Reportage : L'OTAN débarque sur les plages varoises

Dossier(s) : Marine nationale
Devant les yeux ébahis des baigneurs profitant d'une belle arrière-saison, trois grands bâtiments de débarquement ont pris position devant la plage de Fréjus. Dans le ciel, hélicoptères de transport et de combat se dirigent vers la côte, alors que des chalands de transport de matériel (CTM), chargés d'hommes et de véhicules, progressent vers la plage. Nous sommes au coeur de l'exercice Loyal Midas, organisé du 21 septembre au 3 octobre au large des côtes varoises. Ces grandes manoeuvres ont pour but de préparer et certifier les capacités d'une force d'intervention de l'OTAN. C'est en novembre 2002 que les membres de l'Alliance ont décidé de créer la Nato Response Force (NRF). L'objectif de cette force de réaction rapide est de pouvoir agir dans le cadre de la défense collective des pays de l'OTAN, ou lors d'une intervention consécutive à une crise et nécessitant le déploiement de forces armées. Ses effectifs lui permettent, par exemple, de déployer sur un théâtre et sous faible préavis une force initiale facilitant l'arrivée d'une force plus importante. On peut aussi la voir intervenir à l'occasion d'opérations d'évacuation, ainsi qu'à la suite à de catastrophes, comme ce fut le cas aux Etats-Unis après le passage du cyclone Katrina, et au Pakistan suite au tremblement de terre d'octobre 2005.


Hélicoptères de l'ALAT sur le Mistral (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Un CTM devant Fréjus au lever du jour (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Jusqu'à 25.000 hommes, un groupe aéronaval et des forces aériennes

La Force de réaction de l'OTAN peut rassembler jusqu'à 25.000 hommes et se divise en trois composantes. L'une, terrestre, est de la taille d'une brigade. La seconde, maritime, comprend un groupe aéronaval, un groupe amphibie et un groupe de guerre des mines. Enfin, la NRF dispose d'une composante aérienne susceptible d'effectuer jusqu'à 200 sorties de combat par jour. S'y ajoute un élément complémentaire de forces spéciales, sollicité en cas de besoin.
L'une des principales caractéristiques de la NRF est son degré de réactivité. Elle est, en effet, prête à se déployer rapidement avec un déploiement des premiers éléments sous 5 jours après la décision d'emploi. L'ensemble des forces doit être mobilisable dans un délai d'un mois. La NRF peut oeuvrer en autonome ou intervenir dans le cadre d'une force plus importante pour contribuer à toute la gamme des opérations militaires de l'Alliance. Multinationale, la NRF n'est pas une force permanente. Troupes, véhicules, aéronefs, navires, logistique... Elle est constituée d'éléments fournis par les différents pays membres. Tous les six mois, ces pays mettent à disposition de l'Alliance différents moyens, qu'ils s'engagent à mobiliser en cas de besoin. C'est, aussi, le cas pour les état-majors, qui assument le commandement de la force à tour de rôle. Pour chaque composante, d'importants exercices sont menés avant ce que l'état-major désigné prenne son « tour d'alerte ». En ce qui concerne la composante maritime, c'est l'Italie qui assumera le commandement à la mer des moyens navals de la NRF(14) à compter du 1er janvier 2010, la France ayant en charge le commandement des forces amphibies. L'ensemble est chapoté par le QG de l'OTAN à Lisbonne.


BPC et TCD devant Fréjus (© : VINCENT GROIZELEAU)


L'Etna, navire amiral de la NRF14 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Faire travailler ensemble 4000 hommes, 33 bâtiments et 45 aéronefs

A bord du pétrolier-ravitailleur Etna, l'amiral italien Claudio Gaudiosi commande l'ensemble des moyens navals. Pour cela, il s'appuie sur COMITMARFOR. Créé en 2002, cette structure doit, en temps de crise, être capable de fournir un « état-major de réaction rapide » rapidement déployable pour commander et contrôler des forces dédiées à des opérations conduites au sein et en dehors de la zone d'intérêt OTAN. La France dispose d'une structure de commandement similaire, COMFRMARFOR, conçue pour diriger une composante maritime dans un ensemble interarmées multinational (OTAN, Union européenne, coalition).
Concernant les Italiens, COMITMARFOR est composé en temps de paix de 80 personnes, soit 43 officiers (dont 10 étrangers) et 37 sous-officiers. En temps de crise, l'état major est composé de 110 personnes, dont 70 officiers et 40 sous-officiers. A bord de l'Etna, une salle, aménagée en PC, ressemble à une véritable ruche.


PC embarqué sur l'Etna (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Derrière leurs écrans et grâce à de puissants moyens de communication, les militaires suivent, en temps réel, l'évolution de la situation et les agissements des différentes unités de la force. Et, ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il ne s'agit pas de gérer quelques unités. Porte-aéronefs, frégates, sous-marins, bâtiments de ravitaillement, chalands de débarquement, unités terrestres, hélicoptères, forces spéciales, déminage... Le tout dans un cadre international et interarmées avec des capacités différentes suivant les pays... Pour le seul exercice Loyal Midas, plus de 4000 militaires sont rassemblés. Coordonner toutes ces forces n'est pas forcément une évidence. « Nous avons ici une trentaine de navires, 3 sous-marins, plus de 4000 hommes et 45 aéronefs. Ces forces proviennent de 8 pays différents. Tous utilisent des standards OTAN mais faire travailler ensemble autant de moyens, ce n'est pas évident. Il faut tester l'interopérabilité et s'entrainer afin de certifier non seulement l'état-major, mais aussi les différents groupes, comme le groupe amphibie ou le groupe de guerre des mines », explique l'amiral Gaudiosi, véritable chef d'orchestre de cette armada.




Un scénario à l'image des crises d'aujourd'hui

Pour se faire, Loyal Midas s'articule autour d'un scénario, élaboré en fonction du retour d'expérience des dernières crises et de l'évolution des menaces. A travers un scénario fictif et complexe, la force OTAN doit déployer l'ensemble de ses moyens pour répondre à une crise civile de haute intensité. Quatre nations fictives sont impliquées dans cette simulation : ELTAD, TURNAD, RULAND, ZINELAND. Le scénario se concentre entre deux de ces pays, ELTAD et TURNAD. L'origine du conflit trouve sa source dans la région de Raulia, qui est une province cosmopolite située dans le Sud-est du pays d'ELTAD. TURNAD essaye de profiter des tensions ethniques qui secouent la région pour en prendre le contrôle. Son but est d'obtenir l'indépendance de Raulia afin d'en contrôler les ressources financières. Au Sud d'ELTAD et de TURNAD se trouve le pays de ZINELAND, considéré comme neutre lors de l'exercice. A l'Est d'ELTAD se situe le pays de RULAND, allié stratégique de TURNAD. L'état de RULAND soutient politiquement les intentions de TURNAD, mais ne lui fournit aucune aide militaire de manière directe.
La situation est donc complexe, à l'image de ce que les forces militaires en opérations peuvent être amenées à rencontrer aujourd'hui. Les menaces sont multiples, parfois diffuses, et les unités de la NRF doivent être prêtes à réagir à n'importe quel moment dans un imbroglio politico-militaire où les surprises, bonnes ou mauvaises, risquent de ne pas manquer.


BPC et CTM devant Fréjus (© : VINCENT GROIZELEAU)


TCD et CTM devant Fréjus (© : VINCENT GROIZELEAU)


(© : VINCENT GROIZELEAU)


Puma de l'ALAT sur le Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)


La frégate espagnole Navarra (© : JEAN-LOUIS VENNE)


La frégate Portugaise Alvarez Cabral (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Le TCD Foudre (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Le BPC Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)

Des moyens considérables

Vue de la plage de Fréjus, la composante maritime de la NRF impressionne. Il y a là l'imposant bâtiment de projection et de commandement (BPC) Mistral, les transports de chalands de débarquement (TCD) Foudre et Siroco, 8 CTM, des hélicoptères et des troupes qui débarquent. Mais le gros des forces maritime est au large, ou se fait plus discret. Les lieux ont, d'abord, été repérés par des commandos, mis en oeuvre discrètement depuis une frégate furtive ou un sous-marin. Les chasseurs de mines ont, ensuite, été chargés de traiter les éventuelles charges explosives dissimulées sous l'eau. Au-delà du minage classique, il aussi, désormais, lutter contre les « IED », engins artisanaux très prisés des terroristes et pouvant être utilisés contre une opération amphibie. Dans ce cadre, la Marine nationale dispose d'une équipe spécialisée dans la recherche et la destruction de ces engins.


Le porte-aéronefs Garibaldi (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Harrier sur le Garibaldi (© : VINCENT GROIZELEAU)


Avion Harrier du Garibaldi (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Hélicoptère Merlin sur le Garibaldi (© : VINCENT GROIZELEAU)


Un Merlin italien (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Au large, le gros de la flotte veille. L'une des pièces maîtresses du dispositif est le porte-aéronefs italien Garibaldi. Ce bâtiment embarque une douzaine d'aéronefs, dont les 7 avions AV-8B Harrier qui assurent la couverture aérienne et, éventuellement, l'attaque au sol. La flotte compte aussi de nombreuses frégates, soit 9 au total, chargées de protéger les grands bâtiments contre les attaques venant du ciel, de la mer ou encore des abysses. L'ennemi peut, en effet, disposer de submersibles, ou de navires susceptibles de lancer des raids contre la force de débarquement. Les frégates sont là pour les neutraliser, en coopération avec les sous-marins et l'aviation déployés au sein de la NRF. Il convient, aussi, de se protéger contre les attaques aériennes provenant de la terre, mission assurée par la chasse embarquée ou, si l'opération se déroule suffisamment à proximité de bases alliées, par des forces aériennes décollant d'aérodromes (également valable pour les avions de patrouille maritime, chargé de la surveillance et de la lutte anti-sous-marine).


Le sous-marin turc Preveze (© : JEAN-LOUIS VENNE)

La mise en oeuvre d'une telle armada suppose, également, qu'elle soit ravitaillée en cas d'opération prolongée, à fortiori si elle opère loin de ses bases. Embarquant combustibles, vivres, munitions et pièces de rechange, 4 pétroliers-ravitailleurs répondent aux besoins de la flotte. Si les opérations s'éternisent où se déroulent loin des bases, ce dispositif pourra être complété par un « train de ravitaillement », destiné à éviter toute rupture dans l'approvisionnement des forces et qui, lui aussi, peut nécessiter une escorte.


Ravitaillement à la mer (© : MARINE NATIONALE)

L'exercice Loyal Midas permet de mesurer toute la complexité et la débauche de moyens nécessaires au succès d'une opération aéronavale et/ou amphibie. Il ne suffit en effet pas de disposer d'un porte-avions ou de chars. Il faut également l'ensemble des moyens permettant d'assurer leur déploiement, leur ravitaillement et leur protection. « La distance est un paramètre important. Il faut une capacité à durer et à ravitailler la force si elle opère à grande distance. Dans ce cas, le train de ravitaillement doit être important », note le contre-amiral Philippe Coindreau, adjoint au commandement de la force aéro-maritime de réaction rapide à Toulon.


L'état-major français est basé sur le Mistral (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Le CA Coindreau et l'amiral Gaudiosi (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Les Français aux commandes de la composante amphibie

L'importance des moyens engagés dépend, bien évidemment, du contexte et, en premier lieu, des forces alignées par l'adversaire. Si, en face, l' « ennemi » dispose de puissants moyens aériens et qu'aucune base de l'OTAN ne se trouve à « proximité », il est par exemple évident que la dizaine d'avions Harrier basés sur le Garibaldi ne sera pas suffisante pour assurer la couverture de la flotte. Il faudrait alors passer à des moyens plus lourds, du type porte-avions. « Une opération amphibie peut être simple ou très complexe. Elle peut se limiter à une emprunte maritime ou avoir une continuité sur la terre. Elle peut s'effectuer dans un cadre permissif ou moins permissif. Dans le cadre de Loyal Midas, nous sommes dans un milieu de faible à moyennement permissif. C'est-à-dire que nous pouvons avoir une opposition, par exemple des populations locales, de terroristes ou de groupes qui ne souhaitent pas notre venue », explique le contre-amiral Coindreau. A bord du BPC Mistral, cet officier a la haute main sur la composante amphibie de la NRF. Placé sous la responsabilité de l'amiral Gaudiosi, il assure, dans le jargon OTAN, la fonction de Commander of amphibious Task Force (CATF).


Le PC du Mistral lors de Loyal Midas (© : MARINE NATIONALE - E. RATHELOT)

Dans l'immense et très moderne poste de commandement du navire (livré en 2006 par DCNS), qui s'étale sur 850 m², marins et soldats, français comme étrangers, forment un état-major chargé de la conduite des opérations amphibies. Le tout est, évidemment, intégré dans l'ensemble du dispositif. « L'état-major comprend 100 personnes dans un environnement qui comprend beaucoup de moyens. Il y a des navires, des avions, des hélicoptères. Il faut coordonner les frappes air-sol, surface-air, mer-mer, la chasse aux mines et bien sûr le débarquement », explique le capitaine de vaisseau Moreau, chef d'état-major du CATF. Fourni notamment par FRMARFOR, le « cerveau » de l'opération compte des personnels français mais aussi étrangers. Ainsi, en permanence, COMFRMARFOR dispose de 7 officiers provenant de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, d'Italie, de Belgique ou encore de Turquie. « Le PC du Mistral, modulable, permet de l'agencer suivant nos besoins. On peut y installer tous nos modules, à commencer par ceux destinés aux opérations, mais aussi des modules pour les finances, les ressources humaines ou encore les briefings ». Une opération comme celle « jouée » durant Loyal Midas nécessite d'énormes moyens de communication. Quelque soit la nationalité, les différentes unités, navales, aériennes ou terrestres, doivent pouvoir communiquer ensemble et être coordonnées. Il faut aussi rester en contact avec le monde extérieur, notamment via des accès à Internet. En tout, le PC du Mistral compte donc 200 stations de travail, dont 78 sont reliées au réseau OTAN « NS Wan ».


Puma sur le pont du Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)

Une entente indispensable entre marins et unités terrestres

Une telle mission nécessite une coopération sans faille entre les moyens mis en oeuvre par les différents pays, le moindre grain de sable dans les rouages de l'état-major pouvant avoir des conséquences plus ou moins importantes. « Il faut établir des liaisons de commandement qui permettent de comprendre, exactement, quels sont les ordres. Le second défi est de travailler conjointement pour qu'on ne diverge pas sur les objectifs de l'opération », souligne l'amiral Coindreau. Dans ce cadre, l'entente entre marins et soldats de l'armée de Terre est cruciale. Jusqu'au débarquement, les forces navales gèrent les opérations. Mais, dès que les troupes ont posé le pied au sol, les « terriens » reprennent la main. Dans le cas de Loyal Midas, l'amiral Coindreau passe le relai au général de brigade Eric Margail, patron de la 6ème Brigade Légère Blindée et, ici, commandant des troupes débarquées. Le Commander of land forces (CLF) aura la main sur les opérations terrestres, le CATF assurant son soutien, notamment logistique.


Le Mistral et des CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)

Dans le cadre de la NRF 14, le contrat de la France est de pouvoir déployer, avec appareillage sous 20 jours, 3 bâtiments amphibies, 935 hommes de troupe et leurs matériels. « Lors de l'opération, notre commandement est sur le BPC puis tout ou partie est débarqué. La force de contact comprend deux compagnies d'infanterie, un escadron blindé avec des AMX10 RC, ainsi qu'une composante appui, avec ici un mortier de 120 mm et une section Mistral. Nous avons aussi des éléments du génie avec des moyens d'aide à la mobilité de la force, et nous bénéficions en renfort de la présence d'une équipe de démineurs à nos côtés. La force de soutien, en liaison avec les forces amphibies, assure le ravitaillement. Elle va chercher les besoins sur les bateaux et les débarque », précise le colonel Loeillet, de la 6ème BLB. A ces éléments, s'ajoutent un groupement aéromobile, avec des hélicoptères de manoeuvre et de reconnaissance de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT). Ainsi, pour Loyal Midas, le BPC et les TCD mettent en oeuvre 4 Puma et 4 Gazelle. Alors qu'on évoque souvent des dissensions dans les armées, pour le colonel Loeillet, la bonne entente avec la marine est une évidence. « Il faut souligner les excellentes relations entre l'armée de Terre et la Marine nationale. La collaboration est, d'ailleurs, impérative, car nous travaillons ensemble. Nous avons besoin des bateaux pour nous transporter et nous débarquer. C'est un travail collectif, dans lequel intervient un savoir-faire des terriens qui doivent connaître les procédures pour embarquer sur les bateaux. S'il y a une transition entre les deux milieux, il n'y a pas de coupure dans la manoeuvre ».


(© : JEAN-LOUIS VENNE)

La 6ème BLB et le BPC Mistral

Cette bonne entente est, sans doute, renforcée par la nature même des unités engagées. Avec un PC situé à Nîmes, la 6ème BLB est l'une des 8 brigades interarmes françaises. Elle se distingue comme étant l'une des deux brigades « numérisées » mais, aussi, l'une des deux seules brigades amphibies de l'armée de Terre. A ce titre, elle opère très régulièrement avec la Marine nationale. Ses effectifs globaux atteignent 5000 hommes, répartis en 5 régiments, soit trois de la légion étrangère et deux de marsouins (troupes de marine). Elle se compose du 1er Régiment Etranger de Cavalerie (9 chars AMX10 RC), du 21ème Régiment d'Infanterie de Marine (notamment doté de 63 Véhicules de l'Avant Blindés - VAB), du 2ème Régiment Etranger d'Infanterie, du 54ème Régiment d'Artillerie (6 batteries sol-air Mistral), du 3ème Régiment d'Artillerie de Marine (4 mortiers de 120 mm), du 1er Régiment Etranger du Génie, auxquels d'ajoute le 511ème Régiment du Train (logistique).


Une Gazelle dans le Hangar du Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)

Pour les besoins de l'OTAN, nous l'avons vu, la France doit être capable de projeter une force comprenant 935 soldats (et jusqu'à 1400 si les quatre BPC et TCD de la marine sont disponibles), leurs véhicules et leurs matériels.
Bâtiment de nouvelle génération, le Mistral, comme son sistership le Tonnerre, a été spécialement conçu pour ce type d'opération. Plus gros navire de la flotte française après le porte-avions Charles de Gaulle, il mesure 199 mètres de long pour un déplacement de 21.500 tonnes en charge. Outre sa mission de base mobile de commandement, ses installations aéronautiques lui permettent de mettre en oeuvre 16 hélicoptères lourds. A ce titre, il dispose d'un hangar (1800 m2) pour Puma, Cougar, Gazelle, Tigre et bientôt NH90, deux ascenseurs desservant le pont d'envol, d'une surface de 5200 m2. Sur ce dernier, 6 hélicoptères peuvent décoller simultanément (le spot avant peut accueillir un hélicoptère lourd Super Stallion ou un convertible Osprey).


Véhicules dans le garage du Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)


Véhicules dans le garage du Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)


Véhicules dans le garage du Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)


Véhicules dans le garage du Mistral (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Sous le hangar des hélicoptères, de vastes garages accueillent les véhicules de l'armée de Terre. Le BOC peut, ainsi, accueillir 70 engins, dont 13 chars lourds Leclerc. Les garages communiquent, via une rampe, avec le radier, où son logés les engins de débarquement. Le radier fonctionne comme un bassin de radoub. Lors des transits, il est au sec et, au moment de débarquer, il est rempli d'eau, permettant la sortie des engins de débarquement. Actuellement, un BPC peut embarquer quatre CTM, mais ces chalands seront remplacés, à partir de 2011, par des engins de débarquement amphibie rapides (EDA-R), grands catamarans de 30 mètres de long capables de transporter, à la vitesse de 18 noeuds, une charge de 80 tonnes. En plus de l'équipage, le l'état-major et des personnels de l'aviation embarquée, le BPC peut loger 450 hommes de troupe sur des périodes plus ou moins longues.


CTM dans le radier (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Sortie du radier en CTM (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Sortie du radier en CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


Sortie du radier en CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


CTM et Mistral (© : VINCENT GROIZELEAU)

Le débarquement, un vrai savoir-faire

Sitôt l'opération lancée, véhicules, hommes et matériels embarquement sur les CTM. Au préalable, d'autres unités auront préparé le terrain en vue du débarquement. Ainsi, les forces spéciales, dont l'état-major est situé sur la frégate Surcouf, auront repéré la plage, les unités de déminage (commandées depuis le TCD Siroco) ayant sécurisé l'accès. Il faut d'ailleurs le savoir, on ne débarque pas n'importe où. Nature des fonds, inclinaison du terrain, granulométrie... Il faut d'abord trouver la bonne plage. « Ce qui est complexe c'est de trouver une plage adaptée débarquer les véhicules. C'est pourquoi les commandos, qui ont une expertise en la matière, viennent faire des reconnaissances discrètes pour faire un état des lieux et savoir si le terrain est praticable », précise le lieutenant Filippini, du 1er REC. Dès que cela est possible, le Génie intervient, ensuite, pour aménager les plages, notamment en vue du ravitaillement. Des tapis métalliques sont, par exemples, déployés sur la plage, afin de permettre aux véhicules de mieux rouler dans le sable.


Embarcation et engin du Génie (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement depuis un CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement depuis un CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement depuis un CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement depuis un CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement depuis un CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement depuis un CTM (© : VINCENT GROIZELEAU)

Depuis la plage de Fréjus, on observe les CTM, sortant du radier du Mistral et mettant le cap vers la plage. Lancés à une petite dizaine de noeuds, les chalands, bourrés d'hommes et de matériel, se rapprochent vite de la côte. A proximité de la plage, ils sont guidés par un homme à terre, afin de baisser leurs rampes au bon endroit. Grâce à leur force d'inertie, les CTM s'échouent littéralement sur la plage. Du premier engin, des fantassins, soutenus par un VAB, sautent dans l'eau et prennent immédiatement position. Leur objectif est de sécuriser la plage. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils progressent jusqu'à la route située à quelques dizaines de mètres. Parés à ouvrir le feu, ils se mettent à l'abri derrière un muret, prêts à repousser toute tentative adverse de repousser la force de débarquement à la mer.


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Pendant ce temps, d'autres CTM se sont approchés. Ceux-là transportent des véhicules blindés (VBL et VAB), ainsi qu'un char AMX10 RC. Tout s'est passé très vite et sans anicroche, comme s'il s'agissait d'un jeu d'enfant. Un débarquement, c'est donc facile ? « Pas si simple », rétorque le colonel Pau : « C'est un vrai métier. Cela parait simple, quand on le regarde, mais cela nécessite beaucoup de savoir-faire et de professionnalisme. C'est le fruit de la coopération entre marins et soldats ».


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Débarquement (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Les liens entre les navires et les troupes au sol ne s'arrêtent d'ailleurs pas au moment où les soldats foulent la plage du pied. Les unités restent en lien permanent, la flotte assurant le soutien militaire (bombardement, appui aérien, protection de la tête de pont) logistique (ravitaillement, débarquement des renforts) et aussi sanitaire. A cet effet, un bâtiment comme le Mistral dispose d'importantes infrastructures hospitalières (750 m2), avec deux blocs opératoires et 69 lits, à même de traiter les blessés, qui peuvent notamment être évacués par hélicoptères.


Débarquement (© : VINCENT GROIZELEAU)


Le PC au sol (© : VINCENT GROIZELEAU)

Un PC terrestre totalement numérisé

Une fois débarquées, les troupes se rendent progressivement maîtresses du terrain, essuyant ici et là une opposition plus ou moins vive. Dès que cela est possible, un PC est installé au sol. Il va alors prendre le relai dans le commandement des opérations amphibies, jusqu'ici gérées depuis le Mistral. « L'intérêt de disposer d'un PC au sol se situe notamment dans la prise de décision. On a besoin de sentir le terrain, autrement que dans des comptes rendus reçus à plusieurs kilomètres de la côte. Ensuite, les troupes ont besoin de voir que les chefs sont là ; et les chefs doivent être au contact des troupes. Enfin, nous devons établir un lien étroit avec notre environnement, c'est-à-dire la population, les chefs locaux ou les ONG. Nous avons d'ailleurs, dans ce PC, une cellule qui s'occupe uniquement de tout ce qui ne relève pas des forces et de l'adversaire », explique le général Margai. Nécessitant 4 heures d'installation, le PC dispose, en son centre, d'une vaste tente de 150 m2, depuis laquelle on communique avec quatre VAB camouflés et surmontés de pièces légères. Autour, sont disposés différents véhicules de transmissions. L'ensemble constitue le « coeur et la tête » de la brigade.


Le PC au sol (© : VINCENT GROIZELEAU)


Le général Marguai (© : JEAN-LOUIS VENNE)


PC au sol (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Le PC au sol (© : VINCENT GROIZELEAU)


Le PC au sol (© : VINCENT GROIZELEAU)


PC au sol (© : JEAN-LOUIS VENNE)


PC au sol (© : JEAN-LOUIS VENNE)


PC au sol (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Intérieur d'un VAB (© : JEAN-LOUIS VENNE)


Affût d'un VAB (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Composée de moyens légers et souples, la 6ème BLB est, dans ce type d'opérations, à son affaire. Elle met en oeuvre, depuis un an maintenant, la Numérisation de l'Espace de Bataille (NEB). « Grace à la numérisation, quelque soit l'endroit, toutes les unités sont en lien et ce, en temps réel. Cela nous permet de disposer en permanence de la position de tout le monde, ce qui permet une meilleure anticipation par rapport à un PC non numérisé », note le colonel Pau. Fini donc l'époque où les ordres du chef étaient écrits sur une machine, photocopiés, assemblés en liasses et transportés par route jusqu'à qui de droit. Pour le général Margail, la numérisation est un moyen « rapide et sûr » qui permet un énorme gain de temps. « Le gain de temps est considérable, aussi bien physiquement que dans le processus intellectuel. Les ordres sont validés au fur et à mesure ; et exécutés en temps réel. On suit l'évolution en direct, avec une véritable image du terrain que nous voyons tous au même moment. Du coup, on ne harcèle plus les subordonnés pour savoir ce qui se passe. Souvent, on voit directement pourquoi il y a un problème. Tout cela donne de l'anticipation et de la sérénité dans le PC de commandement ». Pour le commandant des troupes débarquées, totalement conquis par la numérisation, les progrès sont considérables. « Grâce à la justesse et à la précision de la géo-localisation, on réduit les engagements fratricides ou les délais de mise en oeuvre des boucles d'appui. En clair, on peut coordonner ce que l'on veut, où on veut et quand on veut ». La numérisation est, aujourd'hui, bien intégrées par les militaires français, qui ont eu le temps de se roder avec ces nouveaux moyens. Aujourd'hui, le dispositif est sécurisé et semble très fiable. Selon un officier, « 99% des problèmes viennent de l'interface chaise-clavier ». Entendez, par là, non pas de la technique, mais des hommes...


(© : VINCENT GROIZELEAU)

La France à la tête de la NRF15 l'an prochain

Après la phase d'entrainement et de certification dont Loyal Midas fait partie, les forces navales constituant la NRF14 seront prêtes à prendre leur tour d'alerte au mois de janvier. L'Italie sera à la barre de composante durant six mois. Puis, au second semestre 2010, ce sera au tour de la France, en charge des moyens amphibies à partir du 1er janvier, de succéder à l'Italie à la tête des forces navales de l'OTAN. En attendant que cette force soit éventuellement activée, les bâtiments des pays membres participent, aussi, aux deux forces navales permanentes de l'Alliance. Il s'agit du Standing NATO Maritime Group 1 (SNMG1) et du Standing NATO Maritime Group 2 (SNMG2). On notera d'ailleurs qu'en cas d'activation de la NRF, les unités affectées aux SNMG peuvent y être intégrées, comme c'est actuellement le cas, au large des côtes varoises, avec la frégate espagnole Navarra et la frégate italienne Euro. Ces navires appartiennent au Groupe 1, actuellement commandé par l'amiral portugais José Domingos Pereira da Cunha. Le Groupe 2 a, quant à lui, été déployé dans le golfe d'Aden dans le cadre de la lutte contre la piraterie, une opération qui démontre à quel point les missions de l'OTAN ont évolué depuis sa création pendant la guerre froide.