Vers un retour du dirigeable pour les missions de surveillance maritime ?

Dossier(s) : Aero-Nautic Services & Engineering (A-NSE)

La société française Aero-Nautic Services & Engineering (A-NSE) vient de tester un démonstrateur de dirigeable conçu pour les missions de surveillance maritime. Long de 25 mètres pour une largeur de 5 mètres et une hauteur de 7 mètres, l'A-N 400, qui présente un volume de 400 m3, a été déployé fin septembre sur la base d'aéronautique navale de Hyères, à l'occasion d'une présentation au profit de la Direction Générale de l'Armement et de la Marine nationale. La sortie, réalisée le 5 octobre, a démontré que l'engin atteignait les performances prévues. L'A-N 400 peut évoluer sans problème avec 25 noeuds de vent au sol et atteindre une vitesse de croisière de 35 noeuds (45 maximum). Capable d'emporter une charge utile de 160 kilos et mis en oeuvre par un pilote, le dirigeable, pour ces essais, a été équipé d'une camera FLIR systems (TV couleur HD et infrarouge) ainsi qu'un récepteur de signaux AIS classe A et classe B (système d'identification automatique dont disposent les navires civils). Ces senseurs pont permis, au cours du vol, d'effectuer une surveillance à longue distance. Ainsi, à une altitude de 1500 pieds, il est possible de percevoir les signaux AIS de navires évoluant dans un rayon de 120 nautiques. Le système FLIR permet, ensuite, d'identifier les bateaux détectés. Durant la campagne menée à Hyères, les données recueillies par le dirigeable étaient retransmises au sol, en temps réel, via une liaison de données fournie par Thales Communications Security.


L'A-N 400 sur la BAN de Hyères (© : MARINE NATIONALE)


L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)


L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)


L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)


L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)


L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)

Une grande autonomie et un coût réduit

Très utilisé au début du XXème siècle, notamment dans les forces navales, le dirigeable a, progressivement, été supplanté par l'avion, plus rapide et moins vulnérable aux attaques. Aujourd'hui, l'évolution des missions et de la technologie, ainsi que les impératifs budgétaires, pourraient remettre ces engins volants au goût du jour. « Le dirigeable est un formidable outil grâce à son endurance et son coût d'exploitation réduit. La portance de l'appareil est assurée par l'hélium, la motorisation ne servant qu'à le pousser, ce qui le rend beaucoup plus économique et endurant qu'un avion. Il se révèle très stable et manoeuvrant, et peut rester à volonté en vol stationnaire. Côté technique, les dirigeables ont considérablement évolué, avec l'utilisation de nouveaux matériaux et l'émergence de nouvelles technologies, qui les rendent intéressants et performants pour des applications civiles et militaires » explique Baptiste Regas, Président d'A-NSE. Pour la jeune société française, basée à Montrouge, près de Paris, et dont le site d'Angoulême a réalisé l'A-N 400, le dirigeable peut agir complémentairement aux moyens aériens actuellement en service. « Beaucoup plus économique, le dirigeable peut servir de sentinelle et économiser le potentiel des avions sur certaines missions. Ainsi, on peut imaginer qu'il assure la surveillance maritime jusqu'à une centaine de nautiques des côtes, permettant d'étendre le champ de détection du réseau de sémaphores présent sur le littoral. Les avions pourraient alors se consacrer à des missions lointaines ou des opérations nécessitant une grande rapidité, comme la recherche et le sauvetage en mer. L'idée n'est pas de supplanter l'avion. C'est un moyen vraiment complémentaire par rapport aux capacités actuelles ».


L'A-N 400 en train d'amerrir (© : MARINE NATIONALE)

Amerrissage

Si certains pays, comme les Etats-Unis et l'Allemagne, se ré-intéressent également au dirigeable pour les missions de surveillance maritime, les modèles retenus sont, pour le moment, basés sur un concept traditionnel de mise en oeuvre. Comme au bon vieux temps, l'appareil est lancé depuis la terre et récupéré au moyen de cordes, qu'une quinzaine de personnes doivent attraper pour assurer l'atterrissage. Une technique artisanale, potentiellement dangereuse, mais également coûteuse en termes de personnel. C'est pourquoi A-NSE a développé et breveté un nouveau concept, au travers duquel son dirigeable peut effectuer des amerrissages. En phase d'approche au dessus de la mer ou d'un lac, un système de ballasts situé à l'arrière et qui se déploie de part et d'autre de l'appareil, aspire l'eau afin d'alourdir et stabiliser le dirigeable. Puis, une fois l'engin posé à la surface, il s'accroche à un coffre d'amarrage. « Cette technique, validée, permet de réduire de manière substantielle les coûts opérationnels, en s'affranchissant du personnel au sol ».


Vue de l'A-N 1200 (© : A-NSE)

Un modèle plus gros en perspective

Avec son démonstrateur réalisé sur fonds propres, A-NSE voulait vérifier la justesse de ses calculs quant aux performances de son concept. Mission accomplie donc, ce qui ouvre la voie à un autre projet : La réalisation d'un premier dirigeable de série. Du type A-N 1200, le nouvel engin présente des capacités nettement supérieures au démonstrateur. Long de 33 mètres pour une largeur de 6 mètres et une hauteur de 8 mètres, l'A-N 1200 aura un volume de 1200 m3. Disposant d'une charge utile de 560 kilos, il pourra embarquer des équipements plus performants, ainsi qu'un radar. La vitesse de croisière passera à 70 noeuds, avec une autonomie de 20 heures à cette allure (1400 nautiques franchissables). Pouvant être mis en oeuvre avec un vent au sol atteignant 40 noeuds, le nouveau modèle doit être armé par un équipage de 4 hommes, dont deux opérateurs pour les senseurs. Pour ce premier appareil de série, la société française cherche un client, l'objectif étant de sortir l'A-N 1200 au second semestre 2012.


L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)

Drone en vue

Et les études se poursuivent sur d'autres modèles, encore plus gros et offrant des capacités améliorées, avec des charges utiles supérieures à 1.7 tonne. Dans le même temps, A-NSE commence aussi à travailler sur la « dronisation » de son concept. Comme les hélicoptères ou avions, le dirigeable pourrait très bien, lui aussi, être mis en oeuvre sans pilote, de manière totalement automatique. Dans cette perspective, la société compte faire de son démonstrateur un drone. L'A-N 400 présenterait, alors, une autonomie en vol considérable, à même d'atteindre 100 heures ! L'objectif de la société est de réaliser les premiers vols du drone avant 2013.
En dehors des marines militaires, cette nouvelle génération de dirigeables pourrait intéresser d'autres administrations, comme les douanes ou plus généralement les services de garde-côtes ou encore la gendarmerie.

 

- En savoir plus sur le site Internet d'A-NSE




L'A-N 400 (© : MARINE NATIONALE)