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Terres Australes: Le Marion Dufresne heurte un haut fond à Crozet

Le navire océanographique et ravitailleur des îles subantarctiques des Terres Australes et Antarctiques Françaises, a subi une avarie devant l’île de la Possession, dans l’archipel de Crozet.  Alors qu’il naviguait le long des côtes de l’île dans la matinée de mercredi, le Marion Dufresne a heurté un haut-fond. Une voie d’eau s’est déclarée à l’avant, provoquant l’envahissement de deux ballasts. Le navire a pu gagner le mouillage de la baie du Marin, devant la base Alfred Faure. Ses 97 passagers sont actuellement en cours d’évacuation vers la base de Crozet. Aucune victime ou blessé n’est à déplorer, mais la situation du navire, en avarie seul et au bout du monde est préoccupante. Le Marion, propriété des TAAF, affrété par l’Institut Paul Emile Victor et armé par CMA CGM, est en effet le seul navire de commerce à croiser régulièrement dans cette zone subantarctique, connue notamment pour ses violents coups de vents, dans les latitudes des 40ème et 50ème sud.

 

OP3 : une rotation de ravitaillement particulièrement chargée

 

L’archipel de Crozet est la première étape de la tournée de ravitaillement des îles subantarctiques – les suivantes étant Kerguelen et Amsterdam/Saint-Paul  - effectuée par le Marion Dufresne quatre fois par an au départ de la Réunion. Durant le mois que dure cette opération portuaire (OP), le Marion amène à la fois les passagers (scientifiques, militaires et employés pour l’entretien des bases) et tout ce qui est nécessaire à la vie sur ces terres isolées, du gasoil pour le chauffage à la nourriture, des tracteurs au matériel scientifique. Au moment de son avarie, le Marion débutait l’OP3, troisième rotation de l’année et traditionnellement la plus chargée puisqu’elle marque le début de la campagne d’été à laquelle participent de nombreux scientifiques.  Il venait de quitter le cap de l’Héroine dans l’ouest de l’île où il avait ravitaillé une cabane – un poste avancé destiné aux observations des scientifiques – et s’apprêtait à rejoindre son mouillage habituel en baie du Marin.

 

Le Marion en baie du Marin (PHOTO : FRANCOIS LEPAGE)

 

Le Marion est fragilisé mais navigable

 

« On ne sait pas encore ce qu’il s’est passé exactement, l’enquête nautique le dira, pour l’instant la priorité, ce sont les passagers », explique Christophe Jean, secrétaire général des TAAF. « La stabilité du navire n’est pas menacée, les deux ballasts ont été pompés et l’équipage, en liaison avec le siège de CMA CGM et le Bureau Veritas, est en train d’évaluer les conséquences de l’avarie ». Le navire devrait quitter son mouillage dans les heures à venir, le temps de laisser passer un gros coup de vent. « Son propulseur d’étrave étant hors d’usage, le Marion pourrait ne pas tenir son mouillage, il est donc préférable qu’il s’éloigne un peu et revienne une fois que le vent sera tombé ».  En attendant, l’hélicoptère du bord va tourner sans relâche entre le navire et la terre ferme pour amener tous les passagers ainsi que le fret. Les îles subantarctiques ne disposant pas de port, tout le ravitaillement s’effectue habituellement par hélicoptère ou, si le temps le permet, par des moyens nautiques légers.

 

(PHOTO : FRANCOIS LEPAGE)

 

Le câblier Léon Thévenin va rapatrier les passagers

 

La centaine de passagers va être accueillie sur la toute petite base de Crozet, en attendant la suite des opérations. Pour ceux qui devaient séjourner sur Crozet, rien ne change. En revanche, pour ceux qui devaient rejoindre Kerguelen ou Amsterdam, c’est plus compliqué. Soit ils pourraient être transférés par des navires sur place, comme La Curieuse, soit ils devront rentrer en compagnie du reste des passagers. CMA CGM va affréter le câblier Léon Thévenin de France Télécom Marine, actuellement en Afrique du Sud, pour les rappatrier. Celui-ci devrait mettre quatre jours pour rallier Crozet. Par ailleurs, une équipe technique va embarquer sur un navire de soutien de type supply au départ de Maurice pour amener du matériel  et venir prêter main forte à l’équipage. « L’idée est d’effectuer toutes les réparations nécessaires pour que le Marion Dufresne puisse rallier un chantier naval à Durban en Afrique du Sud ». Le navire devrait y être immobilisé plusieurs semaines.

 

Le câblier Léon Thévenin (PHOTO : YANNICK LE BRIS)

 

Un ravitaillement sera nécessaire en janvier

 

Une immobilisation qui va avoir de nombreuses conséquences pour les terres australes, dont le Marion est l’unique lien avec le reste du monde. « OP3 et OP4 (la quatrième opération de ravitaillement qui a lieu en décembre) sont annulées. En ce qui concerne les provisions des îles, il ne devrait pas y avoir de problème de gasoil, elles ont toutes les trois de quoi tenir près d’un an. Crozet a été livré. En revanche, cela risque d’être juste pour les réserves alimentaires pour Kerguelen et Amsterdam à partir du mois de janvier. Nous allons rapidement mettre en place une solution de ravitaillement. Le Marion pourrait, par exemple, anticiper OP1, la rotation de mars, et partir dès la fin de ses travaux. Mais nous ne pouvons rien prévoir tant que nous ne connaissons pas l’état exact du navire ».

 

Les campagnes scientifiques annulées

 

Du côté de l’Institut Paul Emile Victor, qui gère la logistique pour l’ensemble des programmes et campagnes scientifiques sur les îles australes, on commence à faire le point sur les conséquences de cette indisponibilité. « Les campagnes d’été de Kerguelen et Amsterdam sont annulées. Nous faisons actuellement le tour des différents laboratoires pour évaluer l’impact de cet incident », y indique-t-on. L’IPEV est, par ailleurs, l’affréteur à temps du navire, qui, lorsqu’il n’effectue pas les rotations australes, est affrété pour des campagnes océanographiques. Le calendrier devrait, là aussi, être bousculé par l’immobilisation du navire.

 

Deuxième incident à Crozet

 

Au-delà de ces nombreuses conséquences matérielles, cette avarie soulève la question de la sécurité de la navigation dans ces zones réputées parmi les plus hostiles au monde. Le vent y souffle fort et soudainement, les côtes y sont très découpées, et les fonds ne sont pas intégralement cartographiés, rendant la navigation sujette à des dangers supplémentaires. « Il y a déjà eu un incident, à peu près au même endroit, en 2005 », rappelle Christophe Jean, « il faudra sans doute se repencher sur la question des voies de navigation dans la zone ». Surtout qu'aucun moyen de sauvetage ne peut rallier la zone en moins de cinq jours.

Pour mémoire, le Marion Dufresne 2 est sorti des Ateliers et Chantiers du Havre en 1995. D’une longueur de 120 mètres, il a été spécialement conçu pour le ravitaillement des îles australes. Il dispose de deux cales d’une capacité totale de 4600 m3 pouvant accueillir des colis lourds et des conteneurs, d’une cuve de 1170 m3 pour le transport du gasoil et peut transporter 160 personnes. Il dispose par ailleurs d’équipements scientifiques dont un carrotier géant de 10 tonnes.

 

(PHOTO : FRANCOIS LEPAGE)

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