Une grève des marins CGT pour mobiliser les candidats à la présidentielle

Dossier(s) : Divers marine marchande
La fédération nationale des syndicats maritimes CGT a appelé à une grève reconductible à compter d'hier. Un mouvement social, à la veille du deuxième tour des élections présidentielles, visant à attirer l'attention des deux candidats sur la situation actuelle de la Marine marchande et particulièrement l'emploi des marins français. Le mouvement, à vocation nationale, a été particulièrement suivi à Marseille, où les liaisons entre la Corse et le continent ont été interrompues.
Les derniers mois ont vu les armements aux ferries, principaux pourvoyeurs d'emplois de navigants français, souffrir et l'exemple de SeaFrance a attisé les inquiétudes. Dans le préavis de grève, la fédération CGT évoque « un état d'urgence » et et estime que « des milliers d'emplois continuent de disparaître au nom de la concurrence déloyale et de l'application du Registre International Français ». « Cette politique générale de dérèglementation qui s'est accélérée ces dernières années, n'épargne aucun secteur de navigation », poursuit la CGT. Selon elle : « les plans sociaux se sont succédés, dans le remorquage portuaire, au long cours comme à la pêche, allant même pour le secteur à passagers jusqu'à la liquidation de Sea France et il pourrait en être de même avec la SNCM. Sans compter la CMN et la Brittany Ferries qui sont également menacées par la concurrence déloyale et le dumping ».
Face au constat qu'elle dresse, la CGT a donc décidé de mettre la pression sur les deux candidats. « Au moment où tous les partis et candidats républicains s'accordent à dire qu'il faut tout faire pour défendre l'emploi français en réindustrialisant le pays et en luttant contre le dumping social, fiscal et commercial qui produit de la concurrence déloyale, il est grand temps que les paroles des élus de la République, dont celles de son Président à Toulon le 1er décembre 2011, se transforment en actes au service de l'intérêt général ».

Des exigences de pavillonnement et d'effectifs français pour certains navires

Pour cela, le syndicat formule plusieurs propositions de lois, balayant l'ensemble des sujets sociaux agitant actuellement la Marine marchande. La première revendication porte sur la représentation d'une proposition de loi, précédemment rejetée par le Sénat en février, qui « impose le pavillon français de premier registre à toutes les compagnies françaises basées en France qui opèrent dans les secteurs de navigation exclus du RIF ». Une proposition largement portée par le syndicat CGT de la SNCM, qui dénonce le pavillonnement italien de son concurrent Corsica Ferries.
Autre revendication, au moment où se développe une réflexion sur la loi de 1929 sur l'import des produits pétroliers, celle de l'application de la loi du 31 décembre 1992, « afin de donner obligation aux compagnies pétrolières françaises de transporter les produits pétroliers sous pavillon français avec la mise en place d'un accord de branche pour un minimum d'emploi de marins français embarqués de 35% pour des raisons d'intérêt national et de sécurité ».
Le secteur du remorquage portuaire, quant à lui, marqué par l'éphémère existence de la SNRH au Havre, s'inquiète d'une éventuelle réduction des décisions d'effectifs à bord des navires. La CGT exige donc « le maintien des effectifs embarqués actuellement au remorquage portuaire pour le travail la sécurité des marins et des navires ainsi que dans les appels à concurrence par un cahier des charges très stricte en matière de sécurité et de respect de la convention afférente au remorquage portuaire ».

Le maintien des acquis sociaux

Alors que les dernières négociations sur la convention collective des marins sont en cours entre les syndicats et Armateurs de France, la CGT rappelle sa revendication du « maintien des acquis et amélioration de la Convention Collective Nationale des personnels navigants, avec application à toutes les compagnies qui opèrent en France dans les secteurs exclus du Registre International Français ».
La CGT réclame également la suppression du cumul emploi ENIM/pension ENIM, qui permet actuellement de toucher sa pension en continuant à naviguer. Le syndicat qualifie ce cumul de « véritable prime à la casse de notre régime particulier qui bloque l'embauche des jeunes et le déroulement de carrière des marins dans les compagnies et qui est contraire aux engagements écrits par le Président de la République, notre Ministre de Tutelle et le Ministre du travail envers notre régime spécial de retraite ».

Le report de l'annexe 6 de Marpol sur les émissions de soufre

Un autre sujet d'inquiétude, qui est sans doute un des rares à faire consensus entre les armateurs et les syndicats, porte sur l'adoption de l'annexe 6 de la convention Marpol, qui prévoit la mise en oeuvre, dès 2015, d'une règlementation imposant des carburants désulphurés sur la Manche, la mer du Nord et la Baltique. Une mesure qui risque, si elle est appliquée, de mettre gravement en péril les compagnies de ferries, particulièrement Brittany Ferries. La CGT veut donc « un engagement politique pour le report de la mise place de l'annexe 6 de la convention internationale sur les pollutions maritimes ». Elle demande également « un engagement d'aide afin de garantir aux marins et sédentaires l'absence de tout impact social lié aux nouvelles normes environnementales ». La FNSM CGT propose « l'étude d'un grand plan industriel et de financement public pour le renouvellement de la flotte française afin de maintenir et de développer l'emploi conformément aux objectifs initiaux des Grenelle de l'environnement et de la Mer dans le cadre d'une politique de développement durable ».