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Scorpène indiens: Transfert de technologie: Oui mais...

Environ deux milliards d’euros. C’est la part du gâteau obtenue par l’industrie française de la défense dans la coopération tous azimuts lancée hier par Jacques Chirac et le Premier ministre indien Manmohan Singh. EADS fait même coup double entre le contrat des 43 Airbus et celui des 36 missiles Exocet SM 39 qu’MBDA livrera à la marine (coût : 700 millions d’euros). Ces missiles antinavires équiperont donc les six sous-marins du type Scorpène (66,40 mètres de long, 1700 tonnes en plongée), choisis par l’Inde pour sa marine. Ces navires, de conception franco-espagnole, sont à propulsion classique mais DCN va tenter dans les prochains mois de ventre son AIP (Air Independent Propulsion), le Mesma, pour équiper les submersibles indiens. Conçu par DCN Indret (Loire-Atlantique), ce système de propulsion anaérobie augmente considérablement la durée de plongée des sous-marins classiques. Ces derniers deviennent en effet vulnérables dès qu’ils sont contraints de remonter à la surface pour recharger leurs batteries avec les moteurs diesels. Le Mesma, fondé sur le principe du circuit fermé, permet d’augmenter à 250 heures pour une vitesse de 4 nœuds la durée de plongée du submersible. A titre de comparaison, à 22 nœuds, les batteries des sous-marins allemands du type 209 sont à plat au bout de 45 minutes. La puissance électrique délivrée par le Mesma est de 200 KW et les produits de réaction sont évacués en dehors du sous-marin par un système de rejet sous pression (efficace jusqu’à 350 mètres de profondeur). L’Inde, qui cherche à constituer une flotte océanique puissante, pourrait opter pour ce système, même si New Delhi semble beaucoup plus intéressée par la constitution, à terme, d’une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire. Il convient d'ailleurs de rappeler que la France ne souhaite pas exporter sa technologie dans ce domaine, même si elle l'avait envisagé à la fin des années 80 (on prévoyait alors de vendre 12 sous-marins nucléaires d'attaque du type Rubis au Canada). La marine indienne a certes mis sur cale un SNA en 2002, mais il ne s'agit que d'une unité dérivée du modèle russe Charlie. Les avancées indiennes en la matière restent semble-t-il limitées, ne lui permettant pas, par exemple, de produire un système propulsif compact suceptible d'être intégré dans une petite coque comme celle du Scorpène.

Parties sensibles construites en Europe

Comme pour d’autres programmes importants, comme les frégates Delta pour Singapour, la vente des Scorpène fait l’objet d’un transfert de technologie. Finalement, aucune unité, pas même la tête de série, ne sera construite dans l'hexagone. Toutefois, les industriels français et espagnols (respectivement 2/3 et 1/3 du contrat) livreront de nombreux équipements et tronçons de coque. En fait, tout ce qui est stratégique ou pointu sera réalisé en Europe. Il n’est en effet pas question de livrer certaines recettes de cuisine aux pays tiers, à commencer par la composition et le procédé de réalisation de la coque à haute limite élastique. De même, le système de combat SUBTICS (Submarine Tactical Integrated Combat System) sera livré clé en main par UDS International, filiale d’Armaris (elle-même filiale de Thales et DCN pour les programmes à l’exportation). Le chantier indien Mazagon Dock Limited joueront donc le rôle d’assembleur et pour la construction du premier sous-marin, une « importante équipe française sera présente », explique Armaris. Le but est qu’ensuite, l’Inde soit capable de sortir un bâtiment par an. Dans les 10 ou 12 prochains mois, le programme va entrer dans une phase finale avec la mise au point de toutes les spécifications des navires. Un fois le cahier des charges détaillé acté par le gouvernement indien, l’objectif sera de livrer le premier Scorpène dans les 84 mois qui suivront.