Reportage : A la découverte de la frégate Forbin

Dossier(s) : DCNS
Trois ans après sa mise à flot, la frégate de défense aérienne Forbin a rejoint hier son port d'attache. Parti mercredi dernier de Lorient, où il fut construit chez DCNS, l'imposant bateau, long de 153 mètres pour un déplacement de 7000 tonnes en charge, est arrivé dans la matinée à Toulon. Cela ne signifie pas, pour autant, que le Forbin est opérationnel. Toujours propriété de DCNS, il réalisera dans les prochains mois de nombreux essais visant, notamment, à achever la mise au point de son système de combat et de son système d'armes principal, le PAAMS. Si tout va bien, la Marine nationale en prendra possession au mois de septembre en vue d'une mise en service en 2009. Tête de série du programme franco-italien Horizon, le Forbin est la première frégate de la marine à avoir été réalisée en coopération. « Le contexte de la coopération est très fort. Les études ont été partagées à parts égales entre Français et Italiens. Un bureau commun pilote le programme dont le calendrier, dans les deux pays, est très imbriqué. Ainsi, des équipes communes passent des navires construits en France à ceux réalisés en Italie », explique Nicolas Gaspard, responsable du programme Horizon chez DCNS. Afin de mener à bien le programme, lancé le 27 octobre 2000, une société conjointe a été créée. Détenue à parité par DCNS et Orizzonte (Fincantieri et Finmeccanica), Horizon SAS a passé quatre grands contrats avec l'industrie. Le premier, portant sur le la maîtrise d'oeuvre du développement, a été confié à DCNS et Fincantieri. Le second, sur le développement et la production du système de combat, a été placé chez DCNS (DCN et Thales à l'origine) et Finmeccanica, réunis au sein de la société Eurosysnav. Viennent ensuite deux contrats sur la réalisation des deux bâtiments français et des deux unités italienne, l'un conclu avec DCNS et l'autre avec Fincantieri. Alors que les frégates italiennes sont réalisées aux chantiers de Riva Trigoso, près de Gènes, les Forbin et Chevalier Paul ont, quant à elles, été assemblées chez DCNS, à Lorient. Afin d'optimiser les équipes franco-italiennes, les quatre Horizon se suivent à intervalles rapprochés, un écart de seulement six mois étant observé entre chaque navire. Par exemple, une équipe binationale d'une quarantaine de personnes travaille successivement sur la mise au point du système de combat des quatre navires.


Les Forbin et Chevalier Paul en construction à Lorient (PHOTO : DCNS)


Le Forbin la veille de son appareillage (PHOTO : MER ET MARINE)

Malouines, Iran-Irak, Liban... Le retour d'expérience

C'est en 1990 que la France, l'Italie et la Grande-Bretagne réfléchissent au remplacement de leurs navires de lutte antiaérienne. La Marine nationale doit trouver des successeurs aux frégates lance-missiles Suffren (1968) et Duquesne (1970). Il convient également d'envisager le renouvellement des Cassard (1988) et Jean Bart (1990) qui, bien que récentes, sont dotées d'un système d'armes principal à la conception déjà ancienne, le Tartar (missiles SM1-MR). Désireux de coopérer pour réduire les coûts d'un programme qui s'annonce déjà onéreux, les trois pays cherchent à préciser leurs besoins opérationnels. Si la coopération sur la plateforme est abandonnée par Londres en 1999, le Royaume Uni maintient sa participation sur le système d'armes principal (Principal Anti Air Missile System - PAAMS) qui équipera les futurs Horizon et T45. Les Britanniques mettent en avant le retour d'expérience né du conflit des Malouines (1982). Lors de la reprise des îles aux Argentins, la Royal Navy a été exposée, dans une zone littorale, à des attaques aériennes qui lui ont coûté plusieurs bâtiments, comme les Sheffield, Coventry, Ardent et Antelope. La France, de son côté, a pu mesurer l'importance de la protection aérienne lors de l'escorte des convois marchands pendant la guerre Iran-Irak. « L'objectif a donc été de pouvoir assurer une bulle de protection dans un environnement peu favorable, avec un préavis très faible et en évitant la saturation du système », explique le capitaine de vaisseau Christophe Balducchi, commandant du Forbin. Cette capacité, basée sur des conflits et crises déjà anciens, a été « actualisée » à l'été 2006, au large du Liban. Alors qu'une corvette israélienne était gravement endommagée par un missile tiré depuis la côte, la France envoyait le Cassard pour protéger le bâtiment de projection et de commandement Mistral. Véritable chien de garde du BPC, grand navire porte-hélicoptères de 199 mètres de long, la frégate a assuré le rôle de « parapluie » anti-missiles. A ce titre, il convient de noter que la mission principale des Horizon sera la protection des unités précieuses, qu'il s'agisse des porte-avions, de BPC ou d'un groupe de bateaux peu ou pas armés. Les nouvelles frégates de défense aériennes (FDA) présenteront, néanmoins, des capacités bien supérieures à leurs aînées.


Le Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Centre de contrôle aérien et protection des points d'entrées

L'intervention alliée en ex-Yougoslavie, dans les années 90, a démontré la nécessité de disposer d'importants moyens pour assurer, depuis la mer, le contrôle de l'espace aérien. Avec des centaines d'avions militaires engagés, provenant de différentes bases (à terre ou depuis porte-avions), les opérations en Adriatique ont demandé aux marines de puissants systèmes d'information et de communication, ainsi que des liaisons de données permettant le passage de gros flux d'informations. Par ailleurs, les Horizon devront être à même d'assurer la sauvegarde aérienne et notamment la protection des « points d'entrées », par exemple dans le cadre d'un sommet de chefs d'états. Cette mission doit tenir compte du développement considérable du transport aérien et de la difficulté à détecter une menace dans un trafic civil de plus en plus dense. De plus, la frégate doit suivre l'évolution de la force navale et avoir une vision claire de la situation en surface et sous la mer. En somme, les marins doivent avoir une vue globale du théâtre d'opération, ce qui n'était par exemple pas le cas aux Malouines. Pour y parvenir, le Forbin a été doté d'un « super-cerveau », le Combat Management System (CMS), articulé autour d'une vingtaine de consoles. La plupart d'entre-elles sont situées dans le Central Opération, logé derrière la passerelle. « Le CMS fonctionne sur un réseau redondé et avec des consoles totalement reconfigurables. Les consoles donnent une vue de la situation grâce aux capteurs du navire mais aussi grâce aux capteurs extérieurs, comme ceux d'un avion de guet aérien, qui transmet ses informations via les liaisons de données », précise Nicolas Gaspard. Merveille technologique, le système de combat des Horizon comprend 22 modules logiciels, 20 consoles, 10 calculateurs et 1 million de lignes de codes. Le tout doit permettre de gérer les armes, les liaisons tactiques et l'analyse des informations transmises par une dizaine de senseurs, sans oublier l'intégration des données provenant d'autres navires ou aéronefs, qu'ils soient français ou alliés. Pour cela, seules 20 à 25 personnes sont nécessaires.


Le CO du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


Le CO de secours du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Un CO de secours

En fonction de la mission, du degré d'alerte ou du niveau de compétence de l'opérateur, chaque console peut concentrer plus ou moins de fonctionnalités. « Les consoles permettent de contrôler les différents équipements. Le radar de veille longue portée peut, par exemple, être contrôlé à partir de n'importe quelle console. L'avantage est de pouvoir reconfigurer les fonctionnalités attribuées avec des tâches plus ou moins compliquées en fonction de l'expérience des opérateurs », précise Daniel Pioux, de DCNS. Le responsable du système de combat note que le CO est beaucoup moins encombré que sur les anciens navires. « Autrefois, il y avait une dizaine de consoles et des pupitres pour contrôler les armes. Là, il y a seulement des armoires pour les torpilles et les Exocet. Le CO est beaucoup plus modulable et il y a assez peu de boites et de coffrets ». De même, la traditionnelle table tactique, avec ses cartes en papier, fait place à un écran plat positionné au mur (une table à carte a, tout de même, été conservée, au cas où). De manière générale, plusieurs consoles seront affectées à la tenue de situation aérienne, une à la situation surface, une à la lutte anti-sous-marine, une autre à la coordination des liaisons de données et, enfin, plusieurs postes seront chargés de la mise en oeuvre des armes et de la guerre électronique.
Le Forbin est également conçu pour accueillir un état-major de force interallié, qui dispose d'une salle de conduite de crise dotée d'une console. Celle-ci lui permet de suivre, en temps réel, l'évolution de la situation tactique. Il en va de même en passerelle, où une autre console est installée.
Le Forbin présente une nouveauté par rapport aux bâtiments des générations précédentes. Afin de réduire sa vulnérabilité, un CO de secours a été aménagé à l'arrière. Equipé de trois consoles, il peut prendre le relais en cas de destruction du CO principal ou d'avarie majeure. La frégate doit être capable, avec seulement trois consoles disponibles, de continuer de se défendre et de rentrer au port. « Le système est très redondé et offre de nombreuses reconfigurations de manière à ce qu'il reste opérationnel en cas d'avarie ou de situation dégradée », souligne Nicolas Gaspard.


Le Forbin à la mer (PHOTO : MARINE NATIONALE)


Le radar EMPAR du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

L'aéroport de Roissy surveillé depuis Lorient

A l'instar d'une tour de contrôle d'aéroport, le CO va gérer et contrôler le trafic aérien. Côté détection, les Horizon disposent d'un radar de veille air tridimensionnel à longue portée (LRR). Développé par Thales, le S 1850, situé sur le mât arrière, peut détecter un écho à plus de 400 kilomètres. Ainsi, lors des essais à Lorient, les opérateurs pouvaient suivre parfaitement les mouvements d'avions à Roissy, en région parisienne. Le LRR n'est, évidemment, pas le seul senseur de la frégate. Situé tout en haut du mât principal, soit 7 étages au dessus de la passerelle, le radar multifonction tridimensionnel EMPAR, fourni par Finmeccanica, assure la conduite de tir au profit des missiles Aster.
Grâce à la puissance de son système de combat et aux performances de ses radars, le Forbin peut pister des centaines d'échos et en engager plusieurs simultanément. « Toute la difficulté opérationnelle est de savoir, avec certitude, sur quoi on tire. Les stocks de munitions sont, en effet, limités et il faut éviter les dommages collatéraux ». Les performances des radars conjuguées à la puissance de calcul du CMS vont permettre de repérer dans un laps de temps très court une éventuelle menace, parfois dissimulée dans un trafic aérien très dense. Après avoir fait le tri entre les avions de ligne et les appareils alliés, qui se font reconnaitre au moyen du code IFF et de signaux militaires pour distinguer les « amis » des « ennemis », la frégate va pouvoir engager d'éventuels échos hostiles. « En plus des moyens de la frégate, les avions Awacs des armées de l'air ou Hawkeye des porte-avions suivent tous les mobiles aériens. Les avions de ligne se connus et les appareils amis se font connaître. Il reste donc les autres », explique Nicolas Gaspard.


Les lanceurs Sylver du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


Un missile Aster (PHOTO : MBDA)

Conçue pour pouvoir embarquer 64 missiles Aster

Fer de lance du navire, le Principal Anti Air Missile System (PAAMS), développé avec les Britanniques et les Italiens, est destiné aux Horizon mais aussi aux T45 de la Royal Navy. Le PAAMS est articulé autour de 16 missiles Aster 15 et 32 missiles Aster 30. Un espace conservatoire, situé à l'avant des silos, permettra, le cas échéant, de pouvoir embarquer 16 missiles supplémentaires. Produits par le groupe européen MBDA, ces engins sont, respectivement, capables d'atteindre des portées de 30 et 70 kilomètres. « L'Aster est un missile extrêmement performant avec lequel on atteint vraiment le concept de défense aérienne. Très manoeuvrant, il dispose d'une tuyère qui lui permet de se déplacer latéralement et donc de traiter les missiles les plus modernes », explique Nicolas Gaspard. Missile « hypervéloce » pouvant intercepter des missiles antinavires à vol rasant, très manoeuvrants et à fort piqué final, l'Aster est mis en oeuvre depuis des lanceurs octuples Sylver A43 (Aster 15) et Sylver A50 (Aster 30). Ces équipements sont produits par DCNS à Ruelle, près d'Angoulême (Charente). « Le système Sylver est extrêmement compliqué. Seuls trois pays sont capables de produire ce genre de lanceurs : Les Etats-Unis, la France et la Russie ». Long de plus de 4 mètres, chaque silo abrite un missile. En cas de besoin, la frégate peut opérer un tir en salve, la cadence étant suffisamment rapide pour, en théorie, voir partir les 48 missiles stockés sur la plage avant en quelques très petites minutes. En matière de mise en oeuvre, le gain est donc appréciable par rapport aux anciens systèmes de lancement, basés sur une rampe orientable. La frégate peut non seulement améliorer sa cadence de tir, mais son missile, tiré verticalement, peut ensuite partir dans toutes les directions. Cette technique évite d'avoir à manoeuvrer le lanceur, parfois orienté dans la mauvaise direction. Or, en matière de lutte antiaérienne, un missile assaillant progressant à environ Mach 1, le temps de réaction est très bref. Par conséquent, chaque seconde compte.
Afin d'optimiser l'efficacité de l'Aster, ce dernier n'est pas obligé de mettre en oeuvre immédiatement son autodirecteur. Pour éviter d'être leurré par les contre-mesures de l'agresseur, l'autodirecteur peut être allumé très tardivement, les informations concernant la cible étant, entre temps, rafraîchies par les données transmises depuis le bâtiment.
Après un premier tir en mer, réalisé en mai 2006 à partir du navire d'essais italien Carabiniere, l'Aster 30 devrait s'envoler pour la première fois de la plage avant du Forbin dans les prochains mois, au cours d'une campagne avec le centre d'essais du Levant.


Les tourelles de 76 mm (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Le rôle de l'artillerie

Moyen historique de lutte antiaérienne, le canon n'a pas disparu sur les Forbin et Chevalier Paul. Les marins ont, en effet, souhaité conserver cet outil d'autodéfense, à la fois par sécurité mais aussi parcequ'il constitue toujours une parade efficace contre les missiles. Pour la première fois depuis quarante ans, la France a abandonné le calibre de 100 mm pour adopter le 76 mm produit par l'Italien OTO-Melara. Avec 80 obus disponibles en barillet et une cadence d'environ 100 coups par minutes, ce canon affiche une portée de 8 kilomètres contre buts aériens. L'objectif est de dresser, devant le missile, un « mur d'acier » dont les éclats vont endommager l'assaillant. Si le Forbin dispose de deux pièces de 76 mm devant la passerelle, il n'embarque qu'une seule conduite de tir multisenseurs. Du type RTN-30 X, sa mission est de guider le tir. Située sur la face avant du mât principal, la CT ne peut acquérir une cible que sur un bord à la fois. Elle est néanmoins capable d'éclairer plusieurs objectifs, de prioriser la menace en traitant une première cible puis de basculer automatiquement sur une seconde grâce aux informations conservées en mémoire.
Outre la défense aérienne, le canon peut servir pour la surveillance maritime, par exemple si le Forbin rencontre un navire soupçonné de trafic illicite ou de pêche illégale. En cas de besoin, les 76 mm serviront à délivrer des coups de semonce, ce qui constitue une solution plus « pratique » et moins onéreuse que l'emploi d'armements plus lourds. « On voit mal une frégate tirer sur un chalutier en action de pêche illégale avec un missile antinavire », note en souriant un officier. De même, l'emploi du canon peut s'avérer très utile dans la lutte contre les trafiquants, voire comme autodéfense contre de petites embarcations suicides. Dans ce cadre, la dotation en artillerie est complétée par deux canons de 20 mm et, probablement à terme, des pièces légères, comme des mitrailleuses de 12.7 mm.


Le Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Troisième canon pour les Italiens, abandon du SADRAL pour les Français ?

Pour leurs deux frégates, les Italiens, qui ont toujours manifesté une confiance plus « limitée » dans le missile, ont souhaité installer un troisième canon de 76 mm sur le toit du hangar hélicoptère et une seconde conduite de tir à l'arrière. Cette disposition présente l'avantage d'autoriser le tir croisé ou l'engagement simultané sur les deux bords. Initialement, les Français avaient prévu d'installer au dessus du hangar deux systèmes surface-air à très courte portée SADRAL, dotés chacun de six missiles Mistral. Un second brouilleur a, néanmoins, été disposé en lieu et place du lanceur tribord. Le second SADRAL, prévu à bâbord, n'a finalement pas été embarqué. Des mesures conservatoires ont été prises pour pouvoir, ultérieurement, le mettre en place, mais cette dotation n'est pas à l'ordre du jour. Le SADRAL est, par ailleurs, un système assez ancien, bien que toujours efficace et dotés de missiles réputés comme redoutables. Si la marine décidait d'embarquer un système sur les Forbin, on s'acheminerait plutôt vers un équipement du type TETRAL, à la conception plus récente mais lui aussi doté de missiles Mistral (lanceur quadruple). L'installation de Mica VL ne serait, en revanche, pas envisagée.
Par rapport aux Horizon italiennes, les frégates françaises se retrouvent donc, pour le moment, « dégarnies » en armement sur l'arrière. A l'image des Malouines, où les bâtiments britanniques ont été souvent harcelés sur l'arrière par l'aviation argentine, cette disposition constitue-t-elle une faiblesse ? « On ne peut pas vraiment parler de faiblesse car l'avantage du lancement vertical des missiles Aster permet de compenser l'absence d'armement à l'arrière. Le bateau est, de plus, très manoeuvrant, comme il l'a prouvé durant ses essais à la mer », explique un ingénieur.


L'Exocet MM40 Block3 (PHOTO : MBDA)


Le NH90 (PHOTO : WWW.NH90.NET)


Le hangar hélicoptère du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


La plateforme hélicoptère du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Nouveaux Exocet et nouvel hélicoptère

Le programme Horizon se distingue par le nombre très important d'équipements nouveaux installés sur les frégates. Cette "accumulation" de nouveautés n'a, d'ailleurs, pas été sans provoquer des difficultés disposer des différents matériels au bon moment durant la phase de construction. Côté armement, les Horizon disposent des nouveaux Aster 30 et Exocet. Le Forbin mettra en oeuvre la version MM40 Block3 du célèbre missile produit par MBDA. A une distance de plus de 160 kilomètres, le nouveau Mer-Mer a réalisé avec succès son dernier tir de qualification le 25 avril dernier. Ce tir, qui comportait une trajectoire de type attaque littorale, a été réalisé au Centre d'Essais de Lancement de Missiles (CELM), sur le site de l'île du Levant. Le nouvel Exocet affiche une portée de 180 kilomètres, soit plus du double du Mer-Mer 40 actuellement en service (72 kilomètres). D'une longueur de 5.8 mètres pour un diamètre de 35 centimètres et un poids de 740 kilos, le nouveau missile antinavire présente des dimensions identiques à son prédécesseur, tout en étant plus léger (870 kilos pour la génération précédente). Il se distingue également par une propulsion par turboréacteur, l'embarquement d'un GPS et une capacité contre cibles terrestres. Sa vitesse atteint 900 km/h.
Côté moyens aériens, les Horizon mettront en oeuvre un hélicoptère NH90. Destiné à remplacer les Super Frelon (version transport) et les Lynx (version anti-sous-marine), cet appareil européen doit être livré à 27 exemplaires à la marine, à compter de 2009. Le Forbin pourra embarquer une machine de ce type grâce à une plateforme très vaste et un hangar particulièrement « haut de plafond ». Les pilotes habitués à se poser sur les petites plateformes des Cassard et Jean Bart apprécieront la différence.


Le lanceur SLAT (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


Le Forbin embarquera 19 MU90 (PHOTO : EUROTORP)

Une solide protection anti-sous-marine

Bien que dévolu principalement à la défense aérienne, le Forbin est, en réalité, un bâtiment polyvalent ou, selon l'expression très à la mode actuellement, « multimissions ». Alors que les Exocet assurent la dimension de lutte antinavire, les Horizon ont été dotées d'importants moyens de détection et d'action sous la mer. Elles disposent d'un sonar de coque actif à basse fréquence 4110 CL, développé par Thales, et d'une antenne linéaire remorquée avec un détecteur de torpille Alto. Pour l'autodéfense contre sous-marins, le Forbin peut compter sur deux tubes pour MU90, la nouvelle torpille légère conçue par DCNS, Thales et l'Italien WASS. Le local torpilles pourra contenir 19 armes. Très performante, la MU90 pourra atteindre à plus de 50 noeuds une cible située à 1000 mètres de profondeur.
Prévue pour équiper l'ensemble des futures frégates de la marine et une partie de celles actuellement en service, la MU90 sera également tirée depuis les avions de patrouille maritime et les hélicoptères, comme le NH90.
Autre nouveauté sur Horizon, le système de lutte anti-torpille. Le SLAT s'appuie sur l'antenne remorquée mise en oeuvre sous la plateforme hélicoptère et deux lanceurs disposés sur le toit du hangar. De gros efforts ont également été faits pour réduire la signature magnétique par émission d'un courant sur la coque. Dans le domaine acoustique, les équipements bruyants ont été isolés, les auxiliaires étant montés sur plots amortisseurs, un système qui permet d'empêcher la propagation des vibrations vers la coque. Ces procédés permettent à la frégate d'évoluer en toute discrétion afin d'être plus difficilement repérable par un sous-marin.


Le brouilleur RECM (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


Le lance-leurres NGDS (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Une guerre électronique de pointe

En ce qui concerne la guerre électronique, Français et Italiens n'ont pas lésiné sur les moyens. Bâtiments de premier rang amenés à évoluer dans des zones à très forte menace, les Horizon disposent de moyens très puissants. « Les systèmes sont extrêmement performants et l'ensemble peut s'assimiler aux moyens d'un navire de renseignement », affirme un ingénieur. La société franco-italienne Sigen (Thales et Eletronicca) a notamment développé le Radar Electronic Counter Measure (RECM), un brouilleur aux capacités présenté comme « remarquables », installé à deux exemplaires, l'un sur le mât principal et l'autre sur le toit du hangar. Leur but est de brouiller l'autodirecteur des missiles assaillants. En plus de ces équipements, un détecteur de radar (RESM) a été disposé dans une couronne placée sous le dôme du radar de conduite de tir EMPAR. Le système de détection radio est, quant à lui, disposé en tête du mât milieu. L'ultime rempart contre les missiles est constitué par les deux lance-leurres NGDS (Nouvelle Génération Dagaie System). Produit par Sagem Défense Sécurité, ce système assure la protection contre les missiles qui parviendraient à éviter l'écran des missiles anti-missiles Aster. Le NGDS comprendra des leurres électromagnétiques et infrarouges. L'idée est de créer un nuage incandescent qui va attirer l'autodirecteur du missile. Se déplaçant avec le vent, pendant que le bateau manoeuvre, ce « leurrage » vise à tromper le missile et lui faire rater sa cible.
Missiles, artillerie, guerre électronique... Avec une telle débauche de moyens, la tâche d'un éventuel assaillant paraît des plus ardues. On notera d'ailleurs que les ailerons extérieurs et la passerelle de veille ont disparu. Contrairement aux frégates des générations précédentes, il n'y aura plus de personnel dehors pour scruter le ciel à la recherche d'un avion débouchant sans crier gare des nuages ou de l'horizon. « Il n'y a plus de passerelle de défense à vue car, désormais, on considère que les avions ne peuvent plus échapper à la combinaison des radars, de la veille infrarouge et de la guerre électronique ».


Le Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

La bête de guerre qui se faisait passer pour un chalutier

Dans la lignée des La Fayette, les nouvelles frégates de défense aérienne bénéficient des études menées par DCNS en matière de furtivité. Au radar, ces navires de 125 mètres et 3000 tonnes peuvent, en effet, être confondus avec un chalutier d'une vingtaine de mètres. Pour Horizon, outre des superstructures inclinées et le recours aux matériaux composites, un traitement spécial a été mené au niveau des cheminées, afin de réduire les émissions infrarouges. S'il n'y a pas eu de révolution dans le concept par rapport aux FLF, le recours à des matériaux absorbant les ondes radar n'ayant pas été retenu pour des questions de coûts, l'industriel a optimisé les recherches menées lors de la conception des La Fayette. Ainsi, la surface équivalente radar des Forbin serait très réduite. « Elle est toujours analogue à celle d'un bateau de pêche et comme les Horizon sont dotées de radars de navigation civils, les bâtiments pourront vraiment se faire passer pour des chalutiers », commente un ingénieur. Plus techniquement, Nicolas Gaspard résume le concept adopté pour faire d'Horizon un modèle de furtivité : « L'énergie incidente sur le bateau va se concentrer sur certains points très localisés dans l'espace. En face, le radar ne voit que ce qu'il cherche. Le but est d'empêcher la détection et, s'il voit quelquechose, il n'aura aucune possibilité de l'interpréter car le signal sera trop fugace ». La furtivité présente donc un avantage indéniable contre un éventuel missile, que les moyens de la frégate pourront plus facilement perturber.


L'une des deux galleries techniques (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Construite pour pouvoir encaisser les coups

Quand il parle du Forbin, le responsable du programme Horizon évoque un « véritable navire de guerre, extrêmement protégé face aux menaces ». La frégate comporte 12 tranches étanches et a été spécialement conçue pour évoluer dans des endroits très dangereux, y compris des zones littorales où des mines pourraient être mouillées. Capable de résister à une explosion sous-marine, le bateau peut encore naviguer avec une brèche de plus de 15 mètres et plusieurs compartiments noyés. Le montage sur plots amortisseurs des équipements, doublé d'un compartimentage et d'une structure de coque très « serrés », assurent, selon DCNS, une excellente capacité de survie. Au-delà de la réduction des bruits rayonnés, les systèmes d'amortissement permettent de protéger les matériels contre les très fortes vibrations provoquées par d'éventuels impacts. Pour améliorer sa résistance, le Forbin, déjà très cloisonné, est doté de deux galeries techniques s'étirant sur toute la longueur des superstructures. « Ces galeries, une sur chaque bord du navire, abritent une part importante des 450 kilomètres de câbles que contient le bateau. Ainsi, si la frégate prend un coup d'un côté, on se reporte sur l'autre », explique Michel le Bouedec, responsable production chez DCNS. Les galeries techniques ont également pour but de retenir les munitions tirées contre le bateau, afin d'éviter qu'elles n'atteignent la coursive centrale. Ainsi, le bâtiment est capable d'encaisser des tirs de mitrailleuse lourde. Enfin, le dispositif permet aux équipes de pompiers de contourner un incendie éclatant dans l'une des tranches, par exemple pour attaquer le feu sur deux fronts ou rejoindre un local situé au-delà du sinistre.


Le PC propulsion (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Automatisation très poussée

Le Plateform Management System (PMS), qui permet de gérer la conduite du navire, est très automatisé. Alimentation électrique, climatisation et autre détection incendie sont gérées par un automate, comme dans une usine à terre. Et là encore, la redondance du système est cruciale : « C'est une architecture en anneaux. Si une boucle est cassée à un endroit, le système continue de fonctionner », affirme Nicolas Gaspard. S'appuyant, comme le système de combat, sur les consoles reconfigurables conçues à Ruelle, le PMS permet de conduire la frégate depuis 8 endroits différents. « On assure grâce au PMS le contrôle et la régulation de très nombreux éléments. Le système, qui est capable de gérer 12.000 entrées et sorties, est identique aux équipements que l'on peut trouver dans les usines complexes ». Au PC Sécurité, un écran plat présente le plan du Forbin avec ses différents locaux, qui bénéficient d'une surveillance permanente, par exemple au travers de détecteurs d'incendies. En cas de problème, un point rouge s'allumera immédiatement sur l'écran, à l'endroit où un début de feu a par exemple été détecté. Outre le PC principal, le Forbin compte deux postes de sécurité annexes pouvant assurer la relève. L'un est situé à l'avant au niveau des lanceurs Sylver et l'autre sous le hangar hélicoptère. « Le PMS permet une supervision de toutes les alarmes et les commandes se font désormais par simples clics. Si on veut démarrer les moteurs, il suffit de cliquer sur l'écran. L'avantage est que tous les postes sont interchangeables et qu'un peut facilement tout déménager (virtuellement, ndlr) dans un autre espace », explique le lieutenant de vaisseau Antoine Morcello. Grâce à l'automatisation, le PC machine ne nécessitera, pour être armé, que trois ou quatre marins. On notera que, depuis la passerelle, l'officier de quart peut commander la fourniture d'énergie électrique et contrôler la propulsion.
L'une des conséquences de l'automatisation est bien évidemment la réduction de l'équipage. Seuls 195 marins, dont 15% de femmes, seront nécessaires pour faire fonctionner le navire, contre 250 pour les Cassard, deux fois moins gros. L'équipage ne sera au complet qu'à l'été. Pour l'heure, quelques 216 personnes sont descendues à Toulon, comprenant l'équipage de conduite et les équipes industrielles.


La turbine LM 2500 (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


Le moteur Pielstick (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

50.000 cv pour faire avancer 7000 tonnes à 29 noeuds

Du type Combined Diesel or Gas (CODOG), la propulsion du Forbin comprend deux turbines à gaz LM 2500, conçues par l'Américain GE et fabriquées sous licence par l'Italien Avio. Avec une puissance unitaire de 25.000 cv (22 MW), ces turbines sont utilisées pour les allures rapides et permettent au navire d'atteindre 29 noeuds. Lors de ses premiers essais en mer, le Forbin a même frôlé les 31 noeuds mais la plateforme, moins lourde, n'embarquait encore pas tous ses équipements. Le mode de propulsion par TG présente l'avantage de la vitesse mais se révèle très gourmand en combustible. Jusqu'à 18 noeuds, le bâtiment va donc avancer avec deux moteurs diesels de propulsion Pielstick 12 PA6 STC, d'une puissance unitaire de 5875 cv (4.7MW) . L'énergie électrique est, quant à elle, fournie par quatre diesel-alternateurs Isotta Fraschini de 1.6 MW chacun. « Ces diesels alternateurs forment une usine électrique capable d'alimenter une ville de 10.000 habitants », précise Michel le Bouedec. Comme le reste du navire, la partie propulsion est conçue pour réduire la vulnérabilité en cas d'avarie de combat ou d'accident. « Les équipements, comme les turbines à gaz et les diesels de propulsion, sont répartis dans deux compartiments bien distincts. Cette répartition par tranches permet de ne pas perdre les deux en même temps ». A l'image du programme, les machines du Forbin son résolument franco-italiennes, les industriels des deux pays s'étant répartis la fourniture des équipements. Les TG, DP et DA ont été livrés par les Italiens, alors que les Français ont eu en charge la production des réducteurs, superbes pièces usinées par l'établissement DCNS d'Indret, près de Nantes.
Au cours de leurs essais en mer, les Forbin et Chevalier Paul se sont montrés très manoeuvrants, présentant, selon DCNS, d'excellentes qualités nautiques.


Le Forbin (PHOTO : DCNS)


Le Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Vers une évolution de la lutte antiaérienne dans la marine ?

Premier commandant du Forbin, le capitaine de vaisseau Christophe Balducchi souligne les performances du nouveau fleuron de la marine. « Pratiquement tous les équipements sont nouveaux. Le Forbin représente un véritable saut capacitaire par rapport à ce qui existe ». Comparées aux Cassard et, à fortiori, aux vénérables Suffren, les Horizon offrent des performances nettement accrues. Et, ces nouvelles capacités, très attendues par la marine, pourraient bien faire évoluer l'actuel concept d'emploi des frégates de défense aérienne. Les nouvelles FDA disposent d'un volume d'interception très amélioré, avec une portée de 70 kms pour les Aster 30, contre une quarantaine de kilomètres pour les SM1-MR des Cassard. La portée moins importante du SM1-MR oblige, ainsi, les actuelles frégates à évoluer assez près du porte-avions. « Dans le cadre d'une escorte de groupe aéronaval, l'intérêt du Forbin est de pouvoir se positionner plus loin car on dispose d'un volume d'interception plus grand », résume un officier. « Durant la phase de prise en main du navire, avant son admission au service actif, il faudra déterminer comment l'utiliser de façon optimale. Avec des capacités améliorées, les tactiques pourront évoluer. On a d'ores et déjà des idées mais il faut savoir exactement ce que l'on pourra en tirer ».
Complétant la palette des moyens offerts aux armées françaises, les Horizon pourraient même, à l'instar des déploiements du porte-avions, constituer à elles seules un message politique. Conçues pour répondre à tous types de menaces et aussi bien équipées que des bateaux espions, ces frégates sont à même de tenir beaucoup de monde en respect. « Ces bateaux sont extrêmement durcis et, par conséquent, dissuasifs. Les systèmes de guerre électronique et de veille aérienne permettent de récupérer beaucoup d'informations et leurs capacités en font des navires très durs à déloger », estime un ingénieur.


La passerelle du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


La passerelle du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


La passerelle du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)


La passerelle du Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)

Formation de l'équipage et intégration progressive

A partir du mois de septembre, le Forbin devrait être versé à la marine, qui en prendra alors la possession et débutera la phase de « prise en main ». Très complexe et doté de nombreux équipements nouveaux, le Forbin est un outil avec lequel les militaires doivent se familiariser. « Durant les essais, l'équipage est déjà à bord. Il est, en fait, formé par anticipation. Les marins se forment au contact des gens qui ont conçu, monté et testé les différents systèmes. Ainsi, le travail de transfert sur les installations de plateforme est déjà bien engagé », souligne Nicolas Gaspard.
Depuis le lancement du programme, les marins suivent de très près la conception, la construction et la mise au point des frégates. Pour aboutir à un bâtiment totalement opérationnel, DCNS et ses partenaires passent par une longue phase d'intégration. Par exemple, avant d'être embarqué, le système de combat a d'abord été testé sur des plateformes terrestres, en Italie puis à Saint-Mandrier. Sur la presqu'île varoise, comme pour le Charles de Gaulle, la mâture et les radars du navire ont été reconstitués. « La plateforme d'intégration de Saint-Mandrier vise à pousser le système et à vérifier que les différents équipements fonctionnent et dialoguent bien entre eux. Pendant que ce travail est effectué, les différentes installations vont être progressivement mises en service durant les premiers essais en mer des navires. Ensuite, dans une seconde étape, nous menons l'intégration à bord. Une fois effectuée la vérification des senseurs, nous les connectons au système de combat. Les équipements vont alors dialoguer ensemble, sachant que nous profitons des essais menés en amont à Saint-Mandrier », explique Daniel Pioux, responsable du système de combat chez DCNS.


L'arrivée du Forbin à Toulon (PHOTO : JEAN-LOUIS VENNE)


Le Forbin à Toulon (PHOTO : JEAN-LOUIS VENNE)

Un calendrier initial trop optimiste

Malgré ces dispositions, la mise au point du système de combat s'est révélée parfois délicate, à la complexité des capacités demandées au système s'ajoutant l'accumulation d'équipements nouveaux. C'est ainsi que les premières tentatives de dialogue entre les équipements du Forbin ont rapidement tourné à la « cacophonie ». Le gros des difficultés semble néanmoins derrière les ingénieurs mais ces derniers ont appris à être prudents et attendent que le système soit parfaitement opérationnel avant de crier victoire. « Le système de combat fonctionne désormais. Ce fut long car il y a beaucoup de choses nouvelles et de grosses évolutions par rapport aux systèmes précédents. C'est par exemple le cas sur la gestion d'affichages ». Suite aux difficultés techniques rencontrées, le contrat Horizon a été renégocié entre l'Etat et les industriels. Le décalage par rapport au calendrier initial a été porté à 18 mois, la livraison du premier navire étant prévue en 2006 lors de la notification du programme, en 2000. « Lors de l'élaboration du calendrier initial, les études fines n'avaient pas encore été réalisées. On avait donc fait une estimation de six ans entre la signature et la livraison. Mais vers 2003, on a vu que le planning serait très difficile à tenir, d'autant que l'Etat avait fait des ajustements », explique-t-on chez DCNS. Premier programme naval franco-italien, Horizon aura essuyé les plâtres de la coopération. Engagés, si ce n'est parfois empêtrés, dans un montage industriel fort complexe, de nombreux acteurs ont reproché une « dilution des responsabilités » dans une cascade de sociétés communes franco-italiennes. Il convient, en effet, de comprendre qu'Horizon, plus qu'un seul programme, est en fait le catalyseur de plusieurs projets majeurs sur lesquels le constructeur n'avait pas la main. Les Etats ont, ainsi, développé et fourni de nombreux équipements, comme le PAAMS, l'EMPAR, la MU90, le SLAT ou le NH90. Au fil du temps, diverses difficultés se sont logiquement présentées dans le développement de tous ces systèmes complexes, aboutissant à des glissements calendaires. Alors que l'essentiel des problèmes est aujourd'hui réglé, chez DCNS, on préfère parler d'« ajustements » plus que de retards. « Pour le PAAMS, par exemple, on a vu des évolutions mais pas de retard. Le programme a été réajusté en fonction des contraintes des uns et des autres ».
Le gros des difficultés ayant été surmonté, l'atmosphère semble s'être nettement détendue entre les partenaires. L'ambiance est, aujourd'hui, plus à la fierté d'avoir réalisé un tel challenge. Car, il faut quand même le rappeler, Forbin est tout de même la plus puissante frégate d'Europe et une superbe vitrine technologique pour l'industrie européenne.


Le Forbin (PHOTO : Vincent GROIZELEAU)