Défense

Reportage

Rafale Marine : Le point sur le programme

Alors que la mise en service opérationnelle (MSO) du Rafale au standard F3 vient d'intervenir, nous faisons aujourd'hui le point sur le programme du nouvel avion de combat français. En tout, 294 appareils doivent être livrés par Dassault Aviation, dont 60 dans une version « navalisée » permettant leur embarquement sur porte-avions. Pour l'heure, quatre commandes sont intervenues, la dernière tranche (60 avions) ayant été approuvée par le ministre de la Défense le 12 novembre. A ce jour, la France a passé commande d'un total de 180 Rafale, dont 48 pour l'aéronautique navale. Les Rafale Marine de la 1ère tranche (10) et de la seconde (16) ont tous été livrés, le premier de la 3ème tranche (12) ayant été remis en juillet dernier à l'aéronautique navale. Actuellement au Centre d'expérimentations Pratiques et de réception de l'Aéronautique navale (CEPA/10S) de Mont-de-Marsan, le M27 est le tout premier avion de la marine à être directement livré au standard F3. Il sera suivi d'ici la fin décembre par le M28, fraîchement achevé par Dassault. L'an prochain, 3 nouveaux appareils viendront renforcer le parc de la marine, le dernier Rafale de la 3ème tranche devant être livré en 2014 (et le premier de la 4ème tranche, qui compte 10 Rafale Marine, normalement en 2015).


Rafale M appontant sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Seulement 14 avions en ligne

A ce jour, 27 Rafale M ont donc été livrés à la Marine nationale (M1 à M27). Nous reviendrons plus loin sur les 10 premiers (1ère tranche), mis en oeuvre depuis 10 ans au standard F1. Sans compter les M27 et M28, ainsi que les M22 et M25 perdus accidentellement au large de Perpignan en septembre dernier, seuls 14 appareils sont actuellement en ligne sur la base d'aéronautique navale de Landivisiau. Regroupés au sein de la flottille 12F, il s'agit des M11 à M21, des M23 et M24, ainsi que du M26. Tous ces avions proviennent de la seconde tranche et ont été livrés au standard F2, avec les capacités suivantes : canon de 30mm, missiles air-air Mica EM et IR, bombes GBU 12, armement air-sol modulaire (AASM). Ce dernier leur confère une précision décamétrique pour les missions d'attaque au sol. Ils peuvent, aussi, emporter le missile de croisière Scalp EG.


Le Rafale M avec 6 GBU 12 (© : MARINE NATIONALE)


Rafale Air avec 2 Scalp EG, 2 Mica EM et 2 Mica IR (© : DASSAULT AVIATION)

Cette année, Dassault a procédé à la modernisation au standard F3 des six premiers avions, les ateliers de l'aéronautique navale ayant assuré le chantier pour les dix suivants. Cette opération, assez lourde, a nécessité environ 5 semaines de travaux pour chaque appareil. En tout, 16 avions ont ainsi été « rétrofités », dont les M22 et M25. Par rapport au F2, ils disposent de nouvelles capacités, avec, notamment, l'armement air-sol modulaire AASM à guidage infra rouge (conférant une précision métrique pour les missions d'attaque au sol). Le système d'armes dispose également des conduites de tir du missile anti-navire AM39 et du missile nucléaire ASMP-A, ainsi que de la capacité de reconnaissance nouvelle génération. Développée avec le F2, la capacité « nounou », pour le ravitaillement en vol, a également été ouverte. Dans cette configuration, l'avion emporte des bidons de carburant supplémentaires, afin de ravitailler d'autres appareils et augmenter, ainsi, le rayon d'action ou l'autonomie d'une force de frappe lancée depuis un porte-avions.


Rafale M avec 6 AASM, 2 Mica EM et 2 Mica IR (© : MARINE NATIONALE)


Rafale M avec ASMP-A (© : MBDA)


Rafale M en version « nounou » avec un SEM(© : MARINE NATIONALE)

Nouvelles capacités à ouvrir

La MSO signée le 3 décembre par les états-majors de l'armée de l'Air et de la Marine nationale marque l'entrée en service du Rafale F3, ce qui ne signifie toutefois pas que toutes les capacités pouvant être mises en oeuvre par l'avion sont en service. Plusieurs capacités, et non des moindres, doivent encore faire l'objet d'un processus d'expérimentation avant d'être déclarées opérationnelles. C'est le cas pour le nouveau missile nucléaire ASMP-A, qui remplace l'ASMP embarqué sur Super Etendard Modernisé (SEM) et que la marine pourra mettre en oeuvre en 2010. Développé au titre d'un contrat « feuille de route », le pod Damoclès (désignation laser et capacité d'illumination autonome dans les missions d'appui-feu) devrait être livré à partir d'avril 2010 pour être évalué par l'armée de l'Air et la marine. Associé aux bombes GBU 12 (6 engins de 250 kilos peuvent être embarqués sur chaque avion), le Damoclès devrait être opérationnel sur Rafale (on parlera du standard F3-2) au second semestre 2010.


Rafale M avec pod Damoclès, 6 GBU 12 et 4 Mica IR (© : DGA / COMM)

La fin de l'année 2010 doit, également, voir la livraison à la marine de la première nacelle RECO NG. Ce pod permettra au Rafale de mener, à partir de 2011, des missions de reconnaissance, dont se chargent actuellement les SEM. Là aussi, la marine est impliquée avec l'armée de l'Air, qui a reçu les premières nacelles, au travers d'expérimentations communes.


Rafale M avec pod RECO NG et 4 Mica IR (© : DASSAULT AVIATION)

Enfin, le nouveau standard du Rafale permettra la mise en oeuvre de l'Exocet AM39. Le célèbre missile antinavire est aujourd'hui déployé sur SEM. Il fait l'objet d'une mise à niveau (traitement des obsolescences électroniques) en vue de son intégration sur Rafale, les premiers missiles devant arriver courant 2011.


Rafale M avec Exocet AM39 et 4 Mica IR (© : DASSAULT AVIATION)

Evolution constante

Programme à long terme visant à remplacer l'ensemble des avions de chasse français par un appareil unique, le Rafale est en constante évolution. Ainsi, de nouveaux développements interviennent en parallèle du processus de réalisation des avions. Militaires et industriels suivent, par conséquent, un cycle de modifications et de modernisations. Et, la mise à jour étant constante, il faut, parfois, rétrofiter des appareils neufs venant tout juste de sortir d'usine. C'est, par exemple, le cas de l'Improved Data Modem (IDM), qui va être intégré, avec quelques autres modifications, sur les M27 et M28. Ce petit chantier, d'une durée de deux semaines, va apporter aux avions les dernières configurations retenues. Ces mises à jour sont opérées dans l'atelier de l'aéronautique navale de Landivisiau puis évaluée par le CEPA/10S. Ainsi, le M28, après son passage à Landivisiau pour sa visite de mise en service, rejoindra Mont-de-Marsan avant de remonter dans le Finistère pour être intégré à la 12F. A l'avenir, d'autres mises à niveau, plus ou moins importantes, interviendront. Ainsi, le ministère de la Défense a annoncé le lancement du programme Meteor, visant à disposer d'un missile air-air à longue portée. Le Rafale sera également, au cours de la prochaine décennie, équipé d'un nouveau radar à antenne active. Déjà, on parle du « standard 4 ».


Missile Meteor (© : MBDA)


Le Rafale M1 (© : DASSAULT AVIATION)

La modernisation des 10 Rafale livrés au standard F1

En, plus des 16 avions opérationnels à la fin de l'année, la marine dispose d'un parc en attente de modernisation. Livrés à partir de juillet 1999 pour remplacer, en urgence, les anciens Crusader, les 10 premiers Rafale de l'aéronautique navale (M1 à M10) n'avaient qu'une capacité limitée à la défense aérienne. Ils vont être modernisés au standard F3. Le chantier, d'un coût de 300 millions d'euros, débutera l'an prochain par une phase de préparation, les travaux débutant réellement sur le premier appareil fin 2011. La modernisation concernera, en premier lieu, les 9 appareils mis sous cocon à Landivisiau (M2 à M10) et que la marine a déjà préparés en vue de leur rétrofit. Cette opération, qui prendra environ 18 mois par Rafale, sera réalisée par trois acteurs. Après des démontages opérés par les ateliers de la BAN de Landivisiau, les avions rejoindront l'Atelier Industriel de l'Aéronautique (AIA) de Clermont-Ferrand, qui développera au passage une capacité industrielle étatique sur le Rafale, permettant dans le futur de mener d'autres chantiers.


Chaîne d'assemblage de Dassault à Mérignac (© : DASSAULT AVIATION)

Une fois le travail de l'AIA achevé, les appareils seront pris en charge par Dassault Aviation, d'abord à Argenteuil, près de Paris, puis à l'usine d'assemblage final de Bordeaux-Mérignac, où les F1 seront intégrés à la chaîne de fabrication des F3. Les 2 premiers avions sortiront de l'usine Dassault en 2014. La cadence de livraison sera, ensuite, de 3 unités en 2015 et 4 en 2016. Concernant le M1 qui, contrairement aux 9 autres appareils, vole toujours pour expérimenter de nouveaux équipements, sa modernisation est également prévue. Passant après les M2 à M10, il sera de retour en flottille en 2017.


Rafale M et SEM sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

La seconde flottille de Rafale en 2011 et la troisième en 2015

Depuis 1999, seule la 12F est dotée de Rafale. Les deux autres flottilles de chasse de l'aéronautique navale, la 11F et la 17F, disposent pour le moment de SEM. Mis en service en 1978, le Super Etendard a été modernisé à plusieurs reprises. Afin de voler jusqu'à la fin 2015, une dernière évolution (standard 5) a été décidée en 2003. Une grosse vingtaine de SEM est concernée par cette modernisation, le retrait du service de ces avions intervenant progressivement, dans les six prochaines années, au fil de l'arrivée des Rafale. Avec un objectif final de 60 avions, la marine a prévu de disposer, à terme, de 45 Rafale M en ligne, soit trois flottilles comprenant chacune 15 appareils. Après la 12F, ce sera au tour de la 11F de toucher ses Rafale, en remplacement des SEM.


Rafale M et SEM sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

La transformation sera progressivement opérée entre l'été 2011 et l'été 2012. Pour mener à bien cette évolution, des pilotes de Rafale provenant de la 12F seront injectées dans la 11F. Dans le même temps, les « futurs-anciens » pilotes de SEM seront eux-aussi « transformés » pour être opérationnels sur le nouvel avion, grâce à un cursus de formation comprenant notamment des séances en simulateur. La marine entreprendra, ensuite, la montée en puissance du Rafale au sein de la 17F. L'objectif est que cette troisième flottille soit prête fin 2015, au moment du retrait programmé des SEM.
Le groupe aérien embarqué du Charles de Gaulle ne comprendra alors plus qu'un seul type d'avion de combat, totalement polyvalent.


Le porte-avions Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

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