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SMM Hambourg : l’industrie maritime veut être optimiste

A l’entrée, il y a une immense hélice : 9.30 mètres de diamètre, 97 tonnes, capable de propulser un porte-conteneurs de 9400 boîtes. Une réalisation des fonderies allemandes Mecklenburger Metallguss devant laquelle il est d’usage de se faire prendre en photo, avant de pénétrer dans le temple de l’industrie maritime mondiale. Le salon SMM de Hambourg fête cette année son 25ème anniversaire et, comme à chaque édition, il s’est encore agrandi. Cette année, ce sont plus de 50.000 visiteurs qui ont arpenté les halls du centre des congrès du port de l’Elbe. 2100 exposants, 90.000 m2 de surface de stands, tout le monde est là : chantiers, motoristes, équipementiers. « C’est vraiment ici qu’il faut être. C’est ici que se passe le business, et même si les grosses entreprises occupent pas mal le terrain, il y a tellement de monde à venir que même les petits peuvent se faire connaître » constate un jeune patron de chantier néerlandais.

 

 

Le petit salon qui réunissait les chantiers et armateurs hambourgeois au début des années 60 est devenu « the-place-to-be », l’endroit où il faut se montrer pour exister dans l’industrie maritime. De la crise, on en parle. Un peu. Les stands des chantiers européens, allemands en premier lieu, sont immenses et fastueux. Mais, au comptoir, un verre à la main, c’est souvent la même constatation. « On tient. On attend. ». Au stand du chantier allemand P+S, il y a beaucoup de monde. Et pourtant, celui-ci a été déclaré en faillite il y a quelques jours. « Il s’agit maintenant de trouver un repreneur, alors il faut qu’il soit là et qu’il attire les investisseurs », explique un observateur allemand. Peu d’annonces du côté des chantiers, « nous privilégions plutôt, pour ce salon, les rendez-vous individuels et personnalisés avec nos clients », explique une directrice du marketing. On ne sabrera pas le champagne cette année. On le boira en petit comité, « en prenant le temps d’approfondir les projets de nos clients pour les accompagner au plus près ».

Les industriels allemands, qui représentent un tiers des exposants, font bloc. Les puissants clusters maritimes d’outre-rhin, avec en tête celui d’Hambourg qui s’est mobilisé il y a quelques années pour éviter le rachat de l’armement Hapag-Lloyd par un groupe étranger, veulent continuer à faire peser le maritime dans l’économie allemande. Et il semblerait que le message soit parfaitement reçu du côté du gouvernement. A l’ouverture du salon, placé sous le patronage d’Angela Merkel, Hans Joachim Otto, le coordinateur fédéral pour l’industrie maritime allemande, a clairement annoncé la couleur. Evoquant la réforme énergétique de l’Allemagne, qui abandonne l’énergie nucléaire, il a salué l’essor des exploitations éoliennes offshore en Allemagne et dans le reste de l’Europe. Puis il a expliqué, dans le contexte d’un salon international, où les organisateurs saluent une forte augmentation de la présence asiatique, que la construction des navires dédiés, « du navire de pose aux navires ravitailleurs devaient être faite en Europe. Et surtout en Allemagne. »

 

 

Du côté asiatique, ce n’est pas non plus l’euphorie. A côté des grands chantiers européens, il y a l’immense pavillon coréen. Gros bateaux, gros stands, des rangées d’équipementiers, la présence est imposante. «Cela va mieux, bien sûr, qu’il y a deux ans au précédent SMM. Les commandes sont reparties, mais il y a eu des dégâts. Les big 3 (Samsung, Daewoo et Hyundai) ont été secoués et leur valorisation boursière est toujours fragile », explique-t-on parmi les experts du secteur. Et puis, pour la première fois, il y a une grosse présence chinoise. Les deux grosses entreprises de construction navale d’état CSIC et CSSC sont là. Autour deux, des dizaines de chantiers, affichant tous des photos de leurs réalisations : beaucoup de vraquiers et  des petits porte-conteneurs.  Mais souvent, leur dernière mise à l’eau date de plusieurs mois voire plusieurs années. « Ils souffrent beaucoup. Il y a quelques années, les Chinois n’avaient pas besoin de venir exposer en Europe. Entre temps il y a eu la crise. Les green yards, qui avaient poussé comme des champignons avec la folie du vrac des années 2005-2008, se sont effondrés. Ceux que l’on voit aujourd’hui ici sont les plus solides. Mais il y a fort à parier qu’il y a encore du ménage à faire. Et que beaucoup ne vont pas résister aux nouvelles conditions du marché », expliquent les experts. A tous les coins d’allées, les commerciaux chinois distribuent des prospectus. « Ils sont clairement en chasse ».

 

 

Mais, dans les travées du SMM, on ne parle pas que de la crise. On parle aussi beaucoup d’environnement. En marge du salon, des conférences thématiques sont organisées sur toutes les nouvelles mesures environnementales de l’Organisation maritime internationale. « Il faut faire œuvre de pédagogie, parce que le timing n’est pas terrible pour les armateurs, explique un juriste de l’OMI, le ralentissement économique n’a jamais favorisé les mesures vertueuses, et pourtant c’est maintenant que vont s’appliquer les nouveaux standards environnementaux ». Le soufre et l’annexe 6 de la convention Marpol, qui prévoit un abaissement de l’émission de SOx à 0.1% en 2020, est sur toutes les lèvres. Les eaux de ballast viennent juste ensuite. Un hall entier est dédié aux équipements de nettoyage de fumée ou de traitement par UV ou par électrolyse des ballasts. Une toute nouvelle gamme d’équipement est désormais disponible sur le marché. Et le choix est pléthorique.

 

 

Du côté des motoristes, on parle aussi d’environnement, même si ce n’est pas tout à fait de la même façon. « Nous devons désormais intégrer les contraintes sur les émissions, ce qui incite tout le monde à développer d’autres secteurs que le diesel. Et en même temps, la priorité ultime, c’est encore et toujours la consommation », explique l’un d’entre eux. Alors les motoristes optimisent, les motoristes travaillent avec des designers pour gagner un peu d’effort en moins, les motoristes réflechissent à la propulsion au GNL, au diesel-électrique, à l’hybride… au biocarburant même. « Pas vraiment le choix, au prix des soutes actuellement,  mais c’est stimulant ». Trois jours intenses à Hambourg, donc. Un rendez vous qui a désormais fait des émules, puisque des SMM auront également prochainement lieu à Mumbai en Inde et à Istanbul en Turquie.