Une année charnière pour l'association La Touline

Dossier(s) : Formation
Un nouveau président et pas mal de challenges pour l'association La Touline et son millier d'adhérents, qui oeuvrent depuis plus de 20 ans à l'accompagnement des marins dans leur recherche d'emploi et de formation. Cedric Boissaye, capitaine de la Marine marchande, a pris la suite d'Armel Le Strat, qui a présidé aux destinées de La Touline pendant les 11 dernières années. « C'est un changement dans la continuité », dit Cédric Boissaye, déjà très actif dans l'association aux côtés de la secrétaire générale Anne Lepage et des salariés et bénévoles de La Touline. « Mon prédécesseur a effectué un travail remarquable, je vais continuer dans cette voie, en essayant d'ancrer encore plus La Touline dans les modes de communication d'aujourd'hui ».

Grosse tension sur l'emploi maritime et les embarquements

Cédric Boissaye sait qu'il arrive à un moment où beaucoup d'énergie va être nécessaire. L'année 2011 et le début de l'année 2012 ont été particulièrement difficiles pour l'emploi maritime. La crise économique qui ralentit les investissements, les dépavillonnements au pétrole, les difficultés du ferry et l'effondrement de SeaFrance... auxquels s'ajoutent désormais les élèves de l'Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM), en formation polyvalente et monovalente, qui ne trouvent pas d'embarquement pour effectuer leur temps d'élèves. Plus de 200 d'entre eux sont sur le carreau. « La situation est préoccupante pour ces jeunes, en attendant les changements de calendrier pédagogique de l'ENSM qui devraient permettre de mieux répartir les flux d'élèves, nous avons passé une convention avec l'école : les élèves bénéficient d'une inscription gratuite à La Touline, et nous les aidons à trouver des stages, en incluant des embarquements sur des navires de la flotte contrôlée par des armateurs français battant pavillon étranger », précise Anne Le Page.

Trop de capitaines 200 et 500, pas assez de mécaniciens

Du côté de l'emploi navigant, outre la tension générale du secteur, certains brevets sont plus touchés par les difficultés. « Comme les années précédentes, il y un problème sur les filières de capitaines 200 et 500 qui forment beaucoup, voire trop, de monde », constate Cédric Boissaye. Un surnombre qui a plusieurs effets pervers : les gens formés n'ont que très peu de débouchés sur les navires français, alors ils postulent régulièrement pour des embarquements de matelots. « Ce qui les prive de leur temps nécessaire pour la validation de leurs brevets, ils font un travail pour lequel ils n'ont pas été réellement formés. Et cela diminue d'autant les places pour les matelots qui, eux, sont spécifiquement formés pour ces postes. » Ce phénomène est particulièrement prégnant dans le secteur des vedettes à passagers et de la plaisance.
Ce qui est commun à l'ensemble des secteurs, du yachting à la pêche, en passant par les navires de commerce, c'est le manque de mécaniciens. « A la pêche, en particulier, la situation est particulièrement préoccupante. Beaucoup de mécaniciens sont dérogataires, ce qui signifie qu'ils vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Si les Affaires maritimes décident de refuser la dérogation, ils ne peuvent plus embarquer ».

Une année budgétaire tendue pour l'association

Conséquence collatérale du ralentissement général du secteur, La Touline elle-même souffre. Comme beaucoup d'associations, notamment subventionnée par les collectivités publiques, elle a vu les montants d'aides abaissée par la rigueur budgétaire publique. « C'est difficile, et cela fait plusieurs années consécutives, même si nous avons pu compter sur des aides d'urgence, notamment de la région Bretagne, nous avons dû puiser dans nos réserves en raison d'un résultat négatif ». Anne Le Page souligne que « 2012 doit être l'année du rééquilibrage, condition nécessaire à la pérennité de la structure ». Pour mémoire, les cotisations sont fixées à 80 euros pour deux ans pour les marins et 400 euros pour les membres armateurs. Des plafonds qui, aux yeux de certains adhérents - y compris armateurs -, pourraient être augmentés, compte-tenu du véritable travail de service public effectué par l'association. Un point, soulevé à l'Assemblée générale, qui n'a pas encore été tranché. « Nous devons rester accessibles au plus grand nombre », répète inlassablement Anne Le Page.

Une année 2012 charnière

« L'année 2012 se présente comme une année charnière au cours de laquelle l'association entend maintenir son niveau d'engagement et de professionnalisme qui a abouti en juillet 2010 à sa reconnaissance d'utilité publique », souligne Anne Le Page. Plusieurs chantiers sont à l'agenda : « officialiser le travail sur l'orientation, promouvoir les métiers de la mer, communiquer et accompagner les démarches de valorisation de l'acquis de l'expérience », seront donc les axes majeurs de l'année.
La Touline a, ainsi, répondu à un appel à manifestation d'intérêt lancé par la région Bretagne pour sensibiliser le jeune public aux métiers de la mer, à travers notamment un film éducatif et ludique. Par ailleurs, l'association a mis en place un suivi des allocataires du revenu de solidarité active, financé par l'OPCA AGEFOS-PME, afin de permettre à des personnes écartées du marché de l'emploi et souvent désocialisées de retrouver une situation.