Nautisme

Actualité

Transat Jacques Vabre : Le podium en Class40

Hier matin à 03 heures 02 minutes et 22 secondes, heure française, Giovanni Soldini et Pietro d'Ali ont franchi en vainqueurs la ligne d'arrivée de cette 8e édition de la Transat Jacques Vabre en Class40. "Telecom Italia" a ainsi bouclé l'épreuve au terme de 22 jours 13 heures de course, devançant de près de cinq heures le duo de "Atao Audio System", deuxième. Arrivé en milieu d'après-midi, "Chocolats Monbana" s'est emparé de la troisième marche du podium après s'être livré à une belle bagarre avec "Appart City", 4e. De son côté, "Great American III" a également rejoint le ponton à Salvador de Bahia. Rich Wilson et Mike Birch terminent à la 16e place du classement monocoques 60' Imoca. Dans cette catégorie, tous les bateaux sont donc à bon port.

L'équipage de "Telecom Italia" n'était pas venu pour faire de la figuration. Giovanni Soldini est l'une des figures emblématiques de la course au large en Italie. A son actif, plusieurs tours du Monde en solitaires : Vendée Globe, BOC Challenge, un solide pratique du multicoque océanique. Pietro d'Ali n'est pas non plus un pied (marin) - tendre : vainqueur de la dernière transat AG2R, aux avant-postes du circuit Figaro, membre du Team Prada pendant la Coupe de l'America, il a apporté sa science de la régate à l'équipage qui a fait des étincelles lors de cette transat. Deux jours après le départ, au niveau de la pointe Bretagne, alors que la flotte se scindait en deux, les Italiens choisissaient d'emprunter le passage du Fromveur. Un choix judicieux qui leur permettait de s'emparer des commandes de la flotte. Pour ne plus les lâcher. Hier, après les premières explosions de joie, les retrouvailles avec la famille, les amis, Giovanni Soldini s'est plié de bonne grâce à l'exercice obligé des questions au ponton où il revient sur sa course et exprime son bonheur.

Vous avez pris les commandes de la flotte dès Ouessant. Comment expliquez-vous cette suprématie ?

- " On est très bons ! (rires !). C'était très bien, une super course. Les conditions ont été celles que l'on rencontre chez nous en méditerranée. On n'a pas eu de près avec de la grosse baston, ça ne caillait pas : c'était génial ! Par ailleurs, le bateau est vraiment super. Je pense qu'avec Guillaume Verdier, on a vraiment bien travaillé. Idem avec le chantier. Il ne faut pas oublier qu'on a commencé la construction du bateau à la fin du mois d'avril, c'était très court ! Cette victoire, elle revient avant tout aux mecs qui ont travaillé sur le projet. On n'a pas eu un seul problème technique, même pas une manille de cassée. Résultat, on a pu se concentrer uniquement sur la navigation. Et naviguer avec Pietro, c'est super. C'est un mec qui connait son truc. Il a fait plein des choses et à beaucoup à apprendre aux autres, même à moi. Pour résumer, c'était une navigation facile, fantastique ! "

Le secret de votre domination ?

- " On a fait très attention aux trajectoires. On a fait gaffe à ne pas faire de milles pour rien en restant assez proche de la route directe tout en essayant de chopper le vent comme il fallait. Le bateau va bien. On l'a vu au reaching débridé notamment. Je ne sais pas s'il est plus rapide que les autres, mais en tous les cas, il n'est pas moins véloce ! "

Jamais vous n'avez douté ?

- " Il y a eu deux passages, aux Canaries et au Pot au Noir, très difficiles pour nous. Au niveau de l'archipel Espagnol, on a vraiment tout fait pour gagner dans l'ouest afin d'être bien positionné pour après. Ca ne passait pas très bien, on a eu un peu chaud ! Mais la route de l'est, moi je n'y ai jamais beaucoup cru. Ca ne paie pas forcément et c'est celle que tout le monde fait... Dans le Pot, on ne sait pas ce qui s'est passé : une bulle est venue exprès pour nous (rires!). Elle nous a collé pendant une journée complète. On est resté scotché pendant que les autres avançaient tranquillement, que ce soit à droite ou à gauche. Incroyable ! Reste qu'au final, si tu regardes les écarts, ils ne sont pas énormes. On était toujours à 20 ou 30 milles devant, ce n'est donc pas qu'on marche deux noeuds plus vite que les autres, ça c'est sûr..."

Cette victoire est-elle particulièrement savoureuse ?

- " C'est une victoire savoureuse ! Toutes le sont ! Celle-là, l'est effectivement particulièrement parce qu'on a vraiment bossé comme des fous pour faire le bateau en cinq mois. Ensuite, en plus, il y a eu cette collision avec un bateau de pêcheur lors de notre qualification. Ca n'avait pas vraiment commencé du bon pied ! Et du coup, on a très peu navigué. Avec Pietro, on a décidé des voiles qu'il fallait en deux jours seulement et force est de constater on ne s'est pas trompé ! "

C'était votre première épreuve en Class40. Vos impressions ?

- " Le Class40 est un bateau super amusant, très simple. La preuve, c'est que tu fais un canot en cinq mois et que dans la foulée, tu gagnes une course ! Les budgets ne sont pas très importants, il n'y a donc pas trop de pression et surtout tu navigues ! Là, je vais rester au Brésil jusqu'en janvier puis je vais rentrer en convoyage. Ensuite, j'irai en Grande-Bretagne pour participer à l'OSTAR. C'est quand même mieux que de rester six mois en chantier non ? (rires !) "

Un podium très disputé !

Arrivés à 7 heures 49 hier matin, Dominic Vittet et Thierry Chabagny se sont adjugés la deuxième place. " C'était une très belle course. On n'a vraiment rien lâché. On était tout le temps dessus mais les Italiens allaient globalement plus vite. Notre seul regret est de n'avoir pas pu exploiter au maximum le potentiel de notre bateau qui va très vite au près, une allure malheureusement à laquelle on ne s'est jamais trouvé. Pour faire une belle régate, il faut trois choses : un bon canot, un bon équipage et une bonne route. Nous avions les trois ! C'était génial ! " Même constat pour Thierry partagé entre l'excitation évidente et un soupçon de déception " C'était passionnant de bout en bout, il n'y a rien à dire. C'était vraiment un super parcours, une expérience enrichissante à tout point de vue. Malgré tout, deuxième, c'est la plus mauvaise place. Tu es déçu de ne pas être premier alors que 3e, tu es content d'être sur le podium ! Nous savions que cela allait être très difficile. Il aurait fallu un miracle pour pouvoir les rattraper. " Pourtant, après un passage du Pot au Noir réussi - rappelons que "Atao Audio System" a compté jusqu'à 116 milles de retard sur l'équipage transalpin - les Bretons sont revenu à 12 milles du leader alors que la course de vitesse en direction de Salvador s'entamait. Mais malgré un acharnement sans borne, ils n'ont rien pu faire face aux Italiens. Derrière, la bagarre pour la troisième marche du podium a tenu toutes ses promesses. C'est finalement "Chocolats Monbana" qui s'est emparé de la troisième place et Damien Grimont ne cachait pas sa satisfaction à son arrivée au ponton : " On est content, un podium dans une Transat Jacques Vabre, c'est bien d'autant que la régate a été somptueuse. A la sortie du Pot au Noir, on s'est retrouvé 10 milles derrière le 3e et ça, c'était insupportable ! On a donc décidé de cravacher et ça a été une bataille folle avec "Appart City" pendant cinq jours... On a l'impression d'avoir fait une Solitaire du Figaro ! Ce midi encore, on avait 10 milles d'avance au pointage et à la pointe de Bara, on s'est retrouvé dans la pétole... Et on l'a vu recoller à 500 mètres derrière nous ! Ca a été ça pendant cinq jours ! Ca a beaucoup distribué, on s'est vraiment amusé ! ". Même son de cloche du côté d'Yvan Noblet, skipper de "Appart City" : " C'était extra et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on revient de loin. On est très content d'être là, c'était une super course, passionnante jusqu'au dernier mille ! ". Les arrivées vont ensuite s'enchaîner pour le reste de la flotte des Class40, "A.ST Groupe" de Marc Emig et Bertrand de Broc ayant pris hier soir, à 19H52, la cinquième place.

Tous les Imoca à bon port !

Le dernier concurrent de la flotte Imoca a franchi la ligne d'arrivée ce lundi à 13 heures 32 minutes et 05 secondes. Rich Wilson et Mike Birch ont ainsi bouclé les 4 340 milles du parcours en 22 jours 23 heures 32 minutes et 05 secondes, soit une vitesse moyenne théorique de 7,87 noeuds. "Great American III" termine donc 5 jours 20 heures 55 minutes après le vaiqueur, "Foncia". " Ca aurait pu être beaucoup plus amusant... J'aime beaucoup faire de la voile. Etre au portant, dans la nuit et sous la lune, ça c'est génial mais quand on regarde les positions des autres et que l'on se rend compte que l'on n'est pas dans le match, c'est ennuyant. D'ailleurs, j'ai essayé de regarder les pointages le moins possible car vraiment, ça gâchait le plaisir... Cela dit, c'était quand même une course intéressante, malheureusement, on a eu énormément de portant et on n'était pas vraiment prêt pour ça. De plus, on a eu un problème de spi. Résultat, on a utilisé le reacher, ce qui marchait d'ailleurs plutôt bien sauf qu'on n'est pas allé au bon endroit. Si non seulement tu n'as pas un meilleur bateau que les autres mais qu'en plus tu tires à l'envers, ça fait un truc pas terrible. Et c'est ce qu'on a fait ! En tous les cas, on est content d'être à Bahia car le but, c'était quand même d'arriver. Je dois avouer que je me sens un peu frustré car vu mon âge (75 ans), je ne pense pas refaire cette course un jour et j'aurais voulu faire mieux. Franchement, je pensais que ça se passerait mieux que ça... J'avais juré que je ne la referais jamais et je n'ai pas tenu parole mais cette fois, je promets qu'on ne m'y reprendra plus. Il y a tellement de jolies choses à faire dans la vie ! " a conclut Mike Birch, marin d'exception qui, en 1978, sur la première Route du Rhum avait préludé la légende de la course et démontré la suprématie des multicoques sur les monocoques à bord de son trimaran jaune en remportant l'épreuve de 98 secondes devant Michel Malinowski sur Kriter V.
_________________________________________________

- Toute l'actualité de la course sur le site de la Transat Jacques Vabre

Transat Jacques Vabre