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Rogue Hunter, un navire conçu pour étudier les vagues scélérates

Longtemps reléguées au rang de mythe, les vagues scélérates, dont l’existence ne fait aujourd’hui plus de doute, demeurent un danger pour la navigation. Car elles sont extrêmement destructrices. Un certain nombre de navires, y compris de très grande taille, ont subi de lourds dommages, certains ayant même coulé, après avoir rencontré les fameuses « Rogue Wave ». Ces énormes vagues océaniques, abruptes et de grande hauteur (certaines pouvant dépasser les 30 mètres), naissent semble-t-il des effets liés aux tempêtes en mer. Depuis plusieurs années, des scientifiques se penchent sur ce phénomène, pour tenter de l’expliquer, mais aussi de le prédire. A ce titre, la société toulousaine Noveltis développe par exemple un système de prévision des vagues scélérates. Mais personne n’a encore pu, sur le terrain, mesurer avec exactitude les caractéristiques de ces immenses murs d’eau. Or, ces données seraient très utiles pour mieux les connaître et évaluer leur dangerosité sur les structures des bateaux.

 

 

Le Rogue Hunter

 

 

C’est dans cette perspective que SVDesign a imaginé un navire scientifique, le Rogue Hunter, spécialement conçu pour rechercher et étudier les vagues scélérates. « Je pense personnellement qu'il faudra un jour aller sur les mers pour valider les théories cherchant à expliquer le phénomène des vagues scélérates. Il faudra alors un navire capable d'affronter les tempêtes en haute mer, capable de prendre une vague scélérate de front avec toute une série d'équipements de mesures pour relever le profil de la vague, sa hauteur et la pression d'impact sur les structures, et surtout d'y survivre avec tout son équipage », explique l’architecte Sylvain Viau, concepteur de ce chasseur de vagues géantes.  
 

Le Rogue Hunter (© : SV DESIGN)

 

 

Long de 57 mètres pour une largeur de 8 mètres, le Rogue Hunter présente une ligne très particulière. Pensé comme un navire perce-vague extrêmement résistant, il a été conçu, depuis sa structure jusqu’à sa propulsion, pour passer à travers de lames gigantesques. « Les formes avant en pointe n'offrent aucun point de faiblesse, la timonerie est renforcée à outrance, tandis que le tiers arrière protège au maximum les équipements indispensables ainsi que les prises d'air et les échappements des machines. La propulsion est diesel-électrique, avec un fort parc batteries à fond de cale pour garantir une excellente stabilité, ainsi qu'une autonomie importante en propulsion électrique, ceci afin de conserver une bonne manœuvrabilité et une propulsion effective même lorsque les groupes électrogènes sont à l'arrêt (submersion au passage d'une vague scélérate, angles de gite trop importants...) ».

 

 

Le Rogue Hunter (© : SV DESIGN)

 

Le Rogue Hunter (© : SV DESIGN)

 

Le Rogue Hunter (© : SV DESIGN)


 

Un phénomène naturel reconnu très tardivement

 

 

Malgré les témoignages de nombreux marins et des disparitions inexpliquées de navires, cela fait moins de 20 ans que l’existence des vagues scélérates a été admise par les scientifiques. Cette reconnaissance est intervenue suite à l’incident de la plateforme pétrolière Draupner qui, lors d’une tempête en mer du Nord, en 1995, a affronté une vague de plus de 25 mètres de haut. Le mois suivant, c’est le paquebot britannique Queen Elizabeth 2 qui, lors d’une traversée entre Southampton et New York, se retrouve face à une lame de 30 mètres. « De l’obscurité est venue cette grande muraille d’eau telle que je n’en avais jamais vu dans toute ma vie », dira le commodore Ronald Warwick, alors commandant du liner. Ces deux évènements, indiscutables, incitent les scientifiques à se pencher sur la question pour finalement admettre l’existence du phénomène de vagues scélérates. Depuis, de nombreux autres cas ont été signalés sur toutes les mers du monde, y compris au large des côtes européennes. Ainsi, en mai 2006, le Pont Aven, de la compagnie française Brittany Ferries, fut endommagé par un mur d’eau d’environ 20 mètres au large de l’île d’Ouessant.

 

 

Navires ayant rencontré des vagues scélérates (© : DROITS RESERVES)

 

 

Et c’est aux vagues scélérates que l’on a finalement attribué des naufrages, comme celui du cargo Neptune Sapphire (1973), coupé en deux par une lame gigantesque lors de son voyage inaugural, ou encore du München, disparu corps et bien en 1978 et dont on a retrouvé qu’un canot et une plaque d’acier déformée de manière impressionnante. Coques éventrées, étraves pulvérisées… De nombreux navires de commerce ont, par ailleurs, été sérieusement endommagées par ce phénomène. Les vagues géantes sont particulièrement violentes car, contrairement aux tsunamis, qui provoquent une onde de grande amplitude que l’on remarque à peine en haute mer, la longueur d’onde est pour les vagues scélérates très courte et de grande amplitude, ce qui provoque cet effet de gigantesques mur d’eau particulièrement dévastateurs. D’après les scientifiques, elles génèrent une pression énorme, pouvant atteindre 100 tonnes par mètre carré pour une vague de 30 mètres, soit 8 à 9 fois plus qu’une lame trois fois plus petite.  On comprend mieux, alors, que les navires frappés s’en sortent rarement indemnes.