Défense
Abeille Flandre et Languedoc : le calvaire du renouvellement

Actualité

Abeille Flandre et Languedoc : le calvaire du renouvellement

Défense

27 mois. Cela fait plus de deux ans que la procédure de remplacement des remorqueurs d’intervention, d’assistance et de sauvetage (RIAS) Abeille Flandre et Abeille Languedoc a été lancée par le ministère des Armées, en novembre 2017. Ces unités neuves auraient dû entrer en opération à partir de juillet 2020. C’est-à-dire cet été. Désormais, on sait que ces nouveaux bateaux ne pourront arriver qu'en 2022. Au plus tôt. Ce qui pose, évidemment, la question de la protection du littoral : les Abeille Flandre et Abeille Languedoc sont méticuleusement entretenues mais elles entrent dans leur 42ème année. Et elles vont sans doute devoir « tenir » encore trois ans, voire trois ans et demi.

Que se passe-t-il donc avec ce marché public qui traîne quasi caricaturalement en longueur alors qu’il concerne simplement deux bateaux et une mission de service public primordiale ? Il est mal né sans doute. Et il est désormais purement et simplement annulé par le tribunal administratif de Rennes.

Annulation et recours

Retour sur les derniers rebondissements de cette procédure. Suite au premier appel d’offres de novembre 2017, les dossiers de candidature sont déposés début 2018. On le sait, les deux principaux candidats sont les Abeilles, opérateur historique du remorquage français depuis sa création en 1978, et SeaOwl, qui depuis sa création veut se placer sur les marchés des navires de servitude affrétés par la Marine et possède notamment les deux BSAA Sapeur et Pionnier.

Mais ensuite, rien ne se passe. Ni en 2018, ni pendant une très grande partie de 2019. Le ministère des Armées ne notifie rien. On comprend rapidement que les délais et dates initialement annoncés ne pourront jamais être tenus puisqu’on parle ici de bateaux neufs construits sur mesure qui nécessitent une période d’étude et de chantier incompressible. Ce genre de bateau ne peut s’acheter sur étagère.

Pour expliquer cette inaction du ministère des Armées, pas d’annonce officielle de sa part. On sait que le service (qui relève du commissariat des Armées) responsable de l’attribution du marché est échaudé par l’annulation, par le tribunal administratif de Rennes, du marché des BSAD (devenus BSAA). Attribuée fin 2018 à Bourbon, l’attribution est aussitôt attaquée par SeaOwl. Le TA de Rennes annule la procédure en constatant une irrégularité sur les critères de notation.

Le ministère des Armées doit revoir sa copie et l’on devine qu’il craint le même type d’issue pour le marché de remplacement des RIAS qui se situe sensiblement dans les mêmes dispositions contractuelles. Il annule le marché des RIAS. C’est donc reparti pour un tour : le marché des BSAD est réécrit, celui des RIAS également. Les délais s’allongent, au détriment des opérationnels sur le terrain, qui sont tous, militaires et civils, dans une expectative inconfortable. Le marché des BSAD, devenu entre-temps BSAA, est finalement donné à SeaOwl à la fin de l’été 2019.

Un retour à la case départ 

Pour les RIAS, le marché est enfin attribué, aux Abeilles, fin novembre 2019. Comme pour le marché des BSAD/BSAA, SeaOwl attaque immédiatement. Le TA de Rennes examine le marché et finit par le retoquer, là encore pour des motifs liés au système de notation. Donc aujourd’hui, c’est un retour à la case départ avec aucun calendrier pour la suite.

La Marine nationale, première victime de ce retard, affiche, début 2019, un optimisme bon ton envers le délai de son ministère de tutelle. « Les bâtiments actuels (Abeille Flandre et Languedoc NDLR) étant utilisables jusqu'en 2022, il n’y pas de risque qu’ils soient retirés du service avant l’arrivée des nouveaux bâtiments. Ce marché fait l’objet d’un suivi régulier du fait de son objectif opérationnel », déclare ainsi l’état-major de la Marine à Mer et Marine en mars 2019. En fait, la charte-partie liant actuellement Les Abeilles à la Marine nationale pour les Flandre et Languedoc court jusqu’au 31 décembre 2021.

Réinterrogée par Mer et Marine cette semaine, elle oppose désormais un silence que l’on devine, sans être grand clerc, très agacé. Dans les coursives, les opérationnels de la Royale, qui connaissent l’importance de disposer d’un outil comme les RIAS, ne cachent pas leur frustration et parfois même leur inquiétude.

Du côté des marins des Abeilles, c’est l'incompréhension. Si tout le monde comprend les règles du jeu et la nécessité d’une mise en concurrence, on s’interroge sur les priorités de cet appel d’offres. « Nous parlons ici d’une mission qui implique un savoir-faire et une expérience en matière de remorquage d’urgence et de sauvetage. Les navires, quel que soit leur potentiel technique, doivent être armés par des équipages expérimentés, rompus à ces missions sensibles, et surtout habitués à travailler ensemble. Ce qui n’a pas été traduit dans le contenu de cet appel d’offres. Ce que nous comprenons encore moins, c’est que normalement, dans un appel d’offres public, la note technique est censée valoriser l’expérience du candidat, de manière à pondérer un minimum le surcoût engendré par l’ancienneté de son personnel. Or ici ce sont les critères financiers, dont le poids est plus important, qui, au tribunal, font tomber un marché », déplore un officier de la compagnie.

Interrogée sur ces derniers développements, la direction de SeaOwl n’a pas souhaité s’exprimer.

 

Marine nationale