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Taux de soufre: la "mission impossible" des ferries européens

La réduction du taux de soufre dans les soutes des ferries européens d'ici 2015 ? Une mission impossible. Interferry, une association qui regroupe les armements européens de transports de passagers, est formelle sur ce point.
« Nous comprenons les responsabilités des armements au ferry dans la lutte contre la pollution et nous soutenons le principe de réduction du taux de soufre dans les combustibles que nous utilisons. Mais d'ici 2020. 2015, c'est une mission impossible, cela générerait des coûts qu'aucun armement ne pourrait supporter » .

Les solutions techniques de la Commission européenne inapplicables

Les différents comités techniques d'Interferry ont planché sur la convention Marpol 6 et le projet de directive européenne. Ils ont notamment passé au crible la « boîte à outils » proposée par la Commission européenne pour aider les armements à appliquer les nouvelles réglementations.
Celle-ci préconise, pour commencer, l'utilisation de la propulsion au GNL ou, pour ceux qui souhaitent garder leur propulsion, la mise en place de système de nettoyage des gaz d'émissions. « Impossible, rétorque Interferry, l'utilisation de machines fonctionnant au GNL n'est envisageable que pour des constructions neuves. Le coût d'une remotorisation d'un navire ancien pour passer au GNL est prohibitif ». Même analyse pour les dispositifs de nettoyage des gaz d'émission. « Nous avons participé à l'élaboration de ces dispositifs. Nous avons mené des tests sur plus d'une centaine de nos navires et nous pouvons affirmer que seuls 60% des navires de la flotte concernée par la directive pourront les utiliser. ».
Pour en arriver à ces chiffres, les spécialistes techniques d'Interferry ont pris en compte plusieurs critères techniques nécessaires à l'installation de dispositifs de nettoyage des gaz d'émission : l'âge du navire et sa viabilité commerciale après un arrêt technique majeur, sa réserve de stabilité qui devra prendre en compte le poids des dispositifs, la réduction de l'espace alloué aux marchandises transportées et, enfin, la présence ou non de dispositifs catalytiques pour réduire les émissions de NOx. « Ces tests nous permettent de dire que les 40% des navires restants de la flotte ne pourront certainement pas être adaptés d'ici 2015 ».

Des aides financières inadaptées

Le dernier volet de la boîte à outils proposée par la Commission portait sur les aides d'état ou européennes que pourraient solliciter les armateurs. « Elles ne s'appliquent qu'aux navires neufs ou aux nouvelles routes. Ce qui ne correspond pas du tout à la réalité des armements qui ont beaucoup investi dans du tonnage neuf ces dernières années. Et qui, à présent, font face à un climat économique difficile qui ne favorise en aucun cas les aides publiques ».
Et de conclure, que « la boite à outils est en fait complètement vide, la seule possibilité que nous ayons est l'utilisation de gas-oil dans nos motorisations actuelles ».

La perspective d'un report du trafic vers la route

Se pose enfin la question de la disponibilité du combustible à taux de soufre réduit dans les ports européens. Et celle-ci est loin d'être garantie. « Nous demandons à ce que la directive prenne cet aléa en compte ».
A quatre ans de l'échéance, Interferry est déjà en mesure de prévoir les conséquences du texte européen, s'il est appliqué dans sa version actuelle. « Les coûts liés aux soutes vont augmenter de 70% et les armements seront obligés de les répercuter sur leurs clients. Et il est à prévoir que près de la moitié des marchandises utilisant actuellement des solutions de transport maritime vont passer à terre ».