Construction Navale

Reportage

Rolls-Royce: L'Asie, la MT 30 et les UT

En 2005, le secteur marine du motoriste britannique a vu ses ventes progresser de 14% (1,9 milliards de dollars) et ses profits bondir de 32% (155 millions de dollars). Avec un carnet de commandes en hausse de 23%, Rolls-Royce Marine se porte très bien, pour le plus grand plaisir de son président, Saul Lanyado : « L’année a été marquée par de nombreux contrats, des investissements importants et l’ouverture d’une usine et d’un pôle commercial à Shanghai. Avec notre usine déjà en activité en Corée du sud, nous créons un véritable hub de construction destiné à l’Asie, le plus grand marché mondial du shipping ». Pour le motoriste, cette implantation, en Chine, décidée en 2003, était vitale et hautement stratégique : « Tous ceux d’entre nous qui travaillent dans cette industrie ont mesuré les importants changements qui se sont déroulés ces cinq dernières années dans la construction navale. Aujourd’hui, environ 80% de la construction de navires civils est réalisé dans le nord-est de l’Asie ». Le choix de Shanghai ne doit, évidemment, rien au hasard. C’est là qu’un immense chantier naval est en train de voir le jour. Le Jiangnan Shipyard Corp, filiale de China State Shipbuilding Corp (CSSC), est déplacé et agrandi sur l'île de Changxing. Le nouveau site permettra au groupe de passer d'une capacité annuelle de 800 000 tonnes à 4,5 millions de tonnes en 2010 et 8 millions de tonnes en 2015. Avec les sites déjà existants, Shanghai deviendra le premier pôle mondial de construction navale, avec une capacité annuelle impressionnante de 12 millions de tonnes. L’ouverture des chantiers de Changxing, dont le coût est estimé à 3,6 milliards de dollars, est prévu l’année prochaine. La montée en puissance du pôle de fabrication asiatique permettra d’éviter une saturation de l’outil de production existant. En effet, RR, qui a produit 88 moteurs diesels en 2004, en livrera 230 en 2006 et atteindra le maximum de ses capacités l’année prochaine, avec la sortie de 260 machines.

Bataille de turbines avec General Electric

Le groupe britannique fonde de grands espoirs dans sa nouvelle turbine à gaz, la MT 30. Lancé en 1995 dans l’aéronautique la gamme de moteurs Trent, très présents chez Airbus, a servi de base à la machine navale. Cette turbine, dite de quatrième génération, est caractérisée par sa forte puissance. Certifiée aux Etats-Unis, la MT 30 développe 36 MW (puissance avérée) mais le constructeur annonce un potentiel de 40 MW. Ce produit constitue une sérieuse menace pour General Electric et sa vénérable LM 2500, qui équipe des navires dans le monde entier. La LM 2500 + G4, actuellement en cours de développement, est une extrapolation de la LM 2500, conçue dans les années 70. La dernière évolution est annoncée par GE à 32 MW, contre 28 MW pour la LM 2500 +. « La MT30 partage 80% de sa technologie avec les moteurs Trent, ce qui la rend économique à fabriquer et lui confère des avantages incomparables en termes d’exploitation, notamment une maintenance minimum, ce qui est prépondérant pour ce type de produit. Elle se caractérise également par un moindre degré d’obsolescence que celui de la gamme de moteurs LM2500. La MT30 est la turbine à gaz la plus puissante et la plus évoluée du marché de la marine. Son rapport poids/performance est le meilleur de sa catégorie », affirme Peter Dunn, vice-président de Rolls-Royce Marine.

La MT 30 à la conquête du marché américain

Les turbines britanniques et américaines se livrent une bataille de première importance auprès de l’US Navy. Pour mener à bien le programme Littoral Combat Ship, la marine américaine a confié la réalisation de deux prototypes à deux équipes distinctes. La première, emmenée par Lockheed-Martin, comprend également Gibbs & Cox, Marinette Marine et Bollinger. Son navire, le Freedom, qui sera lancé en décembre, a été équipé l’année dernière de deux MT 30. Le team adverse, avec General Dynamics, BIW et Austal, a, en revanche, choisi des turbines GE. Son bateau, à coque trimaran, sera lancé en 2007. Après avoir comparé les différents prototypes, l’US Navy retiendra, normalement l’année prochaine, le consortium vainqueur. Le marché, colossal, porte sur 58 à 82 frégates. Le jeu d’influence entre Rolls-Royce et General Electric est donc particulièrement aigu, d’autant que les deux motoristes sont également en compétition pour les futurs destroyers DD(X) (8 à 12 unités) et les croiseurs CG(X) (une quinzaine de navires). En 2005, une MT 30 a été livrée et testée sur le démonstrateur du DD(X). Les perspectives américaines sont donc bonnes, alors que la MT 30 est à la peine en Europe. Non retenue sur le programme franco-italien FREMM, elle sera toutefois installée sur les porte-avions britanniques du type CVF et, sans doute, sur le PA 2 français. En attendant l’arrivée de cette nouvelle machine sur le vieux continent, le groupe a remporté, l’année dernière, un contrat de support à long terme de 238 millions de dollars. Ce contrat porte sur l’entretien des turbines Tyne et Olympus équipant 27 navires de la Royal Navy et des marines française, néerlandaise et belge.

La saga des UT continue

Surfant sur la belle croissance du marché pétrolier et gazier, Rolls-Royce renforce progressivement sa présence sur le secteur offshore, grâce aux célèbres, UT, commercialisés sous la forme d’ensembles complets design/équipements. Mondialement connu et des plus emblématiques, le concept des UT Design, lancé en 1974, poursuit son essor, après le rachat du Norvégien Ustein par Rolls-Royce. Ces navires ravitailleurs de plateforme, releveurs d’ancre ou d’études sismiques, sont aujourd’hui vendus en sept versions. RR a signé, l’an passé, la commande du 500ème navire UT. Du type UT 787 CD, les deux unités commandées par Island Offshore en novembre dernier, seront construits par les chantiers Aker Yards de Langsten et livrés en 2006 et 2007. Longs de 78.3 mètres pour une largeur de 22 mètres, ces bâtiments offshore ultramodernes sont conçus pour intervenir avec la plus grande précision, par des profondeurs allant jusqu’à 2000 mètres. Pour se faire, le UT 787 CD dispose d’un hangar pour un engin sous-marin ROV (Remote Operated Vehicule). Début 2006, le groupe Rolls-Royce avait 61 UT en commande, dont les deux unités ordonnées en mars par Farstad Supply AS à Aker. (Type UT 751 E ) de 93 mètres et 4500 tonnes. 17 des navires en commande sont des supplies du type UT 755 et 11 autres du type UT 722 AHTS. L’attention croissante des gouvernements en matière de sauvegarde des approches côtières et de lutte contre la pollution impacte de plus en plus les équipements des UT, note Roll-Royce. « Bien que souvent associés avec les champs pétroliers et gaziers de la mer du Nord, les UT Design sont aussi construits pour l’Inde, la France, le Brésil, la Corée et Singapour », souligne Saul Lanyado.

Nouvelles technologies

Comme tous les grands industriels, Rolls-Royce doit sa position dominante à la capitalisation de son savoir-faire et, bien entendu, à ses travaux de recherche et de développement. « La R&D est, depuis longtemps, un budget très important. Nous y consacrons 4% du budget », souligne le président de RR Marine. Après le semi échec de la turbine WR 21, destinée aux économies de carburant (par un cycle complexe avec récupérateur), Rolls-Royce travaille à l’élaboration d’une nouvelle génération de propulseur, le Rim Driven Tunnel qui doit, selon la propre expression du motoriste, « avoir un impact majeur sur les futurs modes de propulsion marine ». Actuellement en cours de développement, le propulseur en tunnel doit être embarqué, en premier, sur les unités de support offshore, puis sur les navires marchands et enfin, Rolls-Royce l’espère, sur les paquebots. Pour le groupe britannique, l’avenir passe aussi par le Water-jet AWJ-21. Cet hydrojet de nouvelle génération, dont les capacités sont étudiées avec l’US Navy, équipe un démonstrateur, le Sea Jet (programme Advanced Electric Ship Demonstrator- AESD). Ce navire de 40 mètres, construit par Dakota Creek Industries, a été lancé l’été dernier et reprend les lignes du DD(X). Il s’agit, en réalité, d’une réplique au 5ème du futur destroyer américain. S’il n’est pas prévu d’équiper les DD(X) de water-jet, les LCS disposeront en revanche de cet équipement. Rolls-Royce est enfin impliqué dans le programme Nato Submarine Rescue System (NSRS). Cet engin de sauvetage, financé par la Grande-Bretagne, la France et la Norvège, est en cours de construction chez Roll-Royce Naval Marine. Armé par l’OTAN, il sera livré en décembre prochain. A l’instar des anciens DSRV américains, le NSRS sera aérotransportable. Doté de batteries RR Zebra, il pourra plonger à plus de 600 mètres.

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