Histoire Navale
Landevennec : la réserve de la Marine avant le cimetière des bateaux
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Landevennec : la réserve de la Marine avant le cimetière des bateaux

Histoire Navale

Depuis plusieurs siècles, l’anse de Penforn, en contrebas de Landévennec sert de lieux de stockage pour les navires de la Marine. Sous le Second Empire, une « réserve » y est officiellement créée, avec plusieurs dizaines de matelots qui mettent une certaine ambiance dans le petit bourg finistérien.
Landévennec et l’embouchure de l’Aulne font partie des trois estuaires - avec l’Élorn et la Penfeld - qui débouchent dans la rade de Brest. Le lieu a été occupé depuis la plus Haute Antiquité, une vaste villa romaine avait été construite sur cette petite péninsule à l’entrée de la Presqu’île de Crozon. Vers 485, un moine breton, Gwenolé, se voit octroyer des terres à proximité pour y bâtir un monastère. Ce dernier devient ensuite l’un des centres spirituels de la Bretagne.

Lieu de mouillage

Au XVIIe siècle, Richelieu fonde l’arsenal de Brest afin de développer la puissance maritime française dans l’Atlantique. Le port du Ponant prend de l’ampleur sous Louis XIV, en guerre constante avec les Pays-Bas puis avec l’Angleterre à partir des années 1680. Brest accueille les escadres de la Marine royale comme les navires corsaires. La Penfeld se militarise et se fortifie, mais l’espace manque. Pour y pallier, on commence à parquer des navires dans l’anse de Penforn à hauteur de Térénez. L’endroit est suffisamment profond et il est facilement accessible. L’encaissement de la vallée fournit un abri naturel et on trouve du bois en abondance dans les environs. Son prélèvement ne se fera d’ailleurs pas sans conflits avec l’abbaye voisine.
Les vaisseaux y sont donc déplacés pour l’hivernage ou durant les périodes de paix. Landévennec se révèle précieuse avant de grandes expéditions. Plusieurs navires y mouillent ainsi au moment de la guerre d’Indépendance américaine, alors que des dizaines de navires français, espagnols et américains se rassemblent dans la rade avant de prendre le large vers le nouveau Monde.

L’arrivée de la vapeur

La situation évolue au XXe siècle avec la mise en eau du canal de Nantes à Brest qui débouche dans l’Aulne. Une ligne maritime est mise en service entre Port-Launay et Brest, avec arrêt à Landévennec. Le développement de la vapeur permet d’améliorer le remorquage qui se faisait auparavant avec des galères. Il devient plus facile de déplacer les navires entre la Penfeld et Penforn.
En 1856, Napoléon III crée à Landévennec une réserve spéciale de la Marine. Elle a un statut de base navale. L’empereur s’y rendra d’ailleurs lors de son voyage en Bretagne cette année-là. À partir du Second Empire, de très nombreux navires y sont stockés. Leur entretien, notamment les moteurs et les chaudières, nécessite la présence de plusieurs centaines de marins et d’officiers. On trouve également des navires désarmés, particulièrement d’anciens bateaux en bois qui, en 1871, serviront ainsi de pontons pour les prisonniers de la Commune en attente de déportation vers la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie.

De la vie dans le bourg

Les marins stationnés à Landévennec ont une vie plutôt oisive. Certains peuvent faire venir et loger leurs épouses dans le bourg, voire sur les navires. Le commerce bénéficie aussi de la réserve, avec la présence de seize bars et salles de danse où l’ambiance est à son comble en fin de semaine, lorsque les marins bénéficient de permissions. La décision de limiter ces dernières à une sortie tous les quinze jours provoquera un vaste mouvement d’humeur. Les relations sont aussi parfois tendues avec les autorités locales. En 1893, le comte de Chalus, propriétaire de l’abbaye et maire de Landévennec, provoque un affrontement quelque peu surréaliste avec les marins auxquels il refuse l’accès à ses terres pour rejoindre leurs navires.

Le déclin

Une grande partie des marins de la réserve sont mobilisés durant la Première Guerre mondiale. Elle rentre dans une période de déclin après 1918. L’entre-deux-guerres voit, en effet, une réduction des flottes. En 1936, des navires républicains espagnols fuyant les Franquistes y trouvent refuge. Et pendant la guerre, les Allemands installent une filière de récupération de métaux sur les navires déclassés. Certains sont coulés à la Libération.
Après-guerre, il faut détruire ou renflouer les navires sabordés. La réserve devient un lieu de simple gardiennage, « un cimetière de bateaux » pour les unités militaires ou les embarcations saisies par les douanes. Ils attendent désormais leur déconstruction. Contraintes environnementales obligent, la Marine se livre aujourd’hui à des inventaires rigoureux des matières dangereuses avant leur départ vers des chantiers spécialisés.

Pour en savoir plus  
Hervé Grall, « Landévennec et la Marine, 350 ans d’histoire », Skol Vreizh, Morlaix, 2019.


Un article de la rédaction du Télégramme