Saint-Nazaire : « Le gouvernement se démène » assure Arnaud Montebourg

Dossier(s) : STX FRANCE (Chantiers de Saint-Nazaire)

En marge de sa visite de l’Institut de Recherche Technologique Jules Verne, près de Nantes, Arnaud Montebourg a rencontré hier les syndicats de STX France. Des représentants du personnel très inquiets pour l’avenir du chantier de Saint-Nazaire, dont le carnet de commandes se vide et pour lequel les perspectives semblent très aléatoires. Les syndicats, qui avaient déjà alerté le ministre du Redressement Productif en juin dernier, réclamaient depuis des semaines un nouveau rendez-vous afin de faire le point sur la situation. Ce fut chose faite hier. Après trois-quarts d’heure de réunion, Arnaud Montebourg, à sa sortie, n’a cependant pas été  très prolixe. « Le gouvernement, en matière de construction navale, se démène pour défendre l’outil industriel. Notre position est de trouver des solutions économiques, c'est-à-dire du travail », s’est contenté d’affirmer le ministre.  Une déclaration un brin incantatoire qui, à l’image du contenu de la réunion, n’a pas convaincu tous les syndicats présents. « On n’a rien appris de plus, si ce n’est qu’il faut attendre, encore et encore. Nous n’avons malheureusement rien de neuf à dire aux salariés. On nous dit qu’il faut maintenir l’outil de travail mais on ne voit rien venir », regrette-t-on à la CGT, où l’on espérait des annonces concrètes.

 

« Il n’y aura pas de fermeture ni de plan de licenciements massif »

 

D’autres, en revanche, sont sortis de la réunion plus satisfaits. « Le ministre c’est engagé à pérenniser le chantier et ses compétences. Pour nous, cela veut déjà dire qu’il n’y aura pas de fermeture ni de plan de licenciements massif », fait-on valoir à la CFDT. Cette dernière insiste sur la nécessité de mettre en place un grand plan de formation exceptionnel en 2013, année où le chantier va quasiment tourner à vide. « On ne peut pas laisser les gens à rien faire chez eux. Il faut en profiter pour les former à de nouveaux métiers et développer les compétences, que ce soit chez STX mais aussi dans la sous-traitance, qui est vitale pour nous, de manière à préparer la diversification de notre activité, notamment dans l’éolien offshore, le pétrole et le gaz. Il faut ouvrir les yeux. Aujourd’hui, nous devons muter, sinon nous sommes morts  ». Si la diversification est pour tous une évidence, FO, notamment, s’inquiète que ce gisement potentiel d’activité puisse se transformer en  miroir aux alouettes. « Un plan de formation c’est bien, mais ce n’est pas une solution. On ne se diversifie pas dans l’urgence mais quand cela va bien. Il faut avant tout que nous prenions des commandes de navires car pour le moment, c’est ce que nous savons faire de mieux ».  

 

Des perspectives de commandes plutôt minces

 

Mais les perspectives de décrocher des commandes de navires semblent aujourd’hui des plus minces. La semaine dernière, bien que cela fût tout à fait prévisible dans le contexte actuel, Saint-Nazaire a subi une douche froide lorsque MSC Croisières, premier client du chantier, a officiellement annoncé qu’il gelait pour le moment ses investissements dans la croisière. Et il en va de même pour d’autres compagnies, priées par leurs actionnaires de renvoyer les nouvelles commandes à des jours meilleurs. Quant au projet de nouveaux ferries pour la SNCM, il parait bien hypothétique, dépendant de l’attribution de la délégation de service public vers la Corse, l’été prochain, mais aussi de problématiques liées au respect de la règlementation européenne sur la concurrence. Reste la diversification, avec notamment l’offshore, un des rares secteurs actuellement en développement mais aussi une terre à défricher pour STX France, alors même que d’autres chantiers européens se sont spécialisés depuis longtemps dans ce domaine. Sans compter que STX OSV, la branche offshore et navires spécialisés de STX Europe (propriétaire à 66.66% de STX France aux côtés des 33.34% de l’Etat), a des chances de terminer dans l’escarcelle du groupe italien Fincantieri, grand concurrent de Saint-Nazaire. Les énergies marines renouvelables, plus particulièrement l’éolien, peuvent probablement apporter de la charge mais, là aussi, rien n’est certain. En attendant, l’effectif du chantier va bientôt tomber à 2000 salariés, son plus bas niveau historique. Quant aux sous-traitants, qui étaient encore 4000 à travailler sur le site il y a quelques mois, les effectifs ont, de sources syndicales, déjà été divisés par trois, si ce n’est quatre.

 

Un nouvel actionnaire pour reprendre la barre ?

 

Pour autant, le bassin nazairien ne désarme pas et l’Etat a au moins le mérite de lui affirmer clairement son soutien. « Nous sommes rassurés sur la détermination du gouvernement à pérenniser l’outil de travail », a déclaré hier Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire, en sortant de la réunion avec le ministre en compagnie de Marie-Odile Bouillé, députée de Loire-Atlantique. Les deux élus locaux ne se sont toutefois pas attardés devant la presse, signe que, pour l’heure, il n’y a pas grand-chose de neuf sur le dossier. Pas de bonne nouvelle côté commandes, un plan de formation qui reste à négocier et à justifier légalement, et toujours de grosses inquiétudes… Dans cette période de tempête, les critiques fusent contre l’actionnariat et la gouvernance de l’entreprise, dont l’une des principales faiblesses est, sans aucun doute, de ne pas avoir dans son capital un industriel actif pour tenir la barre et donner un cap. Depuis 2008, STX France est détenu en majorité par les Sud-coréens de STX Shipbuilding, via STX Europe. « Les Coréens, on ne les voit pas, ils n’ont rien fait. C’est l’Etat, actionnaire minoritaire, qui se retrouve à jouer les patrons de substitution, alors que ce n’est pas son rôle,  et doit se démener pour trouver des commandes. Ce n’est pas normal », s’agacent plusieurs responsables syndicaux, favorables à ce que, d’une manière ou d’une autre, STX soit sorti du jeu. Alors que FO réclame la nationalisation du chantier, ce que l’Etat refuse, d’autres, comme la CFDT, souhaitent qu’un « industriel qui ait envie d’investir »  entre au capital et reprenne les choses en main. Interrogé sur la problématique de l’actionnariat du chantier, Arnaud Montebourg a répondu de façon quelque peu énigmatique : « La question n’est pas sur la table pour le moment », a-t-il dit, avant d’ajouter dans la foulée : «  Nous en parlerons avec l’ensemble du gouvernement. Toutes les questions doivent être posées, quand elles le doivent ».