la surveillance maritime au combat naval, en passant par la lutte contre le narcotrafic, la piraterie ou encore la police des pêches. D'un déplacement de 1000 à 2500 tonnes, ces bateaux peuvent être plus ou moins armés et équipés. Les configurations les plus simples, destinées à la surveillance maritime, n'embarquent qu'un équipement léger, alors que les variantes les plus complexes sont conçues pour pouvoir mener des actions guerrières. Elles peuvent, ainsi, embarquer une tourelle de 76mm, des missiles antinavire et un système surface-air, ainsi qu'une dotation électronique et un système de combat évolués.


Le haut de gamme de la famille Gowind (© : DCNS)

Lancée en 2006 puis revue et corrigée deux ans plus tard, la gamme Gowind a été développée à partir du retour d'expérience des utilisateurs sur l'évolution des menaces. Ainsi, un important travail a été mené avec la Marine nationale et les forces spéciales pour déterminer les besoins et permettre à DCNS de les intégrer dès la phase de conception. C'est de cette manière qu'a vu le jour la passerelle panoramique, qui donne une visibilité à 360 degrés et permet aux personnels de quart de se déplacer tout autour, à l'intérieur comme à l'extérieur. Il en est de même pour le système de mise à l'eau d'embarcations rapides, manoeuvre qui s'effectue en moins de 5 minutes. Dans le même temps, l'industriel a tenu compte des contraintes budgétaires de ses clients, de plus en plus importantes. Les navires peuvent être réalisés dans des chantiers bas coûts des pays intéressés. De même les navires ne nécessitent pas de maintenance complexe.


OPV de la famille Gowind (© : DCNS)


Système de mise à l'eau des embarcations (© : DCNS)

Malgré les avantages du concept et le vif intérêt qu'il a suscité, notamment à l'international, aucun contrat n'a, toutefois été encore signé. Pour inciter les clients à faire le pas, DCNS a donc décidé, pour la première fois, de construire un premier bâtiment sur fonds propres : Hermès. Ce premier de série, d'un coût de quelques dizaines de millions d'euros, correspondra à l'entrée de gamme de la famille Gowind. Long de 87 mètres pour un déplacement de 1100 tonnes, il sera doté de deux moteurs diesels, de deux lignes d'arbres et pourra atteindre la vitesse de 21 noeuds. Son autonomie sera de 8000 milles à vitesse économique, soit environ trois semaines d'opérations. L'équipage réduit sera limité à 30 marins, le bateau pouvant accueillir, en plus, une trentaine de passagers (par exemple des personnels des forces spéciales). Hermès sera doté d'une plateforme pour un hélicoptère de classe 10 tonnes. Un abri intégré pour hélicoptère de classe 5 tonnes permettra de réaliser des opérations de maintenance légère et d'abriter l'hélicoptère, mais aussi un drone à voilure tournante. DCNS compte, d'ailleurs, utiliser ce navire pour poursuivre ses recherches dans le domaine des engins sans pilote. Le groupe travaille sur ce sujet dans le cadre d'un plan d'études amont (PEA) initié par la Direction Générale de l'Armement (DGA). Ce PEA porte, notamment, sur les capacités à faire apponter un drone et sur l'utilisation de ce type d'engin comme capteur déporté d'un système de combat. En plus des drones aériens, on notera que le système de mise à l'eau des embarcations rapides peut, aussi, servir à la mise en oeuvre de drones de surface.


Vue de la passerelle (© : DCNS)

Un club d'investisseurs pour les équipements

Le premier OPV de la gamme Gowind, qui restera la propriété de DCNS, sera mis à disposition de la Marine nationale durant trois ans (2012-2015). Les militaires français pourront, ainsi, le tester et bénéficier à des conditions avantageuses d'un navire moderne au moment où la flotte de patrouilleurs se réduit significativement. Quant à DCNS, il disposera ainsi d'un navire de référence éprouvé à la mer, qu'il pourra mieux faire valoir auprès de ses clients à l'export. Hermès servira de plus à disposer d'un retour d'expérience afin d'améliorer le produit. De base, Hermès sera doté que d'un système de lutte Polaris, deux radars de navigation et des canons à eau. La marine peut décider de le doter d'une artillerie légère. DCNS cherche de son côté à inciter d'autres industriels à se servir de son démonstrateur pour faire valoir leurs produits. La mâture intégrée dont sera dotée Hermès pourrait, ainsi accueillir un radar de veille. De même, des équipements de guerre électronique pourraient être installés, ainsi que de l'armement supplémentaire (canon télé-opéré, système surface-air à très courte portée...)


Vue de la passerelle (© : DCNS)

Nouvelle organisation industrielle

DCNS profite également de ce programme pour réorganiser son site de Lorient, de manière à réaliser l'OPV en parallèle du programme FREMM (12 frégates pour la France et le Maroc livrables entre 2012 et 2022). A cet effet, le groupe met en oeuvre de nouvelles méthodes de construction, auxquelles sont étroitement associés les cotraitants, chargés de grands sous-ensembles. Piriou s'est vu confier la réalisation de l'un des quatre méga-blocs (partie avant), qui sera fabriqué à Concarneau. STX France se chargera pour sa part du bloc central (dont les superstructures) qu'il ne réalisera pas sur son site de Lanester mais directement chez DCNS. Ce dernier construira quant à lui les méga-blocs de la partie arrière. Pour l'occasion, 60 postes ont été créés (soudeurs, mécaniciens, coquiers, soutien chantier...) Pour le site de Lorient, Hermès représente aussi une grande nouveauté. En effet, si les variantes les plus complexes de la famille Gowind sont des corvettes aux normes militaires, ce bateau, constituant l'entrée de gamme, est essentiellement conçu aux normes civiles. « Au niveau de l'architecture globale, cela nécessite la mise en oeuvre de solutions techniques différentes. Nous avons mis en place une équipe d'étude et de réalisation dédiée pour s'affranchir des normes et usages habituels des bâtiments militaires », explique Pascal Le Roy, de DCNS.


OPV de la famille Gowind (© : DCNS)

Le programme est aussi l'occasion d'initier de nouvelles méthodes de travail chez l'industriel : « Dès le mois d'octobre dernier, au moment des études détaillées, nous avons intégré au plateau d'étude dédié des techniciens méthode et des cadres de production. L'expertise des équipes de construction nous a, ainsi, permis de réfléchir dans le moindre détail afin de réduire les coûts, trouver des solutions innovantes et faire en sorte que le navire soit simple à construire », note Pascal Le Roy. Les pratiques vont également évoluer lors des phases de construction, avec des zones identifiées (dans le chantier et les ateliers) dédiées à Hermès. L'équipe de programme pour la conception et la réalisation et les cotraitants, travailleront donc à proximité et seront exclusivement mobilisés sur ce projet. Cette organisation devrait permettre d'optimiser la réalisation, la proximité offrant une réactivité accrue dans les processus de décision. Ces derniers seront d'autant plus aisés que DCNS, propriétaire du navire, prendra seul les décisions. « On va fonctionner en boucles courtes de manière à travailler vite et bien. La première tôle a été découpée le 7 mai et l'objectif est de livrer le bateau au dernier trimestre 2011, soit en une vingtaine de mois. C'est un challenge que nous relèverons grâce à la nouvelle organisation, qui nous permettra de gagner en compétitivité ».


Corvette de la famille Gowind (© : DCNS)

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